Archives de Tag: Tunisie

Attaque de Ben Guerdane et son effet médiatique sur le tourisme tunisien

ben

Durant plus qu’une semaine, les médias classiques (télé, radio et presse écrite) aussi bien que les nouveaux médias n’ont pas cessé de parler de l’opération terroriste de Ben Guerdane (Sud de la Tunisie). Mais chacun de ses médias avait choisi pour en parler, à sa manière, en adoptant un discours différent.

Si les médias sociaux étaient les premiers canaux d’informations à couvrir cet événement en procurant des informations instantanées, la presse électronique a pris par la suite la relève. Puis les autres médias à savoir la radio et la télé les ont rejoints. Mais comme à l’accoutumée, les photos inédites étaient présentes sur les médias sociaux telle que le Selfie des soldats exposés avec les cadavres des terroristes ou la photo du soldat présent sur le champ de la bataille, accompagné d’une trentaine d’habitants de Ben Gardanne qui suivaient derrière lui l’échange de tirs. Ainsi de statuts de fierté de notre armée tunisienne ont été partagés sur les médias sociaux.

De même, si la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) en Tunisie, a confirmé sa satisfaction de la couverture des télés et des radios de cette attaque, les photos des cadavres des terroristes partagées sur les médias sociaux, ont créée une grande polémique. Il est vrai que la déontologie du métier du journalisme interdit la diffusion de ce type de photos mais vu l’absence d’une charte d’usage des médias sociaux, certains Tunisiens se voyaient dans ce type de partage, une fierté de notre armée. Ainsi un discours de haine a pris place sur ces canaux de communication. Ce qui fait appel à l’autorégulation de nos usages sur les médias sociaux, pour ne pas nuire ni à l’ordre général du pays ni aux valeurs communes de la société.

De plus, tous les pays du monde ont félicité la Tunisie pour sa réussite à renverser le plan terroriste. Mais certains médias français ont été critiqués pour leurs discours déployés dans la couverture de cette opération. A titre d’exemple, lors d’un reportage télévisé, au lieu de signaler qu’il y a eu un bilan de tel nombre de terroristes morts et un autre nombre de martyrs, la présentatrice de la chaine publique France 24, a annoncé qu’il existe en total un nombre de morts. Cette absence de précision a posé des points d’interrogation alors que la France s’est toujours montrée solidaire avec les Tunisiens et elle a toujours critiqué le terrorisme. Pire encore, beaucoup de Tunisiens ont appelé à la fermeture du bureau de la chaine Qatarienne Aljazeera en Tunisie suite aux déclarations de l’une de ses journalistes sur son compte Facebook personnel. Il semblait ainsi que le scénario du bureau d’Aljazeera en Egypte pourra se reproduire en Tunisie, ce qui pourra nuire à la liberté d’expression, dans un pays qui vient de remporter le Prix Nobel de la Paix pour la réussite de sa transition démocratique. Mais cela appelle aussi les médias étrangers à être neutre dans leur couverture médiatique des événements en Tunisie, mise à part leur agenda politique.

Et le tourisme ?

Il est à noter que cette attaque a eu lieu une semaine avant les vacances du printemps pour les élèves des écoles primaires, des collèges et des lycées. Ces vacances représentent une période de repos dont les parents en profitent pour partir passer quelques jours avec leurs enfants, chez les grands parents dans les régions de l’intérieur ou dans un hôtel de luxe au sahel ou au sud du pays.
Etant donné que la Tunisie souffre depuis l’attaque de Bardo tenue en 2015, de la réduction du flux de touristes, la majorité des acteurs du tourisme en Tunisie ont choisi pour ces vacances de printemps, de cibler les clients en Tunisie, en proposant une offre riche de promotions, sauf que cette opération terroriste risquait de faire éloigner du sud non seulement les touristes étrangers mais aussi les citoyens tunisiens qui pensaient profiter d’un séjour saharien.

