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Le Monde Diplomatique :  » La presse égyptienne mise au pas « 

Le Monde Diplomatique - Novembre 2015, p.20

Le Monde Diplomatique – Novembre 2015, p.20

« La presse égyptienne mise au pas »  est le titre d’un article lu dans le journal français Le Monde Diplomatique de ce mois (Novembre 2015). Cet article rédigé par le journaliste Aziz El MASSASSI, a remporté d’ailleurs, le prix  annuel de l’Association des Amis du Monde Diplomatique.
Dans cet article, des journalistes égyptiens libres s’exprimaient sur la situation des médias dans le pays des Pharaons, après la chute du régime des frères musulmans. Accusés de soutenir le terrorisme, les journalistes indépendants égyptiens sont pris pour cibles par le régime mis en place, celui de Abdel Fateh AL-SISSI.
Prenons comme exemple, quelques extraits des propos de quelques journalistes du journal « Al Ahram », de la chaîne télévisée « Nile TV » et d’autres médias:
"Les journalistes ne peuvent pas tout dire mais ils peuvent 
dire  n'importe quoi, y compris des mensonges"

"Avant, même s'il était très rare de pouvoir accéder aux 
documents, les politiciens se livraient davantage en Off... 
Plus maintenant... Désormais, tout le monde a peur".

 "Ceux qui critiquent le gouvernement ou livrent un récit des 
événements différent sont assimilés à des traîtres ou à des 
espions à la solde de puissances ennemies"
Rappelons  ainsi que l’Egypte a été classée selon le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) au 3ème rang des pays les plus dangereux pour les journalistes au Proche Orient, derrière la Syrie et l’Irak.
Aujourd’hui, la scène journalistique égyptienne souffre d’ailleurs, de devisions et de conflits entre journalistes. C’est le 26 octobre 2014, que 17 rédacteurs en chef des journaux les plus connus dans ce pays, ont signé une déclaration à refréner les critiques à l’encontre de la police, de l’armée et des institutions judiciaires, « au prétexte  s’indigne Amin, d’aider le gouvernement dans sa lutte contre les discours islamistes et les violence terroristes: un vœu de loyauté sans précédent dans l’histoire de l’Egypte ».
Ainsi, plus que six cent journalistes ont refusé cette forme d’autocensure et ont signé une pétition en ligne dénonçant cet acte qui va à leur avis, à l’encontre de la liberté de presse. Ils l’ont considéré comme « perte de dignité » pour chaque journaliste égyptien » alors qu’il est « une victoire pour le terrorisme ».
Nouha BELAID

Communication de crise : Comment utiliser les médias sociaux pour sauver le secteur du tourisme ?

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Programme : http://africa.unwto.org/event/4th-unwto-international-conference-tourism-and-media-building-new-partnerships-tunis-tunisia-1

Lettre aux bacheliers… Les futurs journalistes !

  • L’animation n’est pas le journalisme
  • L’école du journalisme forme des futurs journalistes et non pas des « stars »
  • La rédaction s’impose et la maitrise de plusieurs langues est primordiale

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Nombreux sont les jeunes bacheliers qui ont rejoint les écoles du journalisme, en rêvant de devenir des animateurs télé et parfois des animateurs radio. Mais rares sont ceux qui pensent à se spécialiser dans la presse écrite ou la presse électronique dans leur cursus universitaire ou dans leur vie professionnelle. Mais comment cet amour pour l’audiovisuel et surtout la télé commence ? Pourquoi ils choisissent dés le début la télé ?

Acceptés par les écoles du journalisme et à partir de la première journée, ils se posent ces questions : Comment pourrai-je rejoindre une chaîne télévisée ? Que devrai-je faire  pour devenir une animatrice télé ?

Deux questions qui poussent les enseignants en journalisme aussi, à se demander s’ils enseignent des futurs journalistes ou des gens qui cherchent à devenir des stars.

Le terrain confirme que la majorité des bacheliers qui rejoignent une école de journalisme cherchent à devenir une star télé. Ils voient tellement des stars à la télé, parfois des pseudos journalistes, des animateurs qui attirent le public parfois avec un contenu médiocre et tout le monde en parle au point qu’ils pensent que la réussite dans le domaine du journalisme est liée à la célébrité ou bien à l’animation télé. Et où se sont partis les autres éléments nécessaires pour réussir une carrière en journalisme : la culture générale, la curiosité, la patience.etc. ?.

Le journalisme et la célébrité

La majorité des bacheliers pensent que devenir journaliste vous rend célèbre et puissant étant donné que la presse représente le quatrième pouvoir. Or la célébrité ne signifie pas la réussite dans la carrière journalistique. Il y a tant de journalistes compétents, qui travaillent dans les coulisses, qui ont confirmé leurs noms dans le domaine mais qui ne sont pas connus auprès du grand public. Et, il y a aussi tant de journalistes assez connus auprès du public mais ils n’ont pas les qualités nécessaires pour être qualifié comme des bons journalistes. Pire encore, ce qu’ils présentent comme matière informationnelle est classée comme « Trash information ».

Donc la célébrité n’accorde pas l’étiquette de compétence au journaliste. Elle fait plutôt partie de la culture du buzz et du monde de la communication et du marketing. C’est toute une équipe de communication qui s’occupe de la promotion d’un programme ou de l’image du présentateur que se soit à travers le média concerné ou via le web.

Mais est ce qu’un présentateur TV ou Radio est forcément un journaliste ?

Le journalisme et l’animation

La majorité des bacheliers qui décide de rejoindre une école de journalisme pense que le diplôme livré par une école pareille leur permettra de devenir des animateurs télé ou radio. Cela est vrai mais le journalisme diffère de l’animation.

