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Statistique et démocratie, thème du forum de l’ESSAI – Pourrons-nous influencer l’opinion publique via la statistique ?

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Le Forum de l’Ecole Supérieure de la Statistique et de l’Analyse de l’Information (ESSAI) a eu lieu cette année, le 18 novembre 2015, à la Bibliothèque Nationale et dont le thème était « statistique et démocratie ». Des personnes éminentes ont marqué leur présence afin de débattre un sujet très important au moment où nous commençons en Tunisie, à avoir des doutes par rapport aux statistiques livrées par les instituts de sondage privés. 

La Secrétaire d’Etat rattachée au Ministère du Développement et de la Coopération Internationale a été parmi les invités d’honneur de ce forum. Elle a signalé ainsi que la statistique est un élément important pour la prise des décisions et pour cette raison qu’elle présente un élément primordial de la stratégie globale de la Tunisie qui mène par la suite à la mise en œuvre de toutes les politiques.  Elle a noté qu’elle est importante pour les pouvoirs publics aussi bien que les pouvoirs privés.

Elle a rappelé le public présent que c’était en 1999 que fut la réforme du domaine de la statistique y compris la révision juridique. L’ESSAI fait partie de cette réforme vu le rôle qu’elle joue au sein de la société. Elle travaille d’ailleurs, en étroite relation avec l’Institut National des Statistiques (INS). Et notons que le recensement de 2014, fait partie des projets de l’INS comme acteur actif de cette scène. L’INS publie aussi des bulletins mensuels considérés comme bénéfiques pour différentes organisations qui ont tendance à faire des analyses stratégiques pour bien mener leurs travaux.

La Secrétaire d’Etat a affirmé que la nouvelle ère de la Tunisie se base sur le fondement de la démocratie. Donc un nouveau schéma de développement a été préparé pour assurer un nouveau système de distribution. Cela impose la présence des outils statistiques fiables.  Par ailleurs, les données statistiques devraient instaurer un climat de confiance auprès de la population. Et elle a ajouté « En l’absence de données statistiques, nous risquons de vivre des confrontations. D’où le besoin de la statistique pour faciliter le dialogue entre les acteurs de la société. La crédibilité et l’indépendance des données statistiques sont nécessaires ».

Madame la Secrétaire d’Etat a annoncé aussi que l’Etat vise à déterminer la meilleure stratégie pour mieux utiliser les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) au service de la statistique, à intensifier les canaux de la diffusion des données statistiques et à développer les  outils de détermination des données au niveau des régions. Elle a finit son mot par souligner l’importance de l’ESSAI pour l’économie nationale.

La statistique, histoire, pratiques et éthiques

De son côté, Jean Jacques DROESBEKE (Professeur à l’Université Libre de Bruxelles) a mis l’accent sur l’histoire de la statistique, en passant les quatre périodes :

  • L’antiquité la fin de l’empire romain, là où les recensements étaient importants pour les dirigeants et cela leur a permis de  reconstruire leurs empires.
  • Le Moyen âge mais nous avons enregistré des problèmes
  • Le contrôle de l’Etat et de la Religion : En 14ème siècle, des registres paroissiaux fussent crées
  • Au 17ème et au 18ème siècle : Estimation de la population et les instruments de mesure sont devenus plus performants. Ainsi nous parlions des lois des erreurs d’observation.

Notons ainsi quelques points forts du 19ème siècle : les théories de la moyenne, la corrélation, la régression et autres.  Le mariage entre statistique et démocratie a été née d’ailleurs vers la fin du 19ème siècle.

De sa part, Jean-Louis BODIN (INSEE France) a souligné la différence entre la statistique privée et la statistique publique. Cette dernière reçoit des fonds publics, elle travaille au profit de la société et elle favorise l’accès des citoyens à l’information. Elle est aussi soumise à deux autorités : l’autorité scientifique et l’autorité administrative.

Il a souligné ainsi que la statistique est gérée par la loi, le code éthique et le code de bonne pratique. En ce qui concerne l’éthique, si nous parlons de la Résolution des Nations Unies, c’est le 23 février 1990 qu’une décision a été prise pour préparer une charte rappelant les valeurs de la statistique publique communs à toutes les sociétés démocratiques, à l’échelle internationale.  Mais c’est en 2014 que l’Assemblée Générale des Nations Unies a approuvé cette Résolution.

Concernant la pratique de la statistique en Tunisie, Mouna ZGOULLI (Institut National de la Statistique) a présenté la charte statistique tunisienne. Cette dernière englobe dix principes, à savoir: l’impartialité, la responsabilité, l’indépendance scientifique, la transparence, le cadre légal.etc.

Statistique et opinion publique

Concernant l’implication de l’Etat, Jean Jacques DROESBEKE a présenté l’exemple de l’Argentine où l’Etat manipulait voire falsifiait les statistiques. Cela a été critiqué par le Fonds Monétaire International (FMI).

En Tunisie, nous avons vécu une expérience unique lors du deuxième tour, des élections présidentielles  en 2014, quand le PDG du bureau d’études « SIGMA CONSEIL » a annoncé approximativement les pourcentages de vote pour les deux candidats, avant la fermeture des bureaux de vote.  L’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE) a critiqué cet acte vu qu’il y’ait un silence électoral à respecter.

Mais nous avons remarqué déjà, en Tunisie, l’évolution du métier du statisticien après les événements du 14 janvier 2011, vu le climat de liberté qui s’est offert aux citoyens. De plus la nouvelle constitution tunisienne garantie le droit du citoyen à l’accès à l’information. Et cela à eu des répercussions positives sur le phénomène de veille informationnelle. Tout le monde est devenu à la recherche des informations fiables et crédibles.

Et puis les statistiques sont devenues un élément essentiel afin d’avoir une idée sur le public ciblé. Aujourd’hui, aucun parti politique ou institution associative ne pourra proposer un projet de développement sans être passé par une étude statique afin de savoir comment cibler son public. Aujourd’hui aussi,  aucune entreprise économique ne pourra lancer un produit sur le marché ou concevoir une campagne de marketing et de communication, sans qu’il y ait ce passage par les données statistiques afin de comprendre les usages et les pratiques de ses consommateurs. Les domaines d’exploitation de la statistique sont nombreux voire innombrables.

Bref, aujourd’hui, tout est défini par la statistique. Pour savoir s’adresser à sa cible ou pour savoir corriger ou améliorer les situations, il faut passer par la statistique. Et pour influencer ? Ne faut-il pas aussi passer par la statistique ?

Certains pensent que celui qui détient l’information, il détient la moitié de la réalité. Alors si nous détenons l’information selon des bases scientifiques, nous ne détenons pas la réalité complète ? Ainsi, nos choix ne seront pas le résultat de l’acceptation de cette réalité ?

Ensuite, il suffit qu’un leader d’opinion annonce des statistiques pour qu’une communauté le suive, ce qui impose la fiabilité des statistiques. Et cela mènera à l’établissement d’un climat de confiance entre les acteurs : émetteurs des statistiques et récepteurs.

Ce que nous pouvons confirmer, c’est que la  crédibilité de nos études statistiques est le miroir de la démocratie dans notre pays. Plus nous sommes honnêtes et nous livrons des chiffres correctes, plus nous sommes des êtres libres dans nos choix et nos décisions.

Nouha BELAID

N.B: Découvrez les interventions des conférenciers en vidéo

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Enseignement en ligne en Tunisie: Usage des TIC

Cette présentation a été faite lors de la conférence Internationale sur la didactique et la pédagogie qui a eu lieu, les 17 et 18 Novembre 2015 –‪#‎Oran‬ ( ‪#‎Algérie‬) / Plus de détails dans une prochaine publication.

Communication de crise : Comment utiliser les médias sociaux pour sauver le secteur du tourisme ?

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Programme : http://africa.unwto.org/event/4th-unwto-international-conference-tourism-and-media-building-new-partnerships-tunis-tunisia-1

Tunisie – Homme politique et communication : le cas de Noomane Fehri

Nommé Ministre des Technologies de la Communication et de l’Economie Numérique, en Tunisie, M.Noomane FEHRI a choisi de garder son profil personnel sur Facebook, qui fonctionne en parallèle avec sa page Facebook officielle. Depuis les événements du 14 janvier 2011, l’octroi d’une page Facebook est devenu d’ailleurs, utile pour un homme politique en Tunisie, sauf que certains choisissent d’avoir un compte Facebook ouvert au public.

M.le Ministre Noomane FEHRI a opté pour un autre plan comme s’il a voulu garder ce lien d’intimité avec ces amis et ces proches. Possédant toujours un compte Facebook, il a ajouté l’étiquette  « Personal Profile » et en gardant toujours sa photo avec sa femme comme couverture de ce compte Facebook.

M.Noomane Fehri et sa femme

M.Noomane Fehri et sa femme

En fait, son nouveau statut ne l’a pas poussé à adapter de nouvelles pratiques technologiques. Il a gardé les mêmes pratiques mais en prenant du recul par rapport à la publication de ses opinions politiques.

Sur son compte Facebook qui suppose être personnel,  nous trouvons  presque 5000  personnes qui sont amis  avec lui. Il est toujours identifié dans des publications de tout genre. La publication pourrait être une information politique mais elle pourrait être une photo prise en famille. Et d’ailleurs, ce compte Facebook présente l’image d’un papa heureux, qui vit une vie de famille stable et pleine de joie et de bonheur.

M.Noomane Fehri accompagné de sa famille (Photo publiée publiquement sur Facebook)

M.Noomane Fehri accompagné de sa famille (Photo publiée publiquement sur Facebook)

Quand la femme du Ministre s’exprime !

En Tunisie, nous n’avons jamais parlé de la femme d’un Ministre.  Mais nous savons aussi que derrière chaque grand homme se cache une femme. Dans une première en Tunisie, la femme d’un Ministre s’est exprimée sur son compte Facebook. Il s’agit de  Mme Latifa FEHRI qui a identifié  son mari, M.le Ministre des TIC dans un joli statut. Elle faisait l’éloge de son mari avec tant d’amour et de tendresse.

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Les spécialistes de la communication savent qu’en France Carla BRUNI a été un instrument politique pour Nicolas SARKOZY, l’ex Président français. Grâce à elle, Sarkozy a pu présenter au peuple l’image d’un mari amoureux. Et les journalistes ne cessaient suivre les activités de Carla qui était un élément fondamental de la stratégie de communication de Sarkozy.

En ce qui concerne Mme FEHRI, bien qu’elle ait fait les choses par amour mais ses paroles envers son époux de temps en temps, pourraient être considérées comme une bonne action de communication. Or pour un homme politique est-il utile d’avoir un compte Facebook personnel ou une page Facebook officielle publique ? Cela ne pourrait pas nuire à sa e-reputation en tant que Ministre ?

Nouha BELAID

N.B.: Cet article ne fait pas l’éloge de M.Noomane FEHRI mais il met l’accent sur une nouvelle pratique politique en Tunisie.

Quand les Présidents des pays arabes optent pour une communication politique interactive

Cet article a été publié le 30/05/2015 dans le Huffpostmaghreb

Le Président Egyptien Abdel Fattah All Sissi

Le Président Égyptien Abdel Fattah All Sissi

Bien que le printemps arabe ait été suivi de certaines situations douloureuses, la liberté d’expression et d’échange d’informations a été toujours, farouchement défendue par les citoyens et les défenseurs de droits de l’homme et ce, dans tous les pays arabes qui ont vécu des soulèvements populaires.

L’homme politique s’est trouvé lui-même appelé à défendre le droit du citoyen à l’accès à l’information, dans le cadre de la transparence de l’Etat et de l’ouverture sur l’échange entre gouverneurs et gouvernés.  Jean Michel Cotteret  disait d’ailleurs que « la communication politique est un échange entre gouvernants et gouvernés par des moyens formels ou informels pour conquérir le pouvoir ou l’exercer ».

En Tunisie, un groupe portant le nom « OpenGovTN» a été lancé le 04 novembre 2011. Noté sur son site officiel, ce groupe « milite pour la consécration des principes de la transparence totale et la participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques, afin de garantir le droit à une société juste, démocratique et prospère. Sans forme juridique, le groupe est ouvert à tous les citoyens tunisiens indépendamment de leurs appartenances politiques ou associatives sous condition du respect de la présente charte. Le groupe est autogéré bénévolement par tous ses membres ».

En Egypte, afin d’assurer cette transparence d’Etat et de créer des autoroutes d’échange d’informations entre les dirigeants du pays et les citoyens, le Président Egyptien Abdel Fattah All Sissi a pris l’initiative, en mettant  à la disposition des citoyens de son pays, une adresse email à travers laquelle ils peuvent lui poser des questions. Le Président égyptien répondra ainsi aux questions au cours de son rendez-vous télévisuel mensuel.

Selon le bureau de presse de la Présidence égyptienne, la participation des citoyens dans la prise des décisions est un élément fondamental du plan de fonctionnement de l’Etat égyptien.

Rappelons ainsi  l’expérience du Président Tunisien, Beji Caied Essebsi lors des élections présidentielles 2014, quand il a invité ses followers sur Twitter à participer à un « Tweet Chat » qui a eu lieu ce vendredi 14 novembre 2014 de 16h à 18h. Ce Twitter Chat d’Essebsi a totalisé 1979  tweets pour 358 contributeurs. Il a promis d’ailleurs les Twittos de faire de ce Tweet Chat un rendez vous mensuel sans que rien n’a été réalisé après sa victoire.

Il parait que les nouveaux gouverneurs dans le monde arabe, optent pour la communication interactive qui favorise l’échange virtuel avec les citoyens. Mais cela n’empêche pas d’être sélectif dans les réponses sous prétexte de ne pas avoir le temps nécessaire pour répondre à tous les emails ou commentaires ou tweets. Il est facile d’ailleurs de faire semblant d’être ouvert et transparent et jouer avec la langue de bois mais il est difficile de convaincre tout le monde car la stupidité humaine n’est pas collective. On se demande ensuite, si les internautes étaient présents en temps réel, les hommes politiques répondront-ils à toutes les questions et de la même manière ? On espère ainsi que l’espace public virtuel devient réellement  un espace d’échange entre gouverneurs et gouvernés, en offrant au peuple la possibilité de s’exprimer librement sans qu’il y ait des contraintes.

Nouha Belaid

Mme Ève Sabagh (Directrice du bureau de la BBC Media Action en Tunisie) à la Centrale Com : « 98% de Tunisiens regardent la télé au moins une fois par semaine »

Une conférence dont le thème était « » a eu lieu aujourd’hui (Vendredi 08 Mai 2015) à la Centrale Com, dans le cadre des rencontres qu’organise le club Info Com. Cette conférence a été animée par Mme Ève Sabagh (Directrice du bureau de la BBC Media Action en Tunisie).

Mme Sabagh a déclaré que, selon une enquête menée par la BBC  en 2013  auprès d’un échantillon  de mille Tunisiens, il s’est avéré que 98% de Tunisiens regardent la télé au moins une fois par semaine et 86 % de Tunisiens regardent la télé au moins une fois par jour. Et, suite à la crise économique que traverse la presse écrite en Tunisie, seulement  100 000 exemplaires de journaux sont vendus chaque jour.

Mme Sabagh a souligné que l’information est importance mais le public est aussi un élément important du processus de la communication. Les journalistes sont appelés ainsi à mieux connaitre le public auquel ils vont diffuser l’information.

Selon elle, un bon journaliste devrait être toujours à l’écoute des autres, et ce, en discutant avec les eux afin de connaitre leurs préoccupations. Sachant que les Tunisiens s’intéressent au pouvoir d’achat et à l’emploi.  En même temps, il est appelé à réfléchir pour trouver la bonne manière avec laquelle il va communiquer l’information recueilli.

En ce qui concerne ses actions, de la BBC Media Action a choisi de s’investir dans l’amélioration de la qualité des programmes de la chaine nationale 1 après avoir opté au début pour la coproduction. Plusieurs programmes ont été ainsi conçus pour répondre aux attentes du public de la chaine nationale 1.

[Journée Mondiale de la liberté de presse ] – Nouha Belaid, Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication: «Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques»

Journal

N.B: Cet entretien a été publié le 03/05/2011, dans le journal algérien  » Chiffres d’affaires« 

Dans cet entretien, l’Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication, Nouha Belaïd, qui est pour rappel, titulaire en 2013, du Prix de l’excellence scientifique de l’Université de Manouba, dont le sujet était «la communication politique sur les réseaux sociaux», nous livre son analyse de la situation de la presse écrite, et de l’évolution des médias, notamment dans l’espace maghrébin, où elle estime que beaucoup reste encore à faire, pour parler d’une réelle liberté de la presse. Notre interlocutrice, qui ne se fait pas de mirage, estime toutefois que si la situation actuelle, à l’ombre des événements politiques qui caractérisent notre époque, en plus des évolutions technologiques, suppose une refondation, il n’est pas pour autant acceptable de conclure à la fin de la presse écrite. Pour elle: «nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média qui est la gazette.» 

Le Chiffre d’Affaires: La presse écrite vit actuellement l’une des plus difficiles étapes de son histoire, avec notamment l’avènement des nouvelles technologies, pensez-vous que nous assistons à la fin de la presse écrite et du journalisme «classique»?

Nouha Belaid: Bien que la presse écrite ait vécu plusieurs contraintes qui ont poussé certains titres à abandonner la scène médiatique, nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média, qui est la gazette. Avec l’apparition d’Internet et du numérique, les médias ne sont pas nécessairement menacés de disparition, mais, pour se maintenir à flot, ils doivent se transformer, radicalement.

A un certain moment, avec l’invention de la télévision, certaines gens pensaient que la Radio disparaitra au fil des années. Il s’est avéré après, que chaque média a son propre public. Il suffit tout simplement, de développer les moyens de distribution du journal papier.

Ensuite, les nouvelles technologies présentent un outil efficace qui pourra être utilisé en faveur de la presse écrite. Aujourd’hui, à l’ère de la convergence médiatique, nous assistons à l’usage des canaux électroniques, pour propager les journaux papiers et ce, via les sites Internet, les plateformes et les applications mobiles.

Il ne faut pas opposer le papier au numérique. C’est une bataille d’arrière garde, d’autant plus qu’ils ne devraient pas être en guerre. Le journalisme classique ne touchera jamais à sa fin. Il a plutôt profité de ses nouvelles autoroutes d’informations, pour toucher un large public.

Nous célébrons la Journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai, quelle lecture faites vous de la situation des médias en général, et particulièrement de la liberté de l’exercice du métier de journaliste, notamment au Maghreb?

Le 03 mai est certainement une occasion pour rappeler ceux qui détiennent le pouvoir de l’importance de la liberté de presse, pour un pays démocratique ou qui se voit démocratique. Mais un jour ne suffit pas pour célébrer cette cause universelle, surtout dans le monde arabe et plus précisément, au Maghreb. En 2015, tous les pays du monde, démocrates et dictateurs, ont vécu des manifestations qui critiquaient l’attaque barbare contre le journal satirique français «Charlie Hebdo». Bien que l’Islam ait été attaqué, la liberté d’expression se confirmait et le terrorisme était refusé dans un Etat comme la France, là où les valeurs de la République libre et démocrate s’apprennent à l’école et on y tient très fort. Or, pour assurer la liberté du journalisme dans les bonnes conditions, des institutions sont appelées de temps en temps, à rappeler les acteurs de la scène médiatique pour qu’ils respectent la déontologie du métier, et d’autres sont appelées à réguler les médias, selon le code de presse mis en place.

Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le Monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef, fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux journalistes tunisiens Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari fussent torturés en Lybie, pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc…

Au Maghreb, le métier du journalisme est régulé par des institutions, à savoir les conseils de presse, les autorités de régulation de l’audiovisuel, les syndicaux, les Associations nationales et internationales etc… Mais avant de mettre en place une institution de régulation, le régime politique mis en place devrait être le protecteur de cette liberté du journalisme. Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira, qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux Journalistes tunisiens, Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari, fussent torturés en Lybie pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc… Il nous reste beaucoup de choses à faire, dans le Monde arabe et précisément au Maghreb, pour parler d’une liberté réelle de la presse. Nous sommes encore mal classés à l’échelle internationale.

L’expérience tunisienne en matière de liberté d’expression est édifiante, pouvez-vous nous donner un aperçu sur cet évolution, et les contraintes éventuelles, à l’ombre des chamboulements politiques dans le pays?

Malheureusement en Tunisie, post révolutionnaire qui se voit pays des libertés, notamment suite aux premières élections démocratiques dans son histoire, et selon le rapport mensuel du Centre de Tunis pour la liberté de la presse (CTLP), nous enregistrons encore des agressions contre les Journalistes tunisiens.

En mars 2015, publié dans le rapport mensuel du CTLP: «De la gifle à l’agression violente, en passant par l’exhibition de l’arme devant la caméra… les politiques tout autant que les agents de sécurité et le public sportif, soumis à l’influence de l’incitation contre les journalistes, sont devenus, désormais, complices dans les violations à l’encontre des journalistes, qui caractérisent le mois de mars 2015».

Mentionné aussi dans ce rapport qu’au cours de ce mois de mars 2015, 24 agressions ont été commises sur les employés, dans le secteur de la presse ayant porté atteinte à 31 personnes, dont 13 journalistes femmes et 18 hommes exerçant dans 07 chaines de télévision (TNN, La nationale Une, Nesma TV, Hannibal, Telvza TV, Al Jazeera et Al Âhd irakienne), 03 radios (MFM, la Chaîne nationale et Mosaïque Fm), 04 journaux (Echourouk, Akhbar Al Jomhouria, Ettounissiya et Essahafa), 03 sites WEB (Tanit Presse, Web Hebdo et Journalistes sfaxiens) ainsi qu’un journaliste indépendant.

«Les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place, existent encore et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias.»

Cela ne veut pas dire que la Tunisie actuelle, n’est pas un pays de liberté. Bien au contraire, les journalistes sont devenus beaucoup plus revendicatifs et cherchent à arracher leurs droits, que ce soit à travers les manifestations ou à travers les débats qu’ils mènent dans les plateaux télévisés, ou radiophoniques, ou leurs articles qui critiquent de temps en temps les décisions des hommes au pouvoir.

De plus, les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place existent encore, et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias. Nous ne pouvons pas nous en passer, car une expérience démocratique se base sur le pluralisme d’idées et de mouvements politiques. Le journalisme, au vrai sens du mot et à l’instar des expériences démocratiques étrangères notamment celle du pays de Montesquieu et Voltaire, est en train de se réformer et les journalistes sont en période d’apprentissage.

La formation des journalistes, et autres professionnels des médias, semble épouser des modèles nouveaux, souvent en adéquation avec le besoin d’un marché qui se veut en permanente évolution, quelle lecture faites vous de l’évolution de la formation dans ce domaine?

La formation en journalisme a évolué en Tunisie, notamment après le 14 janvier 2011. Jadis, la formation académique en journalisme se limitait à l’université publique, mais aujourd’hui, étant donné que le pouvoir mis en place est appelé à encourager la liberté de la presse, la Tunisie a vécu l’émergence des universités privées en journalisme. Ces nouvelles universités de journalisme ont essayé de rompre avec la méthode classique d’enseignement de cette discipline et ce, en adaptant le contenu d’enseignement aux besoins du marché, surtout que le journalisme est un métier de terrain, avant d’être un métier de théories. Le régime de Ben Ali ne voulait pas que les journalistes soient bien formés et instruits, pour qu’ils ne soient pas critiques, mais il cherchait à les rendre des personnes soumises, ce qui explique l’absence du professionnalisme en matière d’investigation journalistique, auprès de la majorité des diplômés de l’ancienne école de journalisme en Tunisie. Aujourd’hui, ce sont les jeunes diplômés en journalisme, qui maitrisent ce genre journalistique qui cherche à relever les défis et présenter le non-dit.

De même, les Journalistes tunisiens ont profité de plusieurs opportunités de formation professionnelle à l’étranger. Plusieurs organismes étrangers ont d’ailleurs présenté aux Journalistes tunisiens, des cycles de formations gratuits, sous prétexte qu’ils participent à l’édifice d’une Tunisie libre et démocrate, à savoir CFI, DW, France Télévision, Fondation Hirondelle etc… Certains journalistes ont appliqué les nouvelles connaissances dans leurs pratiques journalistiques et d’autres se sont limités au certificat reçu, sans que la formation ait un résultat concret.

L’absence de passerelles réelles entre les médias des différents pays de l’espace maghrébin, pose une vraie problématique d’incompréhension chez les populations de lecteurs. Ne pensez-vous pas qu’il serait nécessaire d’engager de nouvelles démarches de rapprochement, et même pourquoi pas, de lever les barrières juridiques dressées par les Etats, afin de mieux favoriser la communication et la liberté d’expression?

La Chaine tunisienne «Nesma Tv» est le projet du Grand Maghreb et dont l’objectif est de réunir la population maghrébine, qui partage des traits communs. Penser à lancer un journal maghrébin est aussi une bonne idée, à concrétiser, au moment où la presse écrite traverse une crise. Ce jumelage pourra être une solution face aux défis économiques, puisque cela permettra au journal de toucher un public plus large.

«La liberté de communication entre les Etats ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie.»

Et puis la liberté de communication entre les Etats, ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie. Nous ne sommes pas encore en période d’ouverture médiatique sur d’autres horizons, mais plutôt de réformes médiatiques au sein de notre pays. Il faut commencer par se corriger soi-même et penser ensuite à établir un modèle maghrébin, qui rassemble tous les pays du Maghreb. Nous partageons un vécu riche de traditions et de coutumes, mais nous n’avons pas la même vision politique. Les médias sont le miroir du régime politique mis en place. Donc, il faut bâtir un régime solide dans chaque pays, qui encourage la liberté d’expression et pensons après à l’union médiatique maghrébine, qui partage les mêmes objectifs.

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