Cela n’empêche de dire que les Tunisiens ont exprimé comme à l’accoutumée un élan de solidarité contre le terrorisme. Donc la présence des Tunisiens au sud du pays est une preuve de bravoure et un message clair aux militants auprès de Daaech que la Tunisie ne sera jamais un abri du terrorisme.
Par la suite, aujourd’hui, en présence d’une mosaïque médiatique de journaux et de chaines radiophoniques et télévisées qui émettent en Tunisie et ailleurs, la Tunisie possède déjà sa machine communicationnelle. Et comme ces médias locaux ont réussi à couvrir l’opération terroriste de Ben Guerdane, ils sont ainsi appelés à prendre individuellement l’initiative pour promouvoir l’image du pays à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur. Notons que le terrorisme a marqué sa présence dans les pays les plus puissants du monde à savoir les Etats Unis, la France, le Royaume Unis, etc.
De même, l’engagement du citoyen dans la promotion de l’image du pays à l’extérieur est primordial, avec la disponibilité des médias sociaux. La citoyenneté s’exprime d’ailleurs à travers le partage des photos et des vidéos des zones touristiques car citoyen est devenu de nos jours, un acteur à part entière. Plus besoin d’attendre la réaction des instituions gouvernementales. Nous sommes tous des communicateurs !

Nouha Belaid

Publicités

« Envoyé spécial » : Le client est-il le roi à l’ère des médias sociaux ?

téléchargementLes fans de l’émission hebdomadaire « Envoyé Spécial » diffusée sur la chaîne télévisée France 2, avaient comme à l’accoutumée un rendez-vous spécial, ce 04 mars 2016. L’un des reportages de cette émission a mis l’accent sur le métier du community management en France.

Le community management, défini comme étant le fait de gérer des communautés en ligne, a évolué comme métier, ces dix dernières années en France. Il est devenu une mission à part entière pour toute entreprise qui cherche à se connaitre ou à résister sur le marché. De même, la e-réputation est devenue une affaire très importante pour ces entreprises. C’est d’ailleurs, parmi les tâches principales du community manager.

« Envoyé spécial » a signalé dans son reportage sur le métier du community management qu’aujourd’hui, lorsqu’on n’est pas satisfait d’un produit ou d’un service, on n’a plus tendance d’aller écrire ou téléphoner au service client du produit, surtout que cela pourra se solder par une très longue attente. Donc certains consommateurs mécontents choisissent de s’exprimer sur les médias sociaux. Ils pensent ainsi que cela pourra être plus efficace étant donné que l’entreprise cherche à avoir une bonne réputation sur le net, ce qui la pousse à répondre aux commentaires des consommateurs mécontents et régler leurs problèmes en un laps de temps très court. Cela était dans ce reportage, le cas d’une française qui a exposé son problème sur Twitter.

Par la suite, le reportage a signalé que les community managers cherchent à séduire les consommateurs. Donc une réclamation d’un consommateur pourra donner naissance à un bad buzz. Ce qui fait impliquer une « armée » de community mangers pour face à cette mauvaise réputation sur Internet. Mais entre temps, on se demande si les médias sociaux ont rendu au client son statut réel comme on l’a toujours confirmé : Le client est toujours le roi ? car les messages des clients constituent aujourd’hui, une arme de destruction massive en terme de publicité : tout le monde peut les lire, à tout moment et là où ils sont. Au même temps, le client pourra mettre en valeur un produit à travers un commentaire de remerciement.

Certainement, on se demande qui sont ces community managers ? Ce sont tout simplement, des diplômés en marketing et en communication. Mais ces cinq dernières années, des universités et des centres de formation en France et même en Tunisie, ont commencé à livrer des diplômes en community management, vu l’utilité de ce métier pour faire survivre une entreprise ou soigner son image de marque. Cela n’empêche pas de confirmer qu’il arrive que quelqu’un non spécialiste du domaine, exerce le métier. La reconnaissance du métier est confirmée mais reste aux diplômés en community management d’arracher leurs places.

Nouha Belaid

A voir émission complète, épisode diffusé le 04/03/2016

 

Les usagers de Facebook en Tunisie : un déséquilibre remarquable entre les gouvernorats

L’agence du webmarketing tunisienne Medianet vient de publier une récente recherche qui dresse le bilan des usagers du réseau social numéro un en Tunisie et dans le monde entier : Facebook.

Cette étude fût la première de ce genre en Tunisie, car depuis la création de ce réseau social, le seul chiffre que nous disposons  est celui du nombre des facebokeurs tunisiens. Et encore ce chiffre n’est pas réellement correcte vu le nombre de faux profils qui est incomptable.

Par la suite, cette étude a relevé qu’il existe en Tunisie,  5 690 100 facebookeurs répartis d’une manière déséquilibrée sur les gouvernorats, même si la majorité utilisent le mobile pour avoir accès à ce réseau social.

Sur Tunis, il existe d’ailleurs, le plus grand nombre de facebookeurs. Il s’agit de 3 447 000 facebookeurs, soit 61.58 % du nombre total de facebookeurs en Tunisie, alors que le nombre de facebookeurs répartis sur les autres gouvernorats, varie entre 11 400 et 153 000 facebokeurs. De plus, si la capitale est classée en premier rang, le gouvernorat de Sfax occupe le deuxième rang, suivie successivement des autres gouvernorats : Sousse, Nabeul et Monastir. Ci-dessous le Silder de l’étude.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Notons ainsi que cette étude s’avère utile pour les chercheurs en marketing et en communication digitale ainsi que les bureaux de sondage et les agences de webmarketing qui utilisent Facebook comme canal de communication. Sauf que Medianet reste toujours ferme, comme elle l’a été à l’accoutumée sur sa stratégie de travail aboutissant à ces résultats. Et cette absence de transparence crée entre autres, des doutes sur la fiabilité des chiffres livrés par cette étude, étant donné que le nombre de faux profils est incomptable sur Facebook.

Par la suite, nous rappelons que l’opinion publique a confirmé il y a quelques années que Facebook a déclenché la révolution tunisienne mais aucune étude scientifique ne l’a jusqu’à présent confirmé. Alors si cette révolution a été déclenché dans un gouvernorat dont 7 % seulement du nombre total de facebookeurs ont accès à Facebook, pourrons nous encore confirmer que cette révolution est une révolution digitale ? Reste à confirmer selon la disponibilité d’autres caractéristiques démographiques et de données sociologiques. Cette étude n’est ainsi, qu’une étape préliminaire en absence d’autres détails.

Nouha BELAID

Colloque – Dakar 2015 – Les médias en Afrique : bilan, enjeux et perspectives

PHOTO (2)

« Les médias en Afrique, cinquante ans après le soleil des indépendances : bilan, enjeux et perspectives », était le thème du colloque organisé  récemment, par le réseau international de recherche Théophraste et le CESTI.

Des professeurs et des chercheurs éminents ont participé à cette rencontre scientifique que le réseau Théophraste a pris l’habitude d’organiser chaque année, dans l’un des pays francophones. La Tunisie avait d’ailleurs, l’honneur d’accueillir ce réseau de recherche, en 2011, au CAPJC. Cette année, le colloque a eu lieu à Dakar, afin de fêter le cinquantième anniversaire du CESTI.

Cette année, le colloque a mis l’accent sur quatre axes complémentaires : les médias et le processus de démocratisation en Afrique, la régulation et l’autorégulation, la formation en journalisme en Afrique et les enjeux liés aux médias sociaux.

Tidiane DIO (Université Paris Sorbonne Nouvelle) a souligné que « l’arrivée ou le retour annoncé de certains groupes français en Afrique pourrait bien faire, penser, quelque part, à une tentative de reconstitution de [l’empire médiatique français perdu] ». Alors même le basculement vers le numérique était une opportunité pour la France pour qu’elle reformule son existence sur la scène médiatique africaine vu le besoin qui s’est imposé.

