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La rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari : A qui le profit ?

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Un numéro de « Charlie hebdo »

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Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari

N.B: cet article a été publié le 10/01/2015 dans le journal Huffington Post

Tout le monde a été surpris la semaine dernière par l’information de l’exécution des journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, retenus en otages depuis plus de cent vingt jours en Libye par la branche libyenne de l’organisation terroriste de l’État islamique (Daech).

Tous les médias des quatre coins du monde ont directement diffusé l’information qui a été publiée par la chaîne française publique (France 24) sans vérifier sa fiabilité. Les médias tunisiens étaient les seuls qui ne l’ont pas partagée directement, peut-être parce qu’il s’agit de collègues, mais en même temps le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a appelé les journalistes tunisiens à calmer les tensions et à ne diffuser aucune confirmation de l’information avant que les responsables la vérifie auprès de sources crédibles.

Colère, chagrin, tristesse, etc. telle a été la situation des journalistes tunisiens dans les couloirs du SNJT, en attendant la bonne nouvelle du Président du syndicat ou des responsables politiques. Au moment où les médias étrangers partageaient l’information, les professionnels de la scène médiatique tunisienne avaient des doutes quant à l’authenticité de cette information. La lueur d’espoir était présente mais les médias étrangers ne cessaient de faire circuler cette rumeur qui s’est propagée comme une traînée de poudre devant le silence des autorités.

En fait, les faits confirmaient qu’il s’agissait bel et bien d’une rumeur, car l’information a été publiée sur une page Facebook trois heures après sa création. Donc personne ne confirme que l’Etat islamique (Daech) est le propriétaire de cette page. « France 24« , elle-même, n’a pas pris le temps pour vérifier l’information. Le Président du SNJT a d’ailleurs soupçonné que cette affaire soit en lien avec l’affaire de Charlie Hebdo.

Quand la géopolitique des médias s’impose

Les médias ont toujours été efficaces en matière de croissance des échanges mondiaux sur le plan économique et sociologique, mais aussi sur le plan géopolitique. Comme le souligne le géographe Jacques Barrat, les médias sont « à la fois reflets et acteurs des mutations géopolitiques […] reflets dans la mesure où ils sont le plus souvent les miroirs fidèles des espaces géographiques, des entités économiques et politiques, et des contradictions des sociétés humaines au sein desquelles ils se sont implantés et fonctionnent. Plus encore, ils sont de bons révélateurs des inégalités qui existent entre les hémisphères, les continents, les blocs, les aires culturelles et les nations, et donc des grands équilibres et déséquilibres du monde d’aujourd’hui ».

En réalité, les médias ont participé à la création d’un nouvel espace et ont imposé de nouveaux enjeux avec l’émergence des nouveaux outils de communication et d’expression. Ils constituent tout simplement un moyen de bouleversements considérable de la géopolitique mondiale après avoir commencé à jouer un rôle important dans les relations internationales et les situations de conflit.

Dans les conflits armés, leur utilisation s’affirme depuis la nuit des temps, à savoir la guerre mondiale, et est devenue un champ d’action spécifique de l’activité militaire. Le ministère de l’information Allemand Goebbels a découvert l’utilité des médias pour gagner la guerre du sens et la bataille de l’influence et ce en manipulant ou en influençant l’opinion publique.

Et Aymeric Chauprade, dans « Géopolitique, Constantes et changements dans l’histoire », publié en 2001, a souligné la guerre de l’information menée par les États-Unis pour orienter l’opinion publique des pays occidentaux durant les guerres du Golfe de 1990-1991 et du Kosovo. C’est ce que confirme aussi notre situation actuelle avec ce que nous avons vécu de cyber conflits et d’utilisation des médias sociaux dans les mouvements de contestations populaires à savoir le « printemps arabe ».

De ce fait, la géopolitique des médias s’impose ainsi, afin d’étudier les rivalités de pouvoirs entre les acteurs médiatiques, les systèmes d’influence des médias et le détournement de l’opinion publique et du discours des médias dans un contexte de conflits, etc. Il s’agit de la stratégie de contrôle, de développement des tensions et de réactions entre les acteurs.

Et si les médias sont utilisés ainsi en tant qu’instrument au service de l’État et exercent une capacité d’influence sur le comportement des opinions publiques, ne devrions-nous pas nous demander si la fausse rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari ne fait pas partie d’un projet de géopolitique de médias?

En fait, cette fausse rumeur a été propagée le lendemain de l’attentat de « Charlie Hebdo » qui a engendré la mort de douze personnes, y compris le directeur de la publication. Des terroristes ont été accusés et l’Islam a été mis en question. Bien que la majorité de la communauté française ait critiqué cet attentat, de nombreux Français ont été assez sévères contre les Musulmans. De plus, l’infodominance, dans sa dimension militaire, consiste à employer des moyens techniques pour connaître le champ de bataille et plonger l’adversaire dans le brouillard afin de le paralyser. La France ne cherchait peut-être pas à propager une vision du monde contre l’Islam, à travers sa chaîne étatique France 24?

