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Tunisie – La communication politique en 2014

N.B: Cet article a été publié le 21 Décembre 2014 au Huffington Post Maghreb. 

Nous venons en Tunisie, d’organiser les premières élections présidentielles démocratiques dans l’histoire du pays. Les campagnes électorales ont démarré en réalité, depuis la saison de printemps 2014, avant même l’annonce officielle de la liste finale des électeurs acceptés par l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE), mais le rythme s’est accéléré avec le deuxième tour, entre deux adversaires de grand calibre: le Président du mouvement Nidaa Tounes, Beji Caied Essebdi (BCE) et le Président provisoire actuel de la Tunisie, Mohamed Moncef Marzouki (3M).

Au début de cette course électorale, chaque adversaire a essayé d’attirer vers lui les voix des citoyens partagés avec d’autres candidats qui ont participé au premier tour des élections présidentielles. Si le Président du « UPL », Slim Riahi a déclaré dès le début et sans aucune hésitation, qu’il soutient BCE, Hamma Hammami a pris du temps pour réfléchir puis il a appelé indirectement ses partisans à voter pour BCE en leur conseillant de ne pas voter pour 3M. La position de Hamma était un peu floue mais rien n’était explicite. De son coté, le mouvement Ennahdha n’a voulu ni perdre la face devant Nidaa Tounes ni à couper les ponts avec lui. Mais ce mouvement n’a pas aussi déclaré son soutien à Marzouki. Il a appelé ses partisans à voter pour le candidat adéquat.

En fait, les deux candidats ont démarré leurs campagnes, en soulignant l’importance d’une Tunisie unie. Dans une interview accordée au journal français « Rue 89 », BCE a déclaré « Ennahdha est une réalité. Nous devons organiser une vie ensemble. La répression systématique que le pouvoir a menée contre les islamistes depuis 1989 était une erreur. Moi, personnellement, je leur garantis leur sécurité. Ils peuvent exercer une activité politique dans le cadre de lois ». C’est pour cette raison qu’il a choisi comme slogan pour sa campagne « La Tunisie de tout le monde. »

Mohamed Moncef Marzouki a insisté aussi sur ce point en déclarant « ma stratégie part du principe que ce pays est complexe, qu’il est à la fois très sécularisé et identitaire. Il ne peut plus supporter le fait qu’un gouvernement exprime l’opinion et des intérêts d’une partie du pays et pas de l’autre. »

Pendant la course électorale, BCE a été maintes fois appelé à clarifier ses paroles auprès des médias afin d’éviter la mauvaise interprétation, notamment quand certains internautes ont déclaré sur Facebook qu’il a appelé à la division du pays (progressistes et islamistes) étant donné que les résultats du premier tour des élections présidentielles ont montré que la majorité du sud tunisien a voté pour 3M, élu auparavant par le parti islamiste.

C’est pour cette raison que la région de Tozeur (sud de la Tunisie) était la première destination de BCE dans le cadre d’une série de sorties de porte à porte ou de meeting populaires afin d’établir un contact direct avec les citoyens. Il s’agit bel et bien du « one to one » sinon du « one to many. »

Mais après, si 3M a choisi de rendre visite à des zones démunies, BCE a entamé une visite au mausolée de Sidi Belhassen situé au cimetière d’Al-Jallezz à Tunis avec des imams de la Zitouna. Il a profité de cette visite pour se recueillir sur les tombes au Carreau des Leaders et réciter la fatiha à leur mémoire. Toute sortie sur terrain avait son objectif.

Entre temps, chacun de ces deux candidats a essayé de gagner la confiance de certaines personnalités du pays, notamment les vedettes, et ce dans différents domaines: médias, politique, culture, etc. (savoir Kamel Laabidi, Madih Belaid, Atef Ben Hssine, etc.).

Discours politique et violence verbale

Quant à 3M, qui a choisi comme slogan pour sa campagne électorale « Des vrais citoyens qui défendent des vraies valeurs », il plaidait toujours dans ses discours la Révolution du 14 janvier, la crainte du retour de la dictature et quelques personnalités symboliques de l’ancien régime en disant « les avancées réalisées dans le domaine des droits et libertés au cours des trois dernières années disparaîtront à jamais. » Et il a affirmé maintes fois son engagement, en cas de victoire, à combattre la marginalisation des zones et quartiers démunis.

De son coté, « Bajbouj » comme le surnomment ses partisans, a appelé les jeunes tunisiens à s’impliquer en politique pour assurer l’avenir de leur pays et leur a promis, en cas de victoire, de leur accorder une très grande importance notamment en matière de chômage.

Si le mouvement Nida Tounes a mis en doute la crédibilité de l’ISIE avant les élections législatives, le candidat Mohamed Moncef Marzouki  a mis en doute les résultats du scrutin après les élections législatives et les résultats du premier tour des élections présidentielles.

Il est à noter aussi que 3M a commencé le premier à attaquer son adversaire alors que le camp de BCE est resté sur la défensive. Il a même appelé BCE à une confrontation directe via un débat télévisé mais ce dernier a refusé le face à face jusqu’à la dernière minute. BCE a déclaré dans le cadre d’une interview entamée avec France 24 que le débat est comme « un combat de béliers. » Ce qui a mené systématiquement 3M à inviter BCE à travers les panneaux d’affichage à une confrontation télévisée.

tunisie

Chose constatée tout au long de cette campagne, c’est la violence verbale. En effet, Fériel Charfeddine, coordinatrice au sein de l’Observatoire Chokri Belaid pour l’observation de la violence, a mentionné au cours d’une conférence de presse, tenue mardi 16 décembre, que le taux de violence verbale s’est accru de 133,2% depuis le lancement de la campagne électorale.

Bien que les candidats soient appelés à présenter leurs programmes électoraux aux citoyens et leurs stratégies en cas de victoire, ils se sont concentrés sur l’attaque et la contre attaque. D’ailleurs, BCE critiquait les déclarations de 3M qui a utilisé le terme « taghout » pour qualifier certains de ses adversaires. Mais 3M ne s’est pas limité à l’usage de ce terme là, il l’a même invité au débat télévisé en lui qualifiant de « idiot ».

Pour sa part, la HAICA s’est alarmé de la publicité faite aux deux candidats Moncef Marzouki et Béji Caïd Essebsi, en condamnant les discours qui ont alimenté les divisions et les haines en cette période hautement périlleuse et marquée par une extrême polarisation.

Sur les médias sociaux, la violence verbale n’était pas moins présente qu’en temps réel. Bien au contraire, des photos des panneaux d’affichage ont circulé sur Facebook. Ce qui a créé une grande polémique. Mais il est à signaler que les médias sociaux ont été aussi utilisés pour faire circuler d’autres informations. Et pour la première fois d’ailleurs, on a vu en Tunisie, des photos d’un Président entrain de dribbler et flirter avec un ballon.

De nouvelles pratiques en communication politique

Bien que les campagnes électorales des élections du 23 octobre 2011 fussent modestes, nous avons enregistré de nouvelles pratiques pendant l’élection présidentielle de 2014.

Cet avancement en matière de communication politique a été remarquable à son début, avec la campagne du Président du Front Populaire Hamma Hammami alias « fils du peuple » (weld chaab). Toute de suite après, avec le second tour, des compétences en matière de discours politique ont émergé, qu’elles soient orales ou visuelles.

Les panneaux de 3M ont été critiqués parce qu’ils ont favorisé une violence verbale, refusée par une certaine catégorie du peuple. 3M utilisait les panneaux d’affichage afin d’adresser des messages à son adversaire. Et quelle que soit la critique, nous confirmons le développement des pratiques en matière de communication politique. Dans un même temps, nous reprochons l’implication des enfants dans les campagnes électorales. Un enfant devrait savourer de son enfance indépendamment des conflits politiques pour la construction naturelle de sa personnalité.

Bref, nous commençons en Tunisie à avoir des traditions en communication politique, à l’instar des pays démocratiques. Si la campagne de Barack Obama en 2008 était celle du web 2.0, la campagne de 3M était celle de l’affichage public. Mais il faut éduquer les citoyens et les hommes politiques à la concurrence politique honnête afin d’éviter certaines mauvaises pratiques. A titre d’exemple, déchirer les affiches de l’adversaire.

Reste à développer aussi, à la suite de ces élections, la communication gouvernementale y compris la communication publique. Le citoyen a besoin de ministres et de gouverneurs qui communiquent dans le cadre de la transparence politique de l’Etat.

Vive la démocratie politique!

Nouha Belaid

belaid.nouha@gmail.com

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Un article modèle – Le data journalisme

Ennahdha, grand vainqueur des élections de 2011, est désormais deuxième sur le podium des législatives de 2014.

Le 23 octobre 2011, les électeurs ont voté massivement pour le parti islamiste, qui a fini par obtenir une majorité relative au sein de l’Assemblée nationale constituante (ANC), soit 89 sièges sur 217. Une coalition gouvernementale tripartite, regroupant le CPR (29 sièges) et Ettakatol (20 sièges), s’est alors formée.

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Répartition des sièges en octobre 2011

Trois ans plus tard, un nouveau rendez-vous avec l’histoire. Les Tunisiens ont cette fois choisi Nidaa Tounes, un mouvement, qualifié de centriste, et qui a su faire le poids face à Ennahdha, en obtenant 89 sièges, contre 69 pour les islamistes.

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Répartition des sièges en octobre 2014

Bien que le nombre de votes pour Ennahdha ait augmenté dans 7 circonscriptions, le mouvement a cependant enregistré un recul dans 16 autres, à l’instar de Ben Arous (4 sièges en 2011 contre 2 en 2014), Bizerte (4 sièges en 2011 contre un seul siège en 2014), Tatouine (3 sièges en 2011 contre un seul siège en 2014), etc, comme expliqué dans le graphique ci-dessous :

Comparaison entre les résultats du Mouvement Ennahdha ( octobre 2011 et octobre 2014)

Comparaison entre les résultats du Mouvement Ennahdha ( octobre 2011 et octobre 2014)

Une question se pose alors : “Pourquoi le mouvement Ennahdha a obtenu moins de sièges en 2014, au sein de l’assemblée ?

Plusieurs facteurs pourraient expliquer ces résultats, à l’instar d’un manque de confiance ou une déception par rapport au rendement du gouvernement Ennahdha, d’une mauvaise stratégie de communication ou d’une campagne pas assez efficace du mouvement, d’un programme électoral pas convaincant, d’une réticence face à certaines déclarations des leaders du parti au sein de l’ANC ou face à l’islam politique.

Nous avons effectué, à juste titre, un questionnaire, dont les réponses ont été réparties comme suit :

Résultats du questionnaire

Résultats du questionnaire

Selon les résultats de ce questionnaire, 57 % des tunisiens confirment que le recul s’explique par le manque de confiance et la déception suite à la mauvaise gouvernance du pays. Un retour sur les événements qu’a vécu la Tunisie confirme cette déception notamment après l’assassinant de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi.

NB: Cet article est le résultat de la première formation en data journalisme,  en Tunisie et ce au CAPJC en collaboration avec Deutshe Wella Académie et Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté . Rédactrices N.B. et S.E.