« Un bon journaliste n’est pas automatiquement un bon animateur et un bon animateur n’est même pas un journaliste « 

Bien que certaines institutions livrent des diplômes en animation, l’art de l’animation est avant tout un don avant qu’il soit une formation. Par contre le journalisme s’enseigne vu qu’il y a des pratiques à développer et des connaissances à appréhender.

La règle dit ainsi qu’un bon journaliste n’est pas automatiquement un bon animateur et un bon animateur n’est même pas un journaliste.

C’est pour cette raison que les chaines télévisées exigent le recrutement des diplômés des écoles du journalisme pour la présentation du journal télévisé alors que l’animation des programmes télévisés pourra être effectuée par des diplômés d’autres disciplines. Il suffit d’être doué, d’aimer le métier, d’avoir surtout une belle allure et une voix captivante et pourquoi pas un grand bagage intellectuel pour réussir l’animation d’une émission télévisée.

Certes un certificat a une valeur étant donné que les animateurs des grandes chaines télévisées passent par des formations avant d’intégrer une équipe d’un média. Ce certificat pourra être délivré par un centre de formation pour une formation de longue ou de courte durée.

Les autres débouchés des écoles du journalisme

Le premier média qu’a connu l’humanité était le journal papier alias « La Gazette », sauf que le journal papier a commencé ces dernières années, à perdre sa valeur suite au développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). La presse papier a cédé ainsi, sa place à la presse électronique, ce qui explique  la disparition de certains titres. Et d’ailleurs, la presse électronique était un moyen pour sauver le journalisme écrit de la crise économique qu’a traversé la scène médiatique, sachant que beaucoup de bacheliers pensent qu’ils vont fuir la rédaction en faisant la télévision ou la radio alors que nous écrivons pour la radio et pour la télé.

Notons aussi que le domaine du journalisme a connu ces dernières années, des grandes réformes au point que nous parlons aussi de la « web TV », de la « web radio » et des médias sociaux. Ces nouveaux médias ont participé au changement enregistré en matière de pratiques journalistiques.

Donc l’accès aux écoles de journalisme vous permet d’assurer plusieurs tâches : journaliste radiophonique, animateur radiophonique, journaliste télévisé, animateur télé, attaché de presse, journaliste photographe, reporter de guerre, journaliste rédacteur, journaliste reporter, présentateur des news, journaliste reporte d’images (JRI).etc.). Nombreux sont les débouchés de ce domaine. Mais comment devenir un bon journaliste ?

Les éléments nécessaires pour réussir une carrière en journalisme

Nous ne pouvons pas du jour au lendemain, devenir un bon journaliste. Mis à part l’amour que nous portons pour ce métier et la  passion qui nous attache à ce domaine, il y a des pratiques à développer et des connaissances à appréhender. Au cours des années d’étude, les étudiants en journalisme découvrent les différents genres journalistiques,  développent leurs carnets d’adresse, nouent de nouveaux liens,  améliorent leur bagage intellectuel.etc. Et surtout, avec un diplôme en journalisme, personne ne pourra  pas vous appeler par « intrus » parce que vous avez un diplôme en journalisme dans la poche. Mais notez bien que « la rédaction » s’impose et la maîtrise de plusieurs langues est primordiale.

Bonne chance aux nouveaux bacheliers !

Nouha BELAID

Quand les Présidents des pays arabes optent pour une communication politique interactive

Cet article a été publié le 30/05/2015 dans le Huffpostmaghreb

Le Président Egyptien Abdel Fattah All Sissi

Le Président Égyptien Abdel Fattah All Sissi

Bien que le printemps arabe ait été suivi de certaines situations douloureuses, la liberté d’expression et d’échange d’informations a été toujours, farouchement défendue par les citoyens et les défenseurs de droits de l’homme et ce, dans tous les pays arabes qui ont vécu des soulèvements populaires.

L’homme politique s’est trouvé lui-même appelé à défendre le droit du citoyen à l’accès à l’information, dans le cadre de la transparence de l’Etat et de l’ouverture sur l’échange entre gouverneurs et gouvernés.  Jean Michel Cotteret  disait d’ailleurs que « la communication politique est un échange entre gouvernants et gouvernés par des moyens formels ou informels pour conquérir le pouvoir ou l’exercer ».

En Tunisie, un groupe portant le nom « OpenGovTN» a été lancé le 04 novembre 2011. Noté sur son site officiel, ce groupe « milite pour la consécration des principes de la transparence totale et la participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques, afin de garantir le droit à une société juste, démocratique et prospère. Sans forme juridique, le groupe est ouvert à tous les citoyens tunisiens indépendamment de leurs appartenances politiques ou associatives sous condition du respect de la présente charte. Le groupe est autogéré bénévolement par tous ses membres ».

En Egypte, afin d’assurer cette transparence d’Etat et de créer des autoroutes d’échange d’informations entre les dirigeants du pays et les citoyens, le Président Egyptien Abdel Fattah All Sissi a pris l’initiative, en mettant  à la disposition des citoyens de son pays, une adresse email à travers laquelle ils peuvent lui poser des questions. Le Président égyptien répondra ainsi aux questions au cours de son rendez-vous télévisuel mensuel.

Selon le bureau de presse de la Présidence égyptienne, la participation des citoyens dans la prise des décisions est un élément fondamental du plan de fonctionnement de l’Etat égyptien.

Rappelons ainsi  l’expérience du Président Tunisien, Beji Caied Essebsi lors des élections présidentielles 2014, quand il a invité ses followers sur Twitter à participer à un « Tweet Chat » qui a eu lieu ce vendredi 14 novembre 2014 de 16h à 18h. Ce Twitter Chat d’Essebsi a totalisé 1979  tweets pour 358 contributeurs. Il a promis d’ailleurs les Twittos de faire de ce Tweet Chat un rendez vous mensuel sans que rien n’a été réalisé après sa victoire.

Il parait que les nouveaux gouverneurs dans le monde arabe, optent pour la communication interactive qui favorise l’échange virtuel avec les citoyens. Mais cela n’empêche pas d’être sélectif dans les réponses sous prétexte de ne pas avoir le temps nécessaire pour répondre à tous les emails ou commentaires ou tweets. Il est facile d’ailleurs de faire semblant d’être ouvert et transparent et jouer avec la langue de bois mais il est difficile de convaincre tout le monde car la stupidité humaine n’est pas collective. On se demande ensuite, si les internautes étaient présents en temps réel, les hommes politiques répondront-ils à toutes les questions et de la même manière ? On espère ainsi que l’espace public virtuel devient réellement  un espace d’échange entre gouverneurs et gouvernés, en offrant au peuple la possibilité de s’exprimer librement sans qu’il y ait des contraintes.

Nouha Belaid

[Journée Mondiale de la liberté de presse ] – Nouha Belaid, Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication: «Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques»

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N.B: Cet entretien a été publié le 03/05/2011, dans le journal algérien  » Chiffres d’affaires« 

Dans cet entretien, l’Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication, Nouha Belaïd, qui est pour rappel, titulaire en 2013, du Prix de l’excellence scientifique de l’Université de Manouba, dont le sujet était «la communication politique sur les réseaux sociaux», nous livre son analyse de la situation de la presse écrite, et de l’évolution des médias, notamment dans l’espace maghrébin, où elle estime que beaucoup reste encore à faire, pour parler d’une réelle liberté de la presse. Notre interlocutrice, qui ne se fait pas de mirage, estime toutefois que si la situation actuelle, à l’ombre des événements politiques qui caractérisent notre époque, en plus des évolutions technologiques, suppose une refondation, il n’est pas pour autant acceptable de conclure à la fin de la presse écrite. Pour elle: «nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média qui est la gazette.» 

Le Chiffre d’Affaires: La presse écrite vit actuellement l’une des plus difficiles étapes de son histoire, avec notamment l’avènement des nouvelles technologies, pensez-vous que nous assistons à la fin de la presse écrite et du journalisme «classique»?

Nouha Belaid: Bien que la presse écrite ait vécu plusieurs contraintes qui ont poussé certains titres à abandonner la scène médiatique, nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média, qui est la gazette. Avec l’apparition d’Internet et du numérique, les médias ne sont pas nécessairement menacés de disparition, mais, pour se maintenir à flot, ils doivent se transformer, radicalement.

A un certain moment, avec l’invention de la télévision, certaines gens pensaient que la Radio disparaitra au fil des années. Il s’est avéré après, que chaque média a son propre public. Il suffit tout simplement, de développer les moyens de distribution du journal papier.

Ensuite, les nouvelles technologies présentent un outil efficace qui pourra être utilisé en faveur de la presse écrite. Aujourd’hui, à l’ère de la convergence médiatique, nous assistons à l’usage des canaux électroniques, pour propager les journaux papiers et ce, via les sites Internet, les plateformes et les applications mobiles.

Il ne faut pas opposer le papier au numérique. C’est une bataille d’arrière garde, d’autant plus qu’ils ne devraient pas être en guerre. Le journalisme classique ne touchera jamais à sa fin. Il a plutôt profité de ses nouvelles autoroutes d’informations, pour toucher un large public.

Nous célébrons la Journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai, quelle lecture faites vous de la situation des médias en général, et particulièrement de la liberté de l’exercice du métier de journaliste, notamment au Maghreb?

Le 03 mai est certainement une occasion pour rappeler ceux qui détiennent le pouvoir de l’importance de la liberté de presse, pour un pays démocratique ou qui se voit démocratique. Mais un jour ne suffit pas pour célébrer cette cause universelle, surtout dans le monde arabe et plus précisément, au Maghreb. En 2015, tous les pays du monde, démocrates et dictateurs, ont vécu des manifestations qui critiquaient l’attaque barbare contre le journal satirique français «Charlie Hebdo». Bien que l’Islam ait été attaqué, la liberté d’expression se confirmait et le terrorisme était refusé dans un Etat comme la France, là où les valeurs de la République libre et démocrate s’apprennent à l’école et on y tient très fort. Or, pour assurer la liberté du journalisme dans les bonnes conditions, des institutions sont appelées de temps en temps, à rappeler les acteurs de la scène médiatique pour qu’ils respectent la déontologie du métier, et d’autres sont appelées à réguler les médias, selon le code de presse mis en place.

Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le Monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef, fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux journalistes tunisiens Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari fussent torturés en Lybie, pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc…

Au Maghreb, le métier du journalisme est régulé par des institutions, à savoir les conseils de presse, les autorités de régulation de l’audiovisuel, les syndicaux, les Associations nationales et internationales etc… Mais avant de mettre en place une institution de régulation, le régime politique mis en place devrait être le protecteur de cette liberté du journalisme. Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira, qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux Journalistes tunisiens, Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari, fussent torturés en Lybie pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc… Il nous reste beaucoup de choses à faire, dans le Monde arabe et précisément au Maghreb, pour parler d’une liberté réelle de la presse. Nous sommes encore mal classés à l’échelle internationale.

L’expérience tunisienne en matière de liberté d’expression est édifiante, pouvez-vous nous donner un aperçu sur cet évolution, et les contraintes éventuelles, à l’ombre des chamboulements politiques dans le pays?

Malheureusement en Tunisie, post révolutionnaire qui se voit pays des libertés, notamment suite aux premières élections démocratiques dans son histoire, et selon le rapport mensuel du Centre de Tunis pour la liberté de la presse (CTLP), nous enregistrons encore des agressions contre les Journalistes tunisiens.

En mars 2015, publié dans le rapport mensuel du CTLP: «De la gifle à l’agression violente, en passant par l’exhibition de l’arme devant la caméra… les politiques tout autant que les agents de sécurité et le public sportif, soumis à l’influence de l’incitation contre les journalistes, sont devenus, désormais, complices dans les violations à l’encontre des journalistes, qui caractérisent le mois de mars 2015».

Mentionné aussi dans ce rapport qu’au cours de ce mois de mars 2015, 24 agressions ont été commises sur les employés, dans le secteur de la presse ayant porté atteinte à 31 personnes, dont 13 journalistes femmes et 18 hommes exerçant dans 07 chaines de télévision (TNN, La nationale Une, Nesma TV, Hannibal, Telvza TV, Al Jazeera et Al Âhd irakienne), 03 radios (MFM, la Chaîne nationale et Mosaïque Fm), 04 journaux (Echourouk, Akhbar Al Jomhouria, Ettounissiya et Essahafa), 03 sites WEB (Tanit Presse, Web Hebdo et Journalistes sfaxiens) ainsi qu’un journaliste indépendant.

«Les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place, existent encore et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias.»

Cela ne veut pas dire que la Tunisie actuelle, n’est pas un pays de liberté. Bien au contraire, les journalistes sont devenus beaucoup plus revendicatifs et cherchent à arracher leurs droits, que ce soit à travers les manifestations ou à travers les débats qu’ils mènent dans les plateaux télévisés, ou radiophoniques, ou leurs articles qui critiquent de temps en temps les décisions des hommes au pouvoir.

De plus, les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place existent encore, et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias. Nous ne pouvons pas nous en passer, car une expérience démocratique se base sur le pluralisme d’idées et de mouvements politiques. Le journalisme, au vrai sens du mot et à l’instar des expériences démocratiques étrangères notamment celle du pays de Montesquieu et Voltaire, est en train de se réformer et les journalistes sont en période d’apprentissage.

La formation des journalistes, et autres professionnels des médias, semble épouser des modèles nouveaux, souvent en adéquation avec le besoin d’un marché qui se veut en permanente évolution, quelle lecture faites vous de l’évolution de la formation dans ce domaine?

La formation en journalisme a évolué en Tunisie, notamment après le 14 janvier 2011. Jadis, la formation académique en journalisme se limitait à l’université publique, mais aujourd’hui, étant donné que le pouvoir mis en place est appelé à encourager la liberté de la presse, la Tunisie a vécu l’émergence des universités privées en journalisme. Ces nouvelles universités de journalisme ont essayé de rompre avec la méthode classique d’enseignement de cette discipline et ce, en adaptant le contenu d’enseignement aux besoins du marché, surtout que le journalisme est un métier de terrain, avant d’être un métier de théories. Le régime de Ben Ali ne voulait pas que les journalistes soient bien formés et instruits, pour qu’ils ne soient pas critiques, mais il cherchait à les rendre des personnes soumises, ce qui explique l’absence du professionnalisme en matière d’investigation journalistique, auprès de la majorité des diplômés de l’ancienne école de journalisme en Tunisie. Aujourd’hui, ce sont les jeunes diplômés en journalisme, qui maitrisent ce genre journalistique qui cherche à relever les défis et présenter le non-dit.

De même, les Journalistes tunisiens ont profité de plusieurs opportunités de formation professionnelle à l’étranger. Plusieurs organismes étrangers ont d’ailleurs présenté aux Journalistes tunisiens, des cycles de formations gratuits, sous prétexte qu’ils participent à l’édifice d’une Tunisie libre et démocrate, à savoir CFI, DW, France Télévision, Fondation Hirondelle etc… Certains journalistes ont appliqué les nouvelles connaissances dans leurs pratiques journalistiques et d’autres se sont limités au certificat reçu, sans que la formation ait un résultat concret.

L’absence de passerelles réelles entre les médias des différents pays de l’espace maghrébin, pose une vraie problématique d’incompréhension chez les populations de lecteurs. Ne pensez-vous pas qu’il serait nécessaire d’engager de nouvelles démarches de rapprochement, et même pourquoi pas, de lever les barrières juridiques dressées par les Etats, afin de mieux favoriser la communication et la liberté d’expression?

La Chaine tunisienne «Nesma Tv» est le projet du Grand Maghreb et dont l’objectif est de réunir la population maghrébine, qui partage des traits communs. Penser à lancer un journal maghrébin est aussi une bonne idée, à concrétiser, au moment où la presse écrite traverse une crise. Ce jumelage pourra être une solution face aux défis économiques, puisque cela permettra au journal de toucher un public plus large.

«La liberté de communication entre les Etats ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie.»

Et puis la liberté de communication entre les Etats, ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie. Nous ne sommes pas encore en période d’ouverture médiatique sur d’autres horizons, mais plutôt de réformes médiatiques au sein de notre pays. Il faut commencer par se corriger soi-même et penser ensuite à établir un modèle maghrébin, qui rassemble tous les pays du Maghreb. Nous partageons un vécu riche de traditions et de coutumes, mais nous n’avons pas la même vision politique. Les médias sont le miroir du régime politique mis en place. Donc, il faut bâtir un régime solide dans chaque pays, qui encourage la liberté d’expression et pensons après à l’union médiatique maghrébine, qui partage les mêmes objectifs.

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La Presse gratuite en Tunisie; Exemple de Tendance Magazine

MOi IPSI

La communication, une spécialité multidisciplinaire

cropped-interaction1.jpgLa communication‬ a été depuis la nuit des temps, un domaine multidisciplinaire. Elle trouve ses origines dans d’autres domaines à savoir l’informatique, la sociologie, les sciences politiques, la psychologie, le marketing.etc.

De même, un média ne se limitait jamais à la presse papier ou la TV ou la radio. Un média, c’est un canal de communication. Il pourrait être un film, une affiche, un livre, une brochure.etc. Et là les diplômés en communication ou plutôt en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) se croisent avec ceux qui font de la publicité graphique ou de la communication multimédia ou de la production audiovisuelle. Si ces disciplines sont divisées, un communicateur devrait savoir tout. Il doit manipuler au moins le photoshop et l’illustrateur. Et pourquoi ne pas avoir des connaissances en matière de 2D et 3D? Il doit savoir les bases du montage, comment rédiger son scénario et le réaliser. Ajoutons aussi des connaissances en matière de sondage et les méthodes de sa réalisation.

Bref, la communication est un art. Et si le communicateur est systématiquement un bon journaliste, ce dernier ne pourra pas l’être aisément. Nous parlons de: la communication politique, la communication marketing, la communication événementielle, la communication publique, les relations publiques. Etc.

Les médias sont des moyens pour mener des campagnes dans ce sens, selon votre media planning. Mais jamais nous pourrons être des bons communicateurs depuis notre naissance. Nous pourrons avoir du talent mais certaines choses en nous sont à développer à savoir le discours et les signes d’expression. Je finis par confirmer que les médias sociaux ont poussé à l’émergence d’un nouveau job: le‪#‎community_management‬. Ce dernier communique avec des communautés virtuelles.

Voilà un petit tour autour de ce monde que j’ai toujours apprécié. Je suis ‪#‎communicatrice‬ et j’aime ma spécialité d’études. Elle m’a poussée à faire un tour sur tout cela à travers l’expérience professionnelle au moment ou la majorité des diplômés en SIC comme moi se limitait au journalisme. La communication est un choix et non pas une obligation. Il faut aimer être un communicateur.

Nouha Belaid

La rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari : A qui le profit ?

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Un numéro de « Charlie hebdo »

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Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari

N.B: cet article a été publié le 10/01/2015 dans le journal Huffington Post

Tout le monde a été surpris la semaine dernière par l’information de l’exécution des journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, retenus en otages depuis plus de cent vingt jours en Libye par la branche libyenne de l’organisation terroriste de l’État islamique (Daech).

Tous les médias des quatre coins du monde ont directement diffusé l’information qui a été publiée par la chaîne française publique (France 24) sans vérifier sa fiabilité. Les médias tunisiens étaient les seuls qui ne l’ont pas partagée directement, peut-être parce qu’il s’agit de collègues, mais en même temps le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a appelé les journalistes tunisiens à calmer les tensions et à ne diffuser aucune confirmation de l’information avant que les responsables la vérifie auprès de sources crédibles.

Colère, chagrin, tristesse, etc. telle a été la situation des journalistes tunisiens dans les couloirs du SNJT, en attendant la bonne nouvelle du Président du syndicat ou des responsables politiques. Au moment où les médias étrangers partageaient l’information, les professionnels de la scène médiatique tunisienne avaient des doutes quant à l’authenticité de cette information. La lueur d’espoir était présente mais les médias étrangers ne cessaient de faire circuler cette rumeur qui s’est propagée comme une traînée de poudre devant le silence des autorités.

En fait, les faits confirmaient qu’il s’agissait bel et bien d’une rumeur, car l’information a été publiée sur une page Facebook trois heures après sa création. Donc personne ne confirme que l’Etat islamique (Daech) est le propriétaire de cette page. « France 24« , elle-même, n’a pas pris le temps pour vérifier l’information. Le Président du SNJT a d’ailleurs soupçonné que cette affaire soit en lien avec l’affaire de Charlie Hebdo.

Quand la géopolitique des médias s’impose

Les médias ont toujours été efficaces en matière de croissance des échanges mondiaux sur le plan économique et sociologique, mais aussi sur le plan géopolitique. Comme le souligne le géographe Jacques Barrat, les médias sont « à la fois reflets et acteurs des mutations géopolitiques […] reflets dans la mesure où ils sont le plus souvent les miroirs fidèles des espaces géographiques, des entités économiques et politiques, et des contradictions des sociétés humaines au sein desquelles ils se sont implantés et fonctionnent. Plus encore, ils sont de bons révélateurs des inégalités qui existent entre les hémisphères, les continents, les blocs, les aires culturelles et les nations, et donc des grands équilibres et déséquilibres du monde d’aujourd’hui ».

En réalité, les médias ont participé à la création d’un nouvel espace et ont imposé de nouveaux enjeux avec l’émergence des nouveaux outils de communication et d’expression. Ils constituent tout simplement un moyen de bouleversements considérable de la géopolitique mondiale après avoir commencé à jouer un rôle important dans les relations internationales et les situations de conflit.

Dans les conflits armés, leur utilisation s’affirme depuis la nuit des temps, à savoir la guerre mondiale, et est devenue un champ d’action spécifique de l’activité militaire. Le ministère de l’information Allemand Goebbels a découvert l’utilité des médias pour gagner la guerre du sens et la bataille de l’influence et ce en manipulant ou en influençant l’opinion publique.

Et Aymeric Chauprade, dans « Géopolitique, Constantes et changements dans l’histoire », publié en 2001, a souligné la guerre de l’information menée par les États-Unis pour orienter l’opinion publique des pays occidentaux durant les guerres du Golfe de 1990-1991 et du Kosovo. C’est ce que confirme aussi notre situation actuelle avec ce que nous avons vécu de cyber conflits et d’utilisation des médias sociaux dans les mouvements de contestations populaires à savoir le « printemps arabe ».

De ce fait, la géopolitique des médias s’impose ainsi, afin d’étudier les rivalités de pouvoirs entre les acteurs médiatiques, les systèmes d’influence des médias et le détournement de l’opinion publique et du discours des médias dans un contexte de conflits, etc. Il s’agit de la stratégie de contrôle, de développement des tensions et de réactions entre les acteurs.

Et si les médias sont utilisés ainsi en tant qu’instrument au service de l’État et exercent une capacité d’influence sur le comportement des opinions publiques, ne devrions-nous pas nous demander si la fausse rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari ne fait pas partie d’un projet de géopolitique de médias?

En fait, cette fausse rumeur a été propagée le lendemain de l’attentat de « Charlie Hebdo » qui a engendré la mort de douze personnes, y compris le directeur de la publication. Des terroristes ont été accusés et l’Islam a été mis en question. Bien que la majorité de la communauté française ait critiqué cet attentat, de nombreux Français ont été assez sévères contre les Musulmans. De plus, l’infodominance, dans sa dimension militaire, consiste à employer des moyens techniques pour connaître le champ de bataille et plonger l’adversaire dans le brouillard afin de le paralyser. La France ne cherchait peut-être pas à propager une vision du monde contre l’Islam, à travers sa chaîne étatique France 24?

D’un autre côté, certains internautes et spécialistes de conflits politiques supposent que l’affaire de « Charlie Hebdo » elle-même fait partie d’un plan politique international contre l’islam, avec l’émergence de l’islamophobie en l’Europe. Les puissances politiques ont tout simplement réussi à conceptualiser le fait événementiel, propager des discours d’influence et des images sensibles qui touchent les citoyens, dans le cadre de la transnationalisation, où la frontière entre les États tend à s’effacer dans les échanges y compris les échanges d’informations. Ainsi, de nouvelles formes de domination se distinguent, celles de la supériorité par le savoir, la prédation de l’information et la désinformation.

Aujourd’hui, Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, citoyens tunisiens et journalistes maintenus en otages alors qu’ils exerçaient leur profession, sont en danger. Pour que leur affaire ne soit plus utilisée au profit des conflits politiques, les autorités tunisiennes sont appelées à trouver des compromis avec les négociateurs. Tout le monde reconnait le rôle des médias au niveau de la création de la nouvelle infanterie du « soft power » et du champ de bataille de demain. Et rappelons alors ce qu’a déclaré le Président de la république tunisienne, Béji Caïd Essebssi: « Leur épreuve est devenue une cause nationale et nous ferons notre possible pour les libérer ».

Nouha Belaid

Ces criminels de « Charlie Hebdo » n’ont rien à voir avec l’islam

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NB: Ce papier a été publié dans le journal français « The dissident »

La majorité de la communauté musulmane des quatre coins du monde a toujours considéré les caricatures de l’hebdomadaire français « Charlie Hebdo » comme une « offense » faite aux Musulmans. Nombreuses sont d’ailleurs, les occasions pendant lesquelles cet hebdomadaire satirique a su provoquer cette communauté. Mais la réaction de cette communauté a été différente cette fois-si après avoir critiqué les actes barbares des terroristes.

Rappelons au début, ce qui a eu lieu dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, quand les locaux de Charlie Hebdo ont été la cible d’un incendie criminel provoqué par un cocktail molotov, après avoir annoncé que le numéro du 02 novembre 2011 du journal sera baptisé « Charia Hebdo », afin de « fêter la victoire » du parti islamiste Ennahdha en Tunisie, et ce en présentant des caricatures du Prophète. Et aussi le piratage ce jour là du site du journal, après avoir remplacé sa page d’accueil par une photo de La Mecque et des versets du Coran. Mais cet attentat du 08 janvier 2014 qui a surpris la communauté musulmane, a été un vrai choc.

En fait, dans le coran, c’est noté « Celui qui tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière et celui qui sauve une âme, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité entière. » Coran(52/32). Ce qui a poussé Tariq Ramadhan (philosophe, islamologue) à écrire sur sa page Facebook :

« Contrairement, à ce qu’ont apparemment dit les assassins dans l’attentat des bureaux de Charlie Hebdo, ce n’est pas le Prophète qui a été vengé, c’est notre religion, nos valeurs et nos principes islamiques qui ont été trahis et souillés.

Une condamnation absolue et une colère profonde (saine et mille fois justifiée) contre cette horreur!!!

Qu’il me soit permis d’exprimer ici ma profonde sympathie et mes sincères condoléances aux familles des victimes ».

Signalons que Tariq Ramadan n’était pas le seul qui a critiqué cet acte barbare commis par des terroristes qui ne représentant pas l’islam. Tous les Imams du monde arabe ont traité lors de la prière du vendredi, l’accident mortel de « Charlie Hebdo », en appelant les à combattre le terrorisme. Tous les politiciens des pays arabes ont adressé au nom de leurs peuples et de leurs partis politiques leurs sincères condoléances au Président de la France, François Hollande.

Mais les musulmans se demandaient au même temps si l’islam est une fierté étant donné que certains l’utilisent au profit de la barbarie. Ce n’est pas d’ailleurs, la première fois que des barbus, soit disant des islamistes attaquent des citoyens innocents ou des défenseurs de la liberté d’expression. Même le monde arabe en souffre énormément notamment après ce qu’on appelle « le printemps arabe ». Ce dernier a offert la liberté d’expression aux citoyens arabes mais il a aussi participé à l’émergence de ce genre de criminels cachés derrière le masque de l’islam et à l’instauration du terrorisme dans certains pays notamment la Lybie. Ce ne sont pas déjà des terroristes qui détiennent les deux journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Ktari ?

La liberté d’expression est un acquis et un droit à défendre. S’il y a eu ce « printemps arabe » c’est pour que les gens s’expriment librement. Mais le fait de refuser que notre religion soit touchée, ne nous donne pas le droit à tuer l’autre. « Charlie Hebdo » a critiqué aussi le judaïsme, le christianisme et autres religions. Ont-ils alors réagit de cette manière offensive à laquelle nous avions assisté ce 08 janvier 2015 ? Bien sûr que non. Nous devrons ainsi apprendre à vivre dans un Etat de droits et de lois.

Bref, toute la communauté musulmane présente ses sincères condoléances aux familles des victimes de l’attentat de Charlie Hebdo et au peuple français. Ces criminels de « Charlie Hebdo » n’ont rien à voir avec l’islam.

Nouha Belaid

Voir aussi  » L’Histoire de CHARLIE HEBDO »:

La presse écrite tunisienne en crise- Quel modèle économique faut-il adopter pour la sauver ?

presse.Tunisie

 La presse écrite en Tunisie,  a tiré ces dernières années la sonnette d’alarme après avoir été confrontée à plusieurs obstacles d’ordre financier. Ce qui explique la décision prise récemment par les journaux tunisiens qui ont choisi d’ajouter 100 millimes au pris habituel de leurs journaux, sachant que les prix des journaux en Tunisie, varient entre 700 et 900 millimes. Prix qui est déjà, exorbitant par rapport au pouvoir d’achat. Cette décision était prise suite à une réunion du bureau de la Fédération Tunisienne des directeurs de journaux, tenue en mois de novembre 2014, et à laquelle ont participé les directeurs de journaux tunisiens.

En réalité, selon le journal électronique « ESPACE MANAGER » , « La Presse », « Le Temps », « Essahafa », « Essabah », « Attounissia », « Al Fajr » et « Al Moussawar » ont voté lors de cette  réunion, pour une augmentation de 200 millimes, alors que les patrons de « Tunis Hebdo », « El Akhbar », « Echourouk », « Le Quotidien », « Akhbar El Joumhouria » et quelques autres hebdomadaires étaient pour une augmentation de 100 millimes. Mais ils se sont mis d’accord sur l’idée de laisser la liberté à chaque éditeur de décider le montant de l’augmentation selon son business plan, sachant qu’il ne s’agit pas de la première augmentation du prix du journal vu que la dernière était en 2011.

Annonce du journal hebdomadaire " Tunis Hebdo"

Annonce du journal hebdomadaire  » Tunis Hebdo »

Les propriétaires des journaux expliquent cette augmentation (considérée selon eux minime par rapport au besoin)  par  l’augmentation d’une part, des coûts de production à savoir la hausse du prix de la matière première (papier, encre.etc.), la hausse des salaires des journalistes et d’autre part l’augmentation des coûts de distribution.  Certains d’autres pensent que la baisse des ventes, la disparition des abonnements publics  et la réduction du marché publicitaire, les obligent à augmenter le prix pour recouvrir les dépenses de production et de distribution. Bien que la  majorité des raisons soient logiques mais tout les professionnels du domaine confirment les salaires modestes des jeunes journalistes par rapport aux règles du marché. Les patrons cherchent à gagner de l’argent sur le dos de leurs employés. Ils ont tendance à penser à leurs intérêts personnels et écarter les besoins du personnel du journal.  Cette situation est d’ailleurs, constatée après les événements du 14 janvier 2011 qui ont fait émerger plusieurs médias notamment des journaux papiers.

La réalité de la presse écrite après le 14 janvier 2011

Un sentiment d’urgence va tout autant de la survie d’un secteur économique en péril, que d’un certain paysage de la démocratie que nous avons connu jusqu’à aujourd’hui et qui apparaît clairement menacé de lente décomposition.

La bouffée de liberté qu’a vécue la Tunisie  après les événements du 14 janvier 2011, a fait paraitre de nouveaux titres, à savoir : « Al Oula », « Assafir », « Dhed Solta », « Attounisia », « Ourabia », « Al Yawm », « Thawra news », « Al hakika », « Adhamir », « Al Masaa », « AkherKhabar ».etc. De même, nous avons assisté le retour de certains anciens titres tels que : Al Moharer, Al Maghreb, Assada.etc. Des titres qui ont abandonné auparavant le marché après avoir été soumis à la pression du régime politique mis en place.

Le moins cher journal crée après le 14 janvier 2011, était « Dar Bey », un journal satirique mensuel lancé le 14 janvier 2012, par un jeune tunisien originaire de Sousse, qui s’appelait Moez Dabbech et dont le prix était 99 millimes. Mais cette expérience n’a pas duré longtemps.

Actuellement, certains parmi ces titres existent encore, et ce depuis la date de leur création et d’autres ont abandonné le marché de la presse écrite pour des raisons purement financières. Le 09 Aout 2012, Nabil Jridett (Directeur et Fondateur du journal « Al Oula ») s’est lancé dans une grève de faim,  afin de réclamer le droit des journaux privées des recettes publicitaires publiques à l’instar des journaux publics. Il disait que l’Etat suivait la même politique de Ben Ali (Président tunisien déchu) et ce en partageant les recettes publicitaires publiques avec ses alliés. Mais est ce que cette grève de faim,  a été vraiment la bonne solution pour résoudre le problème d’un marché qui souffre d’une forte concurrence ?

Confrontés à un contexte économique difficile pour l’ensemble de la presse,  les nouveaux et les anciens journaux étaient appelés à répondre aux enjeux d’une société en profonde mutation. Cela en continuant leurs missions d’informer tout en installant un nouveau plan de production et de distribution.

Quelques recommandations

Il s’avère impossible de minimiser les coûts de production ou de distribution car diminuer le nombre de pages par exemple n’est pas une solution efficace. Et si la première source de financement d’un journal est les recettes publicitaires, il faut penser à chercher des solutions qui serrent à  élargir le lectorat et augmenter le nombre des abonnés.

En réalité, tous les aspects de la société évoluent au fil des années. Ce qui a systématiquement un impact sur le domaine de la presse écrite. Le premier aspect qui a fait pousser certains journaux à s’effondre est l’aspect technologique, après avoir vu émerger des journaux électroniques qui servent l’information gratuitement. Alors si le lecteur trouve une information en ligne gratuite, à quoi sert-il d’acheter un journal papier et papier 700 millimes voire plus ? Et ce, mis à part les autres caractéristiques de la presse en ligne, à savoir l’instantanéité de l’information.

Face à cette nouvelle vague de presse, certains journaux papiers  parmi ceux qui ont résisté sur le marché, ont lancé en parallèle, leurs versions électroniques afin de gagner la confiance du lecteur et le fidéliser. Citons l’exemple du journal « Al Maghreb » (Le Maghreb). D’autres journaux ont déployé des outils technologiques, des supports numériques performants, en multipliant les initiatives de diversification.

Il y a des journaux papiers qui ont joué sur le contenu afin de fidéliser leurs lecteurs et ce, en proposant des articles de fond  qui analysent les faits et l’actualité ou des interviews avec des personnalités. Certains aussi ont eu recours à l’exclusivité pour attirer le lectorat (exemple : l’affaire de Sejnane (une ville qui se trouve au nord de la Tunisie et qui a été occupée par les terroristes pendant une certaine période, en 2012) traitée par le journal Le Maghreb) et d’autres ont cherché de temps en temps à créer le buzz avec une photo choquante ou un titre contradictoire.

Il est à noter ainsi que certains achètent le journal LA PRESSE pour suivre les offres d’emploi ou de la vente d’immobilier. Donc chaque contenu a son propre lectorat. De plus la segmentation du public n’est pas une solution efficace pour s’imposé sur un marché en pleine mutation, il faut chercher à toucher tout le public.

De même, ces journaux ont essayé aussi de déployer les réseaux sociaux notamment Facebook pour créer une interactivité avec leurs lecteurs et leurs offrir un espace public en ligne pour s’exprimer librement, sans qu’il y ait de la censure. Certains journaux ont réussi à attirer l’attention de leur public sur ces espaces de partages d’opinion. Mais ajoutons aussi que les modes de communication personnalisés introduits par l’informatique détournent aussi la publicité des médias traditionnels vers l’abondante trousse à outils du hors-média (promotion, mailings, relations publiques, salons et congrès, publicité sur le lieu de vente, etc.). C’est bien de rappeler les lecteurs de l’apparition du nouveau numéro dans les kiosques.

D’autre part, à l’étranger, certains journaux se lancent à la fin de chaque année dans l’aventure d’édition et ce en publiant un numéro au début du nouvel an, un numéro qui traite l’actualité de l’année précédente. Il y a  d’autres journaux qui lancent de suppléments et de hors-série pour attirer le public.

A un certain moment en Tunisie, le journal hebdomadaire « Al Hadath » offrait avec chaque numéro, un poster et un supplément gratuits à ses lecteurs. Quelques journaux aujourd’hui, offrent aussi à leurs lecteurs des suppléments gratuits qui traitent par exemple l’actualité sportive ou culturelle.

Enfin, confronté à la concurrence, la fusion ou la concentration demeurent des solutions au service du journal afin d’éviter le risque d’emmener des employés vers le chômage. Être sous la tutelle de la même maison d’édition ou lancer un support commun pourra diminuer les coûts de dépenses.

En guise de conclusion, la presse écrite tunisienne n’est pas condamnée. Elle est plutôt,  engagée dans une phase d’adaptation dont les années d’insouciance ont retardé l’avènement. Il essaye ainsi de se reprendre, repartir à la conquête de ses marchés, revoir sans doute l’équilibre de ses ressources. Certes, elle doit démontrer aux annonceurs ses vertus de façon plus convaincante et regagner les budgets qui s’étaient fourvoyés à l’audiovisuel (radio & télé). Ensuite, elle doit diversifier sa clientèle et imaginer des structures d’accueil parfois moins prestigieuses, parfois plus hard selling, mais répondant à des besoins réels.

Entre temps, le lecteur a trop d’informations. Mais dans la presse écrite, il essayera de réfléchir davantage sur le sujet sauf qu’à chaque support écrit ses lecteurs,  étant donné qu’à chacun sa fonction. L’océan est vaste, les tourbillons sont dangereux, mais les bons navigateurs trouveront les îles du Salut.

Il est à signaler que l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI/Tunisie) organise en mois d’avril prochain, un colloque scientifique sur la crise de la presse écrite, auquel participe des chercheurs dans le domaine des SIC.

Nouha Belaid