D’un autre côté, certains internautes et spécialistes de conflits politiques supposent que l’affaire de « Charlie Hebdo » elle-même fait partie d’un plan politique international contre l’islam, avec l’émergence de l’islamophobie en l’Europe. Les puissances politiques ont tout simplement réussi à conceptualiser le fait événementiel, propager des discours d’influence et des images sensibles qui touchent les citoyens, dans le cadre de la transnationalisation, où la frontière entre les États tend à s’effacer dans les échanges y compris les échanges d’informations. Ainsi, de nouvelles formes de domination se distinguent, celles de la supériorité par le savoir, la prédation de l’information et la désinformation.

Aujourd’hui, Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, citoyens tunisiens et journalistes maintenus en otages alors qu’ils exerçaient leur profession, sont en danger. Pour que leur affaire ne soit plus utilisée au profit des conflits politiques, les autorités tunisiennes sont appelées à trouver des compromis avec les négociateurs. Tout le monde reconnait le rôle des médias au niveau de la création de la nouvelle infanterie du « soft power » et du champ de bataille de demain. Et rappelons alors ce qu’a déclaré le Président de la république tunisienne, Béji Caïd Essebssi: « Leur épreuve est devenue une cause nationale et nous ferons notre possible pour les libérer ».

Nouha Belaid

Facebook et les autres réseaux sociaux, peuvent-ils être une source d’information pour les journalistes ?

Informer & Communiquer – Depuis que Facebook est devenu un support d’information pour la plus part des gens, les professionnels du domaine du journalisme se demandaient si ce canal de communication est fiable. Il y en a même ceux qui ont critiqué les professionnels qui se posaient cette question. Pour plusieurs journalistes et experts en médias (notamment ceux qui font partie de l’ancienne génération), Facebook et les autres réseaux sociaux se présentent seulement en tant que des moyens de distraction.

Mais, nous avons découvert au fil des années que le rôle par exemple, de Facebook ne se limite pas à la distraction. Facebook est devenu aussi un moyen efficace en matière de marketng, de communication, d’événementiel et d’information. Alors comment Facebook et les autres réseaux sociaux se manifestent-ils dans le domaine du journalisme ?

Il suffit de se demander combien dans le monde entier, d’hommes politiques, d’acteurs de Hollywood et des joueurs de football possèdent des pages Facebook ?… Et si vous doutez sur la fiabilité de la page, il y a déjà le signe en bleu que Facebook accorde à la page pour montrer qu’elle est vérifiée (le contenu est fiable). Donc, c’est à vous de se mettre à la place d’un journaliste tunisien qui trouve une déclaration du Président Américain Barack Obama publiée sur sa page Facebook officielle, est ce que la déclaration est fiable ? Bien sûr que oui. Au lieu, que le bureau de communication de la Maison Blanche se limite à envoyer un communiqué de presse aux médias américains, il publie aussi l’information sur Facebook vu que le public de ce réseau social est plus large et l’information pourra toucher les journalistes du monde entier.

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Donc Facebook est soumis à la culture de la mondialisation. Dans ce cas, tout usage journalistique d’information publiée sur la page Facebook ou le compte Twitter officiel d’une vedette est faisable. Vous pouvez même meubler votre article avec une vidéo publiée sur le support officiel et parfois un ensemble de photos. C’est le cas aussi pour LinkedIn et Viadéo qui représentent plutôt les entreprises économiques.

Il est à noter que si la page n’est pas vérifiée, vous devrez contacter la personne concernée et vérifier auprès d’elle l’information publiée sur la page. Parfois, le nombre de clics j’aime de la page pourrait être un indicateur pour mesurer la fiabilité de la page.

Où est le problème ?

Le problème concerne plutôt les pages Facebook à vocation générale dont le propriétaire est anonyme. Certains journalistes sont tellement toujours à la recherche d’un scoop qu’ils oublient de vérifier l’information auprès de la personne concernée. Mais la déontologie du métier du journalisme vous oblige à contacter l’héros de votre article afin de présenter au public une information crédible.

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Malheureusement en Tunisie, nous avons vécu maintes fois une période d’instabilité informationnelle à cause des rumeurs lancées par certains journalistes qui publient directement l’information publiée sur Facebook, sans penser aux répercussions. La presse électronique d’ailleurs, est victime des rumeurs publiées sur les réseaux sociaux vu qu’elle se caractérise par l’instantanéité de l’information. Ces fautes ont systématiquement une influence sur l’image du média.

Pour résumer, nous pourrons avoir recours à certains réseaux sociaux comme source d’information pour mener un travail journalistique. Mais dans certains cas, il faut vérifier auprès de la source officielle. De même, il faut toujours diffuser l’information telle qu’elle a été publiée sur le réseau social. Et pour développer vos liens avec les personnalités, vous pouvez leur envoyer le lien de votre article ou votre reportage pour qu’ils vous ajoutent à leur base de journalistes. Et faites attention en ce qui concerne la vie privée de ces personnalités. Certaines informations ne devront pas être publiées sinon vous risquez d’être sanctionné.

 

Nouha Belaid