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Comment assurer la sécurité des journalistes tunisiens ?

@Crédit_photo_Slate

Après une année de travail de monitoring, le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a présenté jeudi dernier, dans le cadre d’une conférence de presse, la liste des recommandations issues du deuxième rapport annuel de l’unité de monitoring du centre de sécurité professionnelle.

Ces recommandations sont réparties selon les rôles des 5 acteurs : le gouvernement tunisien, le Pouvoir judiciaire tunisien, le Législateur tunisien, le Ministère de l’Intérieur et la Commission suprême des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Quant au gouvernement tunisien, il est appelé à :

  • Renforcer ces efforts diplomatiques en faveur du dossier des journalistes Soufiène Chourabi et Nadhir Guetari disparus en Libye depuis le 08 novembre 2014, afin de découvrir la vérité ;
  • Annoncer publiquement les agressions et les attaques graves commises contre les journalistes en Tunisie ;
  • Diffuser les résultats des enquêtes administratives menées auprès des agents de l’État, des agents de sécurité et des agents publics, impliqués dans des attaques menées contre des journalistes.

Selon le rapport, le pouvoir judiciaire tunisien est appelé aussi à développer ses stratégies et ses plans pour découvrir l’histoire cachée de la disparition forcée des deux journalistes évoqués. Cependant, il est également amené à :

  • Mener des enquêtes impartiales, rapides et efficaces à propos des situations d’agressions de journalistes et remettre en questions les responsables coupables pour que ces situations ne se répètent plus ;
  • Nommer les personnes qualifiées pour diriger les enquêtes portant sur les agressions menées contre des journalistes et, adopter des méthodes et des procédures d’enquête compatibles avec les caractéristiques du travail journalistique ;
  • Arrêter de poursuivre les journalistes pour leurs travaux journalistiques en dehors du cadre de la loi organisant la liberté de la presse, de l’imprimerie et de l’édition en Tunisie.

S’agissant du législateur tunisien, il est appelé à :

  • Renforcer les garanties juridiques visant à protéger la liberté d’opinion et d’expression ainsi que la sécurité de la presse dans les projets de loi, et à respecter le principe de non-retrait des acquis obtenus dans le domaine de ces libertés ;
  • Prendre des décisions claires mettant fin aux pratiques qui entravent la liberté de la presse, de l’impression et de la publication ;
  • Remettre en question les représentants de l’État, et en particulier des forces de l’ordre, en cas d’attaques menées contre les journalistes et la liberté de la presse.

Le Ministère de l’Intérieur devrait aussi :

  • Accélérer l’adoption d’un projet de code de conduite régissant les relations entre les forces de sécurité intérieure et les représentants des médias, qui a été élaboré de manière participative avec les institutions professionnelles depuis 2014.
  • Annoncer auprès des acteurs du ministère qui se trouvent sur terrain que la carte de presse professionnelle est la seule carte d’identité pour un journaliste, et que l’autorisation écrite est une procédure exceptionnelle appliquée uniquement pour prendre en photo les bâtiments de l’extérieur.
  • Soutenir les efforts de la cellule de crise pour faciliter le contact des journalistes avec les membres de cette cellule.
  • Remettre en question les forces de l’ordre, en cas d’attaques menées contre les journalistes et la liberté de la presse.

Le rapport du SNJT s’est adressé également à la Commission suprême des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Cette dernière est appelée à :

  • Activer son mandat et ses pouvoirs dans le domaine de la protection de la liberté d’opinion et d’expression et de la sécurité des journalistes en enquêtant sur les cas de menaces, d’incitation, d’agressions matérielles et morales menés contre les journalistes et en prenant les mesures nécessaires.
  • Concevoir et mettre à jour la base de données qui rassemble les cas d’agressions menés contre les journalistes en tenant compte de la spécificité de ces agressions.
  • S’engager davantage dans la mise en œuvre du plan des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité, en développant un plan national pour la sécurité des journalistes visant à promouvoir et à protéger la liberté de la presse et des médias en Tunisie.
  • Mettre en place un mécanisme ou un comité durable au sein de la Commission, chargée de la sécurité des journalistes, pour surveiller et enquêter sur les menaces et les agressions matérielles et morales à l’encontre de journalistes membres, et prendre les mesures nécessaires.

 

Tunisie : La formation au journalisme dans le besoin d’une réforme académique réelle

N.B : Cet article a été publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme

Il semble difficile d’assurer un changement énorme dans les institutions médiatiques en Tunisie, si les écoles de formation au journalisme n’ont pas déjà changé leurs stratégies pédagogiques. Ceci a été confirmé par Michel Leroy dans sa dernière étude portant sur la formation au journalisme en Tunisie.

En réalité, cette étude ne s’est pas limitée au journalisme mais son champ a été élargi à la formation diplômante à la communication, aux filières connexes du multimédia et de l’audiovisuel et aux départements de langues offrant une spécialité en journalisme, en tenant compte des acteurs d’apprentissage des secteurs privés et publics.

Dans une première partie de cette étude, l’auteur a présenté de manière factuelle les principales parties prenantes de la formation diplômante au journalisme en Tunisie, entre un opérateur historique, l’Institut de Presse et des Sciences de l’information (IPSI), qui a de facto perdu son monopole et ce qu’il est convenu d’appeler un « vrai-faux univers de concurrence ».

Dans une autre partie, l’auteur a mis l’accent sur la capacité institutionnelle, la viabilité, la stratégie et le potentiel des formations diplômantes offertes par les institutions privées et publiques, et ce, à travers l’examen des trois secousses qu’elles ont dû encaisser, à des degrés divers :

**L’écosystème de l’enseignement supérieur tunisien ;

**Le processus de Bologne se manifestant à travers le système « LMD », qui n’a pas seulement transformé radicalement les grades ;

**La transition démocratique issue des événements de 2011 et aux velléités de « restauration autoritaire».

Dans une dernière partie intitulée « le défi de l’introuvable professionnalisation» , Michel Leroy a évalué le degré d’adéquation des formations aux besoins actuels et prospectifs des médias en analysant les interactions avec la profession.

Certaines pistes de réformes possibles ont été ainsi proposées, à savoir :

**Doter les institutions formant les futurs journalistes d’une stratégie explicite, basée sur des objectifs de compétences à transmettre et non exclusivement sur des moyens disponibles ;

**Développer des outils d’évaluation, afin de permettre de suivre les cohortes formées et leur insertion dans le monde professionnel ;

**Redynamiser une recherche appliquée sur les métiers du journalisme et sur les besoins prospectifs du secteur.

Les vingt-cinq pistes de réflexion pour une meilleure formation en journalisme

A l’issue de cette étude, 25 pistes de réflexion ont été tirées pour une meilleure formation en journalisme, dont la majorité de ces pistes concerne l’IPSI en tant que la seule institution publique qui forme au métier du journalisme, à savoir :

1-En tant qu’une institution publique, l’IPSI est appelé à lancer un mastère majoritairement ouvert à toutes les filières, pour attirer les meilleurs profils formés par d’autres universités du pays.

2-Diversifier les épreuves du concours d’entrée et ce, en incluant un oral destiné à valoriser la démarche professionnelle des candidats.

3-Mise en place d’une filière en horaires aménagés (cours du soir ou de fin de semaine), de la part des centres de formation au journalisme diplômants.

4-Accorder une dimension sociale aux associations des anciens des établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias tel que l’Amicale de l’IPSI, en collectant des fonds parmi leurs membres pour mettre en place des aides exceptionnelles au profit des étudiants méritants afin qu’ils puissent poursuivre leur) scolarité à Tunis.

5-Les centres de formation au journalisme diplômants devraient veiller à renforcer les capacités pédagogiques de leurs enseignants sur des contenus techniques ou innovants, sur le modèle des formations de formateurs initiées pour les journalistes professionnels.

6-Assurer la circulation des enseignants d’un centre ou d’une faculté à l’autre au sein de la même université, ce qui permettrait de s’ouvrir sur de nouvelles compétences et d’irriguer d’autres secteurs avec l’expertise des sciences de l’information et de la communication.

7-A l’heure de l’ouverture de l’université à son environnement économique, de nouvelles méthodologies devront être mobilisées (cours en co-construction, incubation de projet, etc.) ainsi qu’une évaluation régulière de la pédagogie impliquant les apprenants

8-Conformément aux recommandations de l’INRIC et à la politique engagée depuis quelques années, il convient de poursuivre la réduction du nombre d’admis à l’IPSI.

9-Au niveau licence comme au niveau mastère, l’IPSI gagnerait à simplifier son offre avec un diplôme unique au journalisme, afin d’éviter de disperser ses efforts et de se concentrer sur la réforme des contenus d’enseignement.

10-Le développement scientifique de l’IPSI en mettant en place laboratoire pluridisciplinaire, avec des règles définies, des fonctionnements démocratiques et transparents, qui favorisent la collaboration et l’émulation, et en relançant sa revue.

11-Un mastère en journalisme devrait être ouvert à la fois à l’investigation, à l’audiovisuel et au multimédia, pour profiter des bonnes pratiques initiées ces dernières années en la matière.

12-La mise en place de la fonction du « maître de stage » vu l’importance du stage en milieu professionnel dans les cursus académiques. Ceci doit renforcer la préparation et l’encadrement de ce moment fort de la vie de l’étudiant, afin de préparer au mieux son entrée dans la vie professionnelle.

13-Récréation du « conseil scientifique » afin de renforcer les liens de l’IPSI avec le milieu professionnel.

14-Afin de permettre une réelle capitalisation, les réunions de concertation pédagogiques devraient faire l’objet d’un compte-rendu qui puisse être partagé et discuté.

15-Les établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias devraient profiter des opportunités d’innovation pédagogique proposées par les parcours co-construits.

16-Solliciter des commissions nationales sectorielles mixtes de la part des les établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias, pour l’homologation de leurs parcours de formation.

17-Mettre en place un Centre de carrières et de certification des compétences (4C) chargé de mettre en contact les employeurs avec les étudiants et les diplômés.

18-Tout travail de reconstruction suppose un indispensable inventaire du passé. L’anniversaire de l’IPSI présente une opportunité de procéder à cet exercice de manière dépassionnée, participative et plurielle, afin d’éviter la résurgence de crises douloureuses.

19-Les grands opérateurs tunisiens de formation, qui dépendent de l’aide internationale pour leur rééquipement, devraient au préalable définir un document d’orientations stratégiques qui facilite le travail aux bailleurs des fonds.

20-Reconfiguration des acteurs chargés d’octroyer la carte d’identité professionnelle, pour une étude meilleure des profils et notamment ceux des nouveaux titulaires de cette carte.

21-Sur les questions d’actualité qui touchent le secteur, l’IPSI pourrait inviter les praticiens à une conférence annuelle portant sur « les nouvelles pratiques du journalisme ».

22-La tenue d’états généraux ouverts à l’ensemble du secteur, formations diplômantes et certifiantes incluses, afin de déterminer la meilleure « trajectoire de ré-enchantement», que ce soit un état des lieux des métiers (sous la forme d’une cartographie nationale des journalistes) ou une étude des trajectoires des anciens étudiants ou une étude sur les besoins des médias.

23-Les écoles de journalisme devraient établir, en plus du curriculum général qui correspond pour l’essentiel aux standards du secteur, la liste exhaustive des cours que ces compétences supposent.

24-La collaboration académique et professionnelle doit se développer que ce soit à travers l’atelier de production ou l’encadrement des mémoires.

25-La formation des professionnels adéquats pour un changement réel dans les établissements médiatiques.

Notons que cette « recherche-étude sur la formation au journalisme en Tunisie » a été produite dans le cadre du programme d’appui aux médias tunisiens (Pamt-Media Up) financé par l’Union européenne, dont l’objectif principal est de « renforcer le secteur des médias professionnels en Tunisie et garantir la diffusion d’une information indépendante et plurielle garante de la liberté d’expression » notamment à travers des activités bénéficiant de mise à disposition d’expertise.

Nouveaux médias et internationalisation de la consommation : nouvel modèle économique ?

Remarque : Cet article a été publié sur le site français de l’Observatoire Arabe du Journalisme

Un bureau de 14 personnes dédiées exclusivement aux médias sociaux, a été mis en place par la chaîne Qatarie Al Jazeera, dès la fin de l’année 2011.Le recours aux réseaux de « journalistes citoyens » a été mis en faveur par cette chaîne télévisée, étant donné que les citoyens sont devenus des producteurs de l’information vu la disponibilité de nouveaux supports numériques. Ce qui a poussé les journalistes à chercher parfois les informations auprès des journalistes citoyens. Ceci a minimisé par la suite, les coûts de production. Déjà, dans certains pays arabes, Twitter et Facebook sont utilisés comme première source d’information, à coût zéro.

Dans son article intitulé « Nouveaux médias et flux d’information journalistique dans le monde arabe :localisation de la production et internationalisation de la consommation », paru dans l’ouvrage « La circulation des productions culturelles : cinémas, informations et séries télévisées dans les mondes arabes et musulmans » aux éditions du Centre Jacques Berque (CJB) et de l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes (IFEA), Enrico De Angelis a démontré comment l’émergence des nouveaux médias a transformé les modalités de production, d’échange et de diffusion de l’information dans le monde arabe, à l’échelle nationale aussi bien qu’internationale.

En fait, les révoltes de 2011 ont accéléré le processus de la diffusion de l’informationdans le monde arabe. La scène journalistique a été énormément touchée par l’émergence d’Internet. De nombreuses entreprises médiatiques construites sur l’utilisation d’Internet ont vu le jour notamment« MadaMasr » en Égypte, « Nawaat » et « Inkyfada » en Tunisie, « SyriaUntold » en Syrie, « 7iber » en Jordanie. Ceci a été facilité par l’implication des réseaux sociaux et la mise en place d’un échange direct d’informations.
De plus, les systèmes médiatiques arabes sont devenus des systèmes « hybrides » étant donné que l’information journalistique circule de façon fluide d’une plateforme médiatique à l’autre (télévisions, journaux électroniques et imprimés, réseaux sociaux, blogs, etc.). Ce qui a donné naissance à « un espace partagé, plus participatif, aux contenus produits par le bas et dont les hiérarchies entre les différentes sources d’information tendent à se brouiller ».

Impact des nouveaux médias sur les flux d’information transnationale dans le monde arabe
L’auteur confirme que les nouveaux médias ont changé les flux d’information transnationale, ce qui a impacté les coûts traditionnellement associés à la diffusion de l’information. Ainsi, « l’ère des correspondants permanents et des envoyés spéciaux réguliers semble révolue, les médias internationaux ayant de plus en plus recours aux journalistes citoyens ou aux journalistes freelance qui vivent dans les pays concernés ».

De plus, si la production de l’information tend à devenir plus locale, la consommation s’internationalise. Elle se propage rapidement via les nouveaux flux d’information aussi bien que les anciens flux.
Les grands médias traditionnels à savoir Al Jazeera, disposant des ressources humaines et budgétaires nécessaires, ont mis en place une équipe pour rechercher et vérifier l’information qui circule sur le web. Ceci leur a permis de créer et d’entretenir un réseau de « journalