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Les Arabes, des grands consommateurs des informations sur Internet et les médias sociaux

En 2017, 43 % des internautes au Moyen-Orient s’inquiètent davantage de la surveillance en ligne par les gouvernements et les entreprises contre 39 % en 2015. Ceci dépend de l’évolution des pratiques des internautes arabes sur Internet et les médias sociaux.

Dans une étude menée par l’Université Northwestern à Qatar à propos de l’usage des médias dans le Moyen Orient en 2017, il s’est avéré que les Arabes ont tendance à suivre les informations sur Internet et les médias sociaux.

Cette étude a analysé les pratiques médiatiques de 7000 Arabes originaires de sept pays, à savoir : Émirats Arabes Unis (EAU), Liban, Arabie Saoudite, Jordanie, Qatar, Tunisie et Egypte.

L’usage de l’Internet : un taux de pénétration plus élevé en 2017

• Comparé aux usages médiatiques il y a cinq ans, le taux des citoyens arabes qui regardent la télévision a diminué modestement depuis 2013 (98% en 2013 contre 93% en 2017) alors que le taux de lecture des journaux et des magazines, et de l’audience de la radio ont diminué brusquement (journaux : 47% en 2013 contre 25% en 2017 ; radio: 59% en 2013 contre 49% en 2017; magazines: 26% en 2013 contre 19% en 2017).Par contre, le taux de pénétration d’Internet a évolué dans les sept pays étudiés notamment en Jordanie, au Liban et en Tunisie.

Les médias suivis par les Arabes 2013 vs 2017

• La durée de connexion est en corrélation positive avec le nombre d’années de présence sur Internet. Les nouveaux venus sur Internet (1 an ou moins) passent environ 8 h par semaine en ligne. Ce chiffre s’élève à 14 h par semaine pour ceux qui sont connectés depuis deux ans sur Internet et à environ 21 h par semaine pour ceux qui sont présents sur Internet entre trois et sept ans. Ceux qui utilisent Internet depuis 10 ans passent environ 29 h par semaine en ligne.

• L’utilisation de la langue arabe en ligne a évolué proportionnellement à l’augmentation du nombre des utilisateurs d’Internet. Par contre, l’utilisation de l’anglais en ligne reste quasi stable (25% en 2013 contre 28% en 2017).

• Près des trois quarts des internautes de la région utilisent le Wi-Fi ou des services de données mobiles pour se connecter à Internet. Cependant, l’utilisation du Wi-Fi varie d’un pays à l’autre. Il s’agit de moins de la moitié des Jordaniens contre deux tiers des Tunisiens et neuf sur dix des autres pays (40% Jordanie vs 63% Tunisie, 91% Liban, 87% Qatar, 84% Arabie Saoudite, 97% EAU).

Les usages médiatiques selon les plateformes : le mobile s’impose

• Depuis 2015, le nombre des utilisateurs du smartphone a évolué contre la régression du nombre des utilisateurs d’ordinateurs portables ou de bureau.

Le pourcentage de pénétration via le smartphone

• Tous les citoyens au Liban, au Qatar, en Arabie saoudite, et aux Émirats Arabes Unis possèdent un smartphone. 83% des Jordaniens et 65% des Tunisiens seulement possèdent un smartphone.

• Les interviewés qui reçoivent des nouvelles via un smartphone au moins une fois par jour sont plus susceptibles de recevoir des nouvelles via d’autres plateformes.

• Un peu plus de la moitié des interviewés utilisent des applications d’actualités et un peu plus d’un quart les utilisent quotidiennement. L’utilisation des applications traitant l’actualité est une activité plus populaire en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis, et moins populaire au Qatar (utilisation: 85% Arabie Saoudite, 86% EAU contre 52% Jordanie, 49% Tunisie, 42% Liban, 33% Qatar).

La réception des nouvelles selon les plateformes

Les nouvelles formes de consommation des nouvelles

• En Jordanie, au Liban et en Tunisie, les internautes reçoivent plus fréquemment des nouvelles de la télévision plutôt que des sources en ligne, tandis qu’une plus grande proportion de Qataris, de Saoudiens et d’Emiratis se tournent vers Internet comme première source d’information.

• La consommation en ligne des informations dans la région arabe est plus élevée en 2017 et en croissance continue. Plus des trois quarts des interviewés reçoivent l’actualité sur leurs téléphones.

• Les interviewés hésitent à payer pour obtenir du contenu médiatique. Les majorités en Jordanie (74%), au Liban (75%), au Qatar (71%) et en Tunisie (61%) ne veulent pas payer pour des nouvelles, reçues que ce soit en ligne ou via la télé, les journaux ou les magazines. Il s’agit déjà d’une chute au niveau des intentions de payer pour les nouvelles, depuis 2015, notamment au Liban et au Qatar.

• En ce qui concerne l’entreprise médiatique préférée, 62% des interviewés préfèrent s’informer auprès des entreprises locales. Puis 66% des interviewés font confiance aux médias en général, 66% aux médias locaux contre 52% aux médias arabes en dehors de leur pays, 49% aux médias des pays occidentaux et 47% aux médias sociaux.

L’utilisation des médias sociaux

• Le média social WhatsApp a été classé à la tête de la liste des médias sociaux utilisés par les interviewés, contre un taux légèrement inférieur pour Facebook et seulement la moitié pour YouTube (67% WhatsApp, 63% Facebook, 50% YouTube).

Les médias sociaux les plus utilisés par les internautes arabes

• Bien que le taux de pénétration de Facebook soit stable au Liban, il a diminué d’au moins 10 points depuis 2015 dans tous les autres pays, avec des baisses de plus de 20 points au Qatar et en Arabie Saoudite.

• Les interviewés qui s’inquiètent que leurs gouvernements vérifient leurs activités en ligne sont plus susceptibles d’être des utilisateurs de Facebook mais moins susceptibles d’être des utilisateurs de WhatsApp ou Instagram (Facebook: 75% des utilisateurs inquiets contre 66% des utilisateurs non inquiets; % des utilisateurs inquiets contre 79% % des utilisateurs non inquiets ; Instagram: 34% % des utilisateurs inquiets contre 42% des utilisateurs non inquiets).

La liberté d’expression en ligne

• Trois fois plus de citoyens pensent que les gens pourront être capables de critiquer publiquement les politiques du gouvernement que de faire des déclarations offensives sur la religion et les croyances ou sur les minorités.

Les sujets d’intérêt pour les internautes arabes

• Les deux tiers des Libanais interviewés soutiennent le droit de critiquer publiquement les politiques gouvernementales et un tiers seulement affirme que le gouvernement a le droit d’empêcher ce genre de critiques. Un quart seulement des Qataris et des Saoudiens, et seulement 14% des Emiratis pensent que les gens devraient critiquer librement les politiques gouvernementales.

• Dans l’ensemble de la région, les personnes les moins instruites (primaires ou moins) sont les moins susceptibles de critiquer le gouvernement ou de parler en ligne de la politique.

• Alors que les jeunes interviewés sont plus enclins à soutenir la liberté d’expression en ligne, un pourcentage élevé des jeunes expriment leurs inquiétudes quant à la surveillance en ligne par les gouvernements et par les entreprises (gouvernements: 27% 45+ vs 35% 18-24 ans, 39 % 25-34 ans, 38% 35-44 ans, entreprises: 28% contre 41%, 43%,42%, respectivement).

La protection de la vie privée en ligne

• Environ la moitié des interviewés soutient l’idée d’une réglementation plus stricte de l’Internet en ce qui concerne les contenus liés à la politique ou aux valeurs de la société, tandis que près de six sur dix sont en faveur d’une réglementation plus stricte pour protéger la vie privée des utilisateurs en ligne.

• Un seul interviewé sur cinq a déclaré que ses inquiétudes face à la protection de la vie privée ont changé sa manière d’utiliser les médias sociaux, allant de trois Jordaniens et Emirats sur dix à la moitié des Libanais (31% Jordanie, 30% Emirats Arabes Unis contre 15% Liban).

Il est clair que les pratiques médiatiques des Arabes ont changé en 2017 avec la propagation d’Internet et des supports numériques notamment le smartphone. Ce qui remet en question la survie des médias traditionnels à savoir la télé, la radio et la presse électronique. Déjà, nous avons assisté en 2017 à la disparition de l’un des plus grands journaux dans le monde arabe «Assafir». Aurons-nous encore besoin des médias traditionnels pour nous informer ou faut-il nous résigner à ce que ces médias migrent vers Internet ?

Cliquez ici pour lire l’étude complète 

Remarque: Cet article a été déjà publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme

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Un nouvel observatoire du journalisme pour le Monde Arabe

AJO Logo FR

Le réseau de l’Observatoire Européen du Journalisme (EJO) s’est élargi en dehors de l’Europe avec le lancement de l’Observatoire Arabe du Journalisme (AJO – http://www.ajo-ar.org), en partenariat avec le Centre de développement des médias (MDC – http://www.mdcnet.org), implanté à Tunis.

Cet observatoire couvrira, en arabe et bientôt en français, l’actualité du journalisme, ainsi que la recherche sur les médias, la liberté de la presse et la responsabilité des médias, les tendances du journalisme et des industries médiatiques dans les pays arabes.

Outre le site web, AJO diffusera également sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. AJO est dirigé par Dr. Abdelkrim Hizaoui, Professeur à l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI, Tunis) et ancien Directeur du Centre Africain de Perfectionnement des Journalistes et des Communicateurs (CAPJC).

A travers AJO, Dr Hizaoui espère offrir aux chercheurs des médias arabes et aux professionnels des médias un forum pour présenter et discuter leurs recherches à un moment où les médias sont appelés à soutenir les transitions politiques déclenchées par le «Printemps Arabe».

Le site AJO est édité par Nouha Belaid, doctorante à l’IPSI, blogueuse et enseignante de médias numériques. L’AJO sera étroitement lié au réseau de l’Observatoire Européen du Journalisme (en.ejo.ch) qui se compose de 13 universités européennes et une américaine, ainsi que de plusieurs institutions de recherche, qui partagent les mêmes objectifs pour un meilleur accès aux recherches sur le journalisme, sur les effets du numérique sur les industries des médias et pour l’amélioration des échanges entre les différentes cultures du journalisme au-delà des barrières linguistiques.

Ce projet a été développé en étroite collaboration avec l’Observatoire Européen du Journalisme et l’Università della Svizzera Italiana (USI- http://www.usi.ch/ ) à Lugano, en Suisse, et il fait partie d’un projet visant à renforcer les relations entre la Suisse d’une part et les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée d’autre part. Il constitue également une première étape pour revitaliser le laboratoire des études méditerranéennes à l’USI. AJO est financé par la Fondation Fidinam, à Lugano.

Page Facebook : https://www.facebook.com/Observatoire-Arabe-du-Journalisme-المرصد-العربي-للصحافة-497279620475363/

Compte Twitter : https://twitter.com/AJO_EJO

[Journée Mondiale de la liberté de presse ] – Nouha Belaid, Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication: «Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques»

Journal

N.B: Cet entretien a été publié le 03/05/2011, dans le journal algérien  » Chiffres d’affaires« 

Dans cet entretien, l’Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication, Nouha Belaïd, qui est pour rappel, titulaire en 2013, du Prix de l’excellence scientifique de l’Université de Manouba, dont le sujet était «la communication politique sur les réseaux sociaux», nous livre son analyse de la situation de la presse écrite, et de l’évolution des médias, notamment dans l’espace maghrébin, où elle estime que beaucoup reste encore à faire, pour parler d’une réelle liberté de la presse. Notre interlocutrice, qui ne se fait pas de mirage, estime toutefois que si la situation actuelle, à l’ombre des événements politiques qui caractérisent notre époque, en plus des évolutions technologiques, suppose une refondation, il n’est pas pour autant acceptable de conclure à la fin de la presse écrite. Pour elle: «nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média qui est la gazette.» 

Le Chiffre d’Affaires: La presse écrite vit actuellement l’une des plus difficiles étapes de son histoire, avec notamment l’avènement des nouvelles technologies, pensez-vous que nous assistons à la fin de la presse écrite et du journalisme «classique»?

Nouha Belaid: Bien que la presse écrite ait vécu plusieurs contraintes qui ont poussé certains titres à abandonner la scène médiatique, nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média, qui est la gazette. Avec l’apparition d’Internet et du numérique, les médias ne sont pas nécessairement menacés de disparition, mais, pour se maintenir à flot, ils doivent se transformer, radicalement.

A un certain moment, avec l’invention de la télévision, certaines gens pensaient que la Radio disparaitra au fil des années. Il s’est avéré après, que chaque média a son propre public. Il suffit tout simplement, de développer les moyens de distribution du journal papier.

Ensuite, les nouvelles technologies présentent un outil efficace qui pourra être utilisé en faveur de la presse écrite. Aujourd’hui, à l’ère de la convergence médiatique, nous assistons à l’usage des canaux électroniques, pour propager les journaux papiers et ce, via les sites Internet, les plateformes et les applications mobiles.

Il ne faut pas opposer le papier au numérique. C’est une bataille d’arrière garde, d’autant plus qu’ils ne devraient pas être en guerre. Le journalisme classique ne touchera jamais à sa fin. Il a plutôt profité de ses nouvelles autoroutes d’informations, pour toucher un large public.

Nous célébrons la Journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai, quelle lecture faites vous de la situation des médias en général, et particulièrement de la liberté de l’exercice du métier de journaliste, notamment au Maghreb?

Le 03 mai est certainement une occasion pour rappeler ceux qui détiennent le pouvoir de l’importance de la liberté de presse, pour un pays démocratique ou qui se voit démocratique. Mais un jour ne suffit pas pour célébrer cette cause universelle, surtout dans le monde arabe et plus précisément, au Maghreb. En 2015, tous les pays du monde, démocrates et dictateurs, ont vécu des manifestations qui critiquaient l’attaque barbare contre le journal satirique français «Charlie Hebdo». Bien que l’Islam ait été attaqué, la liberté d’expression se confirmait et le terrorisme était refusé dans un Etat comme la France, là où les valeurs de la République libre et démocrate s’apprennent à l’école et on y tient très fort. Or, pour assurer la liberté du journalisme dans les bonnes conditions, des institutions sont appelées de temps en temps, à rappeler les acteurs de la scène médiatique pour qu’ils respectent la déontologie du métier, et d’autres sont appelées à réguler les médias, selon le code de presse mis en place.

Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le Monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef, fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux journalistes tunisiens Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari fussent torturés en Lybie, pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc…

Au Maghreb, le métier du journalisme est régulé par des institutions, à savoir les conseils de presse, les autorités de régulation de l’audiovisuel, les syndicaux, les Associations nationales et internationales etc… Mais avant de mettre en place une institution de régulation, le régime politique mis en place devrait être le protecteur de cette liberté du journalisme. Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira, qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux Journalistes tunisiens, Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari, fussent torturés en Lybie pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc… Il nous reste beaucoup de choses à faire, dans le Monde arabe et précisément au Maghreb, pour parler d’une liberté réelle de la presse. Nous sommes encore mal classés à l’échelle internationale.

L’expérience tunisienne en matière de liberté d’expression est édifiante, pouvez-vous nous donner un aperçu sur cet évolution, et les contraintes éventuelles, à l’ombre des chamboulements politiques dans le pays?

Malheureusement en Tunisie, post révolutionnaire qui se voit pays des libertés, notamment suite aux premières élections démocratiques dans son histoire, et selon le rapport mensuel du Centre de Tunis pour la liberté de la presse (CTLP), nous enregistrons encore des agressions contre les Journalistes tunisiens.

En mars 2015, publié dans le rapport mensuel du CTLP: «De la gifle à l’agression violente, en passant par l’exhibition de l’arme devant la caméra… les politiques tout autant que les agents de sécurité et le public sportif, soumis à l’influence de l’incitation contre les journalistes, sont devenus, désormais, complices dans les violations à l’encontre des journalistes, qui caractérisent le mois de mars 2015».

Mentionné aussi dans ce rapport qu’au cours de ce mois de mars 2015, 24 agressions ont été commises sur les employés, dans le secteur de la presse ayant porté atteinte à 31 personnes, dont 13 journalistes femmes et 18 hommes exerçant dans 07 chaines de télévision (TNN, La nationale Une, Nesma TV, Hannibal, Telvza TV, Al Jazeera et Al Âhd irakienne), 03 radios (MFM, la Chaîne nationale et Mosaïque Fm), 04 journaux (Echourouk, Akhbar Al Jomhouria, Ettounissiya et Essahafa), 03 sites WEB (Tanit Presse, Web Hebdo et Journalistes sfaxiens) ainsi qu’un journaliste indépendant.

«Les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place, existent encore et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias.»

Cela ne veut pas dire que la Tunisie actuelle, n’est pas un pays de liberté. Bien au contraire, les journalistes sont devenus beaucoup plus revendicatifs et cherchent à arracher leurs droits, que ce soit à travers les manifestations ou à travers les débats qu’ils mènent dans les plateaux télévisés, ou radiophoniques, ou leurs articles qui critiquent de temps en temps les décisions des hommes au pouvoir.

De plus, les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place existent encore, et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias. Nous ne pouvons pas nous en passer, car une expérience démocratique se base sur le pluralisme d’idées et de mouvements politiques. Le journalisme, au vrai sens du mot et à l’instar des expériences démocratiques étrangères notamment celle du pays de Montesquieu et Voltaire, est en train de se réformer et les journalistes sont en période d’apprentissage.

La formation des journalistes, et autres professionnels des médias, semble épouser des modèles nouveaux, souvent en adéquation avec le besoin d’un marché qui se veut en permanente évolution, quelle lecture faites vous de l’évolution de la formation dans ce domaine?

La formation en journalisme a évolué en Tunisie, notamment après le 14 janvier 2011. Jadis, la formation académique en journalisme se limitait à l’université publique, mais aujourd’hui, étant donné que le pouvoir mis en place est appelé à encourager la liberté de la presse, la Tunisie a vécu l’émergence des universités privées en journalisme. Ces nouvelles universités de journalisme ont essayé de rompre avec la méthode classique d’enseignement de cette discipline et ce, en adaptant le contenu d’enseignement aux besoins du marché, surtout que le journalisme est un métier de terrain, avant d’être un métier de théories. Le régime de Ben Ali ne voulait pas que les journalistes soient bien formés et instruits, pour qu’ils ne soient pas critiques, mais il cherchait à les rendre des personnes soumises, ce qui explique l’absence du professionnalisme en matière d’investigation journalistique, auprès de la majorité des diplômés de l’ancienne école de journalisme en Tunisie. Aujourd’hui, ce sont les jeunes diplômés en journalisme, qui maitrisent ce genre journalistique qui cherche à relever les défis et présenter le non-dit.

De même, les Journalistes tunisiens ont profité de plusieurs opportunités de formation professionnelle à l’étranger. Plusieurs organismes étrangers ont d’ailleurs présenté aux Journalistes tunisiens, des cycles de formations gratuits, sous prétexte qu’ils participent à l’édifice d’une Tunisie libre et démocrate, à savoir CFI, DW, France Télévision, Fondation Hirondelle etc… Certains journalistes ont appliqué les nouvelles connaissances dans leurs pratiques journalistiques et d’autres se sont limités au certificat reçu, sans que la formation ait un résultat concret.

L’absence de passerelles réelles entre les médias des différents pays de l’espace maghrébin, pose une vraie problématique d’incompréhension chez les populations de lecteurs. Ne pensez-vous pas qu’il serait nécessaire d’engager de nouvelles démarches de rapprochement, et même pourquoi pas, de lever les barrières juridiques dressées par les Etats, afin de mieux favoriser la communication et la liberté d’expression?

La Chaine tunisienne «Nesma Tv» est le projet du Grand Maghreb et dont l’objectif est de réunir la population maghrébine, qui partage des traits communs. Penser à lancer un journal maghrébin est aussi une bonne idée, à concrétiser, au moment où la presse écrite traverse une crise. Ce jumelage pourra être une solution face aux défis économiques, puisque cela permettra au journal de toucher un public plus large.

«La liberté de communication entre les Etats ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie.»

Et puis la liberté de communication entre les Etats, ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie. Nous ne sommes pas encore en période d’ouverture médiatique sur d’autres horizons, mais plutôt de réformes médiatiques au sein de notre pays. Il faut commencer par se corriger soi-même et penser ensuite à établir un modèle maghrébin, qui rassemble tous les pays du Maghreb. Nous partageons un vécu riche de traditions et de coutumes, mais nous n’avons pas la même vision politique. Les médias sont le miroir du régime politique mis en place. Donc, il faut bâtir un régime solide dans chaque pays, qui encourage la liberté d’expression et pensons après à l’union médiatique maghrébine, qui partage les mêmes objectifs.

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