De leurs côtés, Sarr IBRAHIMA (CESTI – Dakar) et Ndiaga LOUM (UQQ – Canada) ont mis l’accent sur la relation complexe qui rassemble le journaliste et le politique au Sénégal, en affirmant que «  la pluralité [médiatique] s’inscrit dans la pratique malgré des restrictions provenant de l’Etat ». Selon leurs propos, la liberté de l’information au Sénégal « reste suspendue à l’épreuve des temps politiques ». Ce qui a poussé d’ailleurs, Marie Soleil FRERE (Université Libre de Bruxelles) de se poser la question suivante : vers un système médiatique pluraliste autoritaire en Afrique francophone ?. Il s’agit d’un système hybride qui selon elle, ne devrait pas être un soutien pour la démocratie mais plutôt « le fruit d’un projet politique abouti qui présente les apparences institutionnelles et symboliques de la démocratie ».

Cela nous pousse aussi à se poser des questions sur les modèles de concentration médiatique en Afrique. Henri ASSOGBA (Université de Laval)  pense que quelque soit le pays étudié, la régulation de la concentration dans le secteur des médias est un exercice difficile d’équilibriste étant donné qu’il est un peu complexe de « se préoccuper à la fois de la préservation du pluralisme d’information sans toutefois compromettre le dynamisme économique de l’information ».

Quant à Bernadette Renée LIKASSA FOUTOU (Université Bordeaux Montaigne), elle a choisi d’étudier les débats menés sur Internet, sur l’élection présidentielle anticipée de 2009, au Gabon et ce, en assurant une veille informationnelle sur des sites dédiées au Gabon ainsi que sur les médias sociaux les plus utilisés. Une analyse des discours a été aussi menée. Ce qui lui a permis de déduire à la fin que « les médias sociaux par rapport aux médias traditionnels, ont acquis une place privilégiée pour les débats démocratiques grâce à leur fluidité ». Et cela est le cas même en Tunisie, au point que certains pensent que Facebook a fait la révolution dans ce pays.

La Tunisie au cœur de ce débat démocratique

Lors de ce colloque, les recherches menées sur la Tunisie était au nombre de quatre et elles ont porté sur le paysage médiatique Tunisien, avant et après le 14 janvier 2011. Le public présent a salué à cette occasion les Tunisiens, pour la réussite de leur transition démocratique.

Nouha BELAID (IPSI –Tunisie) a analysé la couverture médiatique virtuelle de l’élection présidentielle 2014, effectuée par la chaine nationale publique « Wataniya 1 ». Cette dernière a mis à  la disposition de son public un nouveau site « Election 2014 ». Il s’est avéré qu’un petit décalage entre les candidats aux élections présidentielles a été enregistré sur le web, ce qui donne intérêt à accorder cette mission de monotoring virtuelle à la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) en Tunisie. Le Président de la HAICA, Nouri LAJMI était d’ailleurs, parmi les intervenants à ce colloque. Il s’est posé la question suivante, lors de son intervention « quel avenir pour les médias de service public en Tunisie ?». Il  a récité ainsi les mesures à déployer pour mettre en œuvre une véritable culture de service public et de citoyenneté en Tunisie et les moyens à utiliser. Alors que Laarbi CHOUIKHA (IPSI – Tunisie) a choisi comme titre pour son intervention «  La HAICA dans la tourmente politico médiatique », en soulignant le contexte de la mise en place de la HAICA et les décisions prises par cette autorité ainsi que les expériences vécues sous la houlette des différents gouvernements.

La formation des journalistes en Afrique

On ne pourra jamais avoir une presse de qualité si on ne parle pas au même temps d’une formation riche et variée en journalisme, assumée au sein des universités ou des centres de formation, par des professeurs bien formés au métier.

« Le journalisme d’investigation, le  journalisme de surveillance et de contrôle par excellence, et que d’aucuns appellent à revaloriser et à réaffirmer est l’un des axes de la formation journalistique post révolution », a affirmé Hamida EL BOUR (IPSI – Tunisie), en affirmant que la formation au journalisme d’investigation en Tunisie est une formation à la mission de contrôle exercé par les médias.

Signalons ainsi que le mastère en journalisme d’investigation a été suspendu à l’IPSI, à partir de cette année universitaire.

Emergence des médias sociaux en Afrique

La scène médiatique africaine a vécu ces dernières années, l’émergence des médias sociaux. Oumou Salam DEME (Université Sophia/ Antipolice de Nice)  a choisi de souligner les enjeux enregistrés au niveau de la performance des apprenants, après avoir commencé à adopter les TIC comme appui à l’enseignement et à l’apprentissage. Et si Omou Slam s’est intéressée aux élèves de l’école primaire, Dikhaté DIARRA (Université Bordeaux Montaigne) a mis l’accent sur l’usage des médias sociaux dans construction et la co-construction de savoir chez les étudiants sénégalais.

Un autre volet a été traité  au niveau du dernier axe du colloque, est celui de  l’usage d’Internet. Houssein CHARMARKEH (Université d’OTTAWA) a  présenté un projet de recherche qui est en cours de réalisation et dont le thème est l’influence des innovations technologiques sur les médias numériques, en soulignant le rôle des incubateurs, startups et fab labs en Afrique.

De même, Internet a touché la pratique journalistique. Tel qu’il a été confirmé par Mamadou NDIAYE (CESTI – Sénégal)  qui a étudié l’impact d’Internet et des médias sociaux. Les journalistes ont adopté de nouvelles pratiques du jour au lendemain avant même d’être formés à ces nouveaux canaux de communication.

Pour conclure, cette rencontre scientifique fût intéressante et les échanges étaient fructueux. Il s’avère difficile de mettre l’accent sur toutes les problématiques du domaine du journalisme en Afrique mais quelques unes ont été traitées.

Quant à la scène médiatique tunisienne, elle a besoin encore d’une grande réforme. En présence de la HAICA et en absence d’un conseil de presse, la question de régulation et d’autorégulation met toujours en enjeu le métier. Et malgré toutes les expériences vécues, beaucoup de leçons sont à donner et beaucoup de formations devraient être menées au profit des journalistes pour qu’ils fassent évoluer la qualité de leurs productions médiatiques. Le soleil de la démocratie n’a pas encore touché réellement la scène médiatique tunisienne, étant donné que la relation entre journaliste et politique est au cœur du débat.

Nouha BELAID

 

Sauver la communication politique gouvernementale en Tunisie

Fotolia_60925358_XS (1)

N.B: Cet article a été publié par HuffPost Tunisie le 26/11/2015

J’ai choisi d’emprunter le titre de l’ouvrage de Dominique WOLTON «  SAUVER LA COMMUNICATION » vu l’échec actuel du gouvernement tunisien dans sa communication politique, suite à l’attaque terroriste menée contre un bus de la garde présidentielle.

L’échec a été enregistré depuis le démarrage de la crise. Au moment où les citoyens attendaient à être rassurés par leurs protecteurs, gouverneurs de ce pays, le gouvernement a marqué un silence qui dépasse les trois heures. Une seule photo véhiculait sur les médias sociaux, celle du bus brûlé. Toute suite après, les agents de sécurité ont interdit l’accès aux journalistes aussi bien qu’aux citoyens vu la gravité de la situation. Il y avait partout les cadavres des victimes et les blessés encore vivants qui demandaient de l’aide. A vous ensuite d’imaginer la situation dans laquelle se trouvaient les agents de sécurité surtout qu’il s’agit d’une attaque contre leurs collègues.

Trois heures de silence et on critique les journalistes ?

Certains organismes médiatiques ont critiqué la violence menée de la part des agents de sécurité contre les journalistes qui étaient présents sur le champ de l’attaque. Le bilan de plus qu’une vingtaine d’agressions a été enregistré.

Ainsi on se demandait si les agents de sécurité étaient obligés de se comporter de cette manière agressive, alors que nous devrons être l’exemple de la démocratie après tout ce que nous avions vécu ces dernières années, depuis le 17 décembre 2010. Ce n’est pas la constitution tunisienne qui garantie le droit du citoyen à l’accès à l’information ? Que dire alors du journaliste ?! … D’ailleurs, ce n’est pas à l’agent de sécurité de rappeler le journaliste de la déontologie du métier, entre autres prendre ou non des photos mais plutôt d’assurer sa sécurité sur le champ de la bataille. Et si le journaliste  ne respecte pas la déontologie du métier, il sera critiqué par les institutions concernées.

En réalité, ces pratiques barbares commisses à l’égard des journalistes n’étaient pas une solution pour limiter la propagation de l’information car il n’y avait pas que les journalistes qui ont été à la recherche de l’information mais aussi les citoyens. Qu’est ce que vous attendez de ces citoyens vu que le gouvernement a passé plus que trois heures sans communiquer une information : aucun communiqué n’a été diffusé, aucune déclaration n’a été faite d’un haut responsable et aucun message  n’a été lancé sur Facebook.etc. On ne demandait pas des chiffres ou des confirmations mais un message rassurant pour calmer les tensions. Pire encore, le Président de la République a annoncé que la réunion avec le conseil de sécurité aura lieu le lendemain. On suppose que c’est le cas, faut-il réellement le dire au moment ou les Tunisiens attendent des directives immédiates pour mettre fin au terrorisme ?. ll a fallu leur dire : «  nous allons faire ! », en leur rappelant des derniers acquis sur le plan sécuritaire.

Gérer une crise, çà s’apprend !

C’est clair que le gouvernement tunisien, malgré toutes les crises vécues, ne sait pas encore gérer sa communication de crise, en absence d’une stratégie claire.

De plus malgré tous les textes lois, malgré le prix Nobel et les milliers de conflits vécus, la liberté d’expression et de l’accès à l’information est toujours remise en question car les responsables politiques ne savent pas encore que la question de l’information, avant qu’elle devienne un enjeu professionnel ou économique, elle est au cœur de la vitalité démocratique elle-même, tel qu’il a été déclaré par le philosophe Edwy PLENETL. Il a ajouté d’ailleurs que «  proclamer ce dit, c’est ainsi refuser la confiscation de la politique par ceux qui prétendent savoir quand d’autres ne pourraient jamais savoir ».

D’un autre coté, PLENEL confirme dans son ouvrage « Le droit au savoir » qu’un journaliste fait son boulot quand il informe le public ce qui lui échappe, ce qu’on lui cache, ce que lui est méconnu ou inconnu. Donc on se demande si le bureau de communication du Ministère de l’Intérieur a déjà de bonnes relations avec les médias. Et là se manifeste le vrai boulot des relations publiques car ces relations deviennent plus importantes durant une crise. On pourrait même devenir un Spin doctor grâce aux liens forts que nous avons tissés auparavant avec des leaders d’opinion dans des entreprises médiatiques.

Comme l’a déjà dit Dominique WOLTON, «  communiquer n’est pas un jeu d’enfant » mais c’est un travail de ruse. Il faut être rusé pour savoir gérer une crise et cela nécessite des aptitudes communicationnelles de haute qualité : rapidité, instantanéité, fluidité de réponse, intelligence.etc. Comme cela peut aussi se développer avec le temps via les formations mensuelles du personnel. Mais aussi il faut  toujours faire l’évaluation finale de chaque crise vécue  pour tirer des leçons et apprendre à réagir dans une deuxième occasion, sachant que les plans de communication diffèrent selon le contexte à savoir le contexte spatio-temporel et les acteurs. Les enjeux d’une crise ne sont pas toujours les mêmes mais un plan de communication préparé à l’avance pour gérer une crise est toujours appréciable, à savoir : un discours déjà filmé et adaptable à toutes les situations, un communiqué de presse déjà préparé.etc.

Nouha BELAID

 

Tunisie – L’attaque terroriste du bus commentée sur Facebook

Suite à l’attaque terroriste barbare qui a été menée hier , le 25 novembre 2015, contre le bus de la garde présidentielles, les Tunisiens ont réagit directement avec cette actualité sur Facebook, comme à l’accoutumée.

Ainsi de nombreux messages que j’ai rassemblés pour vous, m’ont attirée l’attention. Des messages qui reflètent la douleur ressentie par le peuple tunisien mais qui donnent une image aussi sur l’actualité suite à ce attaque, durant les premiers 24 H. Haro sur le terrorisme !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Statistique et démocratie, thème du forum de l’ESSAI – Pourrons-nous influencer l’opinion publique via la statistique ?

12286107_856348734483685_1199044427_n

Le Forum de l’Ecole Supérieure de la Statistique et de l’Analyse de l’Information (ESSAI) a eu lieu cette année, le 18 novembre 2015, à la Bibliothèque Nationale et dont le thème était « statistique et démocratie ». Des personnes éminentes ont marqué leur présence afin de débattre un sujet très important au moment où nous commençons en Tunisie, à avoir des doutes par rapport aux statistiques livrées par les instituts de sondage privés. 

La Secrétaire d’Etat rattachée au Ministère du Développement et de la Coopération Internationale a été parmi les invités d’honneur de ce forum. Elle a signalé ainsi que la statistique est un élément important pour la prise des décisions et pour cette raison qu’elle présente un élément primordial de la stratégie globale de la Tunisie qui mène par la suite à la mise en œuvre de toutes les politiques.  Elle a noté qu’elle est importante pour les pouvoirs publics aussi bien que les pouvoirs privés.

Elle a rappelé le public présent que c’était en 1999 que fut la réforme du domaine de la statistique y compris la révision juridique. L’ESSAI fait partie de cette réforme vu le rôle qu’elle joue au sein de la société. Elle travaille d’ailleurs, en étroite relation avec l’Institut National des Statistiques (INS). Et notons que le recensement de 2014, fait partie des projets de l’INS comme acteur actif de cette scène. L’INS publie aussi des bulletins mensuels considérés comme bénéfiques pour différentes organisations qui ont tendance à faire des analyses stratégiques pour bien mener leurs travaux.

La Secrétaire d’Etat a affirmé que la nouvelle ère de la Tunisie se base sur le fondement de la démocratie. Donc un nouveau schéma de développement a été préparé pour assurer un nouveau système de distribution. Cela impose la présence des outils statistiques fiables.  Par ailleurs, les données statistiques devraient instaurer un climat de confiance auprès de la population. Et elle a ajouté « En l’absence de données statistiques, nous risquons de vivre des confrontations. D’où le besoin de la statistique pour faciliter le dialogue entre les acteurs de la société. La crédibilité et l’indépendance des données statistiques sont nécessaires ».

Madame la Secrétaire d’Etat a annoncé aussi que l’Etat vise à déterminer la meilleure stratégie pour mieux utiliser les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) au service de la statistique, à intensifier les canaux de la diffusion des données statistiques et à développer les  outils de détermination des données au niveau des régions. Elle a finit son mot par souligner l’importance de l’ESSAI pour l’économie nationale.

La statistique, histoire, pratiques et éthiques

De son côté, Jean Jacques DROESBEKE (Professeur à l’Université Libre de Bruxelles) a mis l’accent sur l’histoire de la statistique, en passant les quatre périodes :

  • L’antiquité la fin de l’empire romain, là où les recensements étaient importants pour les dirigeants et cela leur a permis de  reconstruire leurs empires.
  • Le Moyen âge mais nous avons enregistré des problèmes
  • Le contrôle de l’Etat et de la Religion : En 14ème siècle, des registres paroissiaux fussent crées
  • Au 17ème et au 18ème siècle : Estimation de la population et les instruments de mesure sont devenus plus performants. Ainsi nous parlions des lois des erreurs d’observation.

Notons ainsi quelques points forts du 19ème siècle : les théories de la moyenne, la corrélation, la régression et autres.  Le mariage entre statistique et démocratie a été née d’ailleurs vers la fin du 19ème siècle.

De sa part, Jean-Louis BODIN (INSEE France) a souligné la différence entre la statistique privée et la statistique publique. Cette dernière reçoit des fonds publics, elle travaille au profit de la société et elle favorise l’accès des citoyens à l’information. Elle est aussi soumise à deux autorités : l’autorité scientifique et l’autorité administrative.

Il a souligné ainsi que la statistique est gérée par la loi, le code éthique et le code de bonne pratique. En ce qui concerne l’éthique, si nous parlons de la Résolution des Nations Unies, c’est le 23 février 1990 qu’une décision a été prise pour préparer une charte rappelant les valeurs de la statistique publique communs à toutes les sociétés démocratiques, à l’échelle internationale.  Mais c’est en 2014 que l’Assemblée Générale des Nations Unies a approuvé cette Résolution.

Concernant la pratique de la statistique en Tunisie, Mouna ZGOULLI (Institut National de la Statistique) a présenté la charte statistique tunisienne. Cette dernière englobe dix principes, à savoir: l’impartialité, la responsabilité, l’indépendance scientifique, la transparence, le cadre légal.etc.

Statistique et opinion publique

Concernant l’implication de l’Etat, Jean Jacques DROESBEKE a présenté l’exemple de l’Argentine où l’Etat manipulait voire falsifiait les statistiques. Cela a été critiqué par le Fonds Monétaire International (FMI).

En Tunisie, nous avons vécu une expérience unique lors du deuxième tour, des élections présidentielles  en 2014, quand le PDG du bureau d’études « SIGMA CONSEIL » a annoncé approximativement les pourcentages de vote pour les deux candidats, avant la fermeture des bureaux de vote.  L’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE) a critiqué cet acte vu qu’il y’ait un silence électoral à respecter.

Mais nous avons remarqué déjà, en Tunisie, l’évolution du métier du statisticien après les événements du 14 janvier 2011, vu le climat de liberté qui s’est offert aux citoyens. De plus la nouvelle constitution tunisienne garantie le droit du citoyen à l’accès à l’information. Et cela à eu des répercussions positives sur le phénomène de veille informationnelle. Tout le monde est devenu à la recherche des informations fiables et crédibles.

Et puis les statistiques sont devenues un élément essentiel afin d’avoir une idée sur le public ciblé. Aujourd’hui, aucun parti politique ou institution associative ne pourra proposer un projet de développement sans être passé par une étude statique afin de savoir comment cibler son public. Aujourd’hui aussi,  aucune entreprise économique ne pourra lancer un produit sur le marché ou concevoir une campagne de marketing et de communication, sans qu’il y ait ce passage par les données statistiques afin de comprendre les usages et les pratiques de ses consommateurs. Les domaines d’exploitation de la statistique sont nombreux voire innombrables.

Bref, aujourd’hui, tout est défini par la statistique. Pour savoir s’adresser à sa cible ou pour savoir corriger ou améliorer les situations, il faut passer par la statistique. Et pour influencer ? Ne faut-il pas aussi passer par la statistique ?

Certains pensent que celui qui détient l’information, il détient la moitié de la réalité. Alors si nous détenons l’information selon des bases scientifiques, nous ne détenons pas la réalité complète ? Ainsi, nos choix ne seront pas le résultat de l’acceptation de cette réalité ?

Ensuite, il suffit qu’un leader d’opinion annonce des statistiques pour qu’une communauté le suive, ce qui impose la fiabilité des statistiques. Et cela mènera à l’établissement d’un climat de confiance entre les acteurs : émetteurs des statistiques et récepteurs.

Ce que nous pouvons confirmer, c’est que la  crédibilité de nos études statistiques est le miroir de la démocratie dans notre pays. Plus nous sommes honnêtes et nous livrons des chiffres correctes, plus nous sommes des êtres libres dans nos choix et nos décisions.

Nouha BELAID

N.B: Découvrez les interventions des conférenciers en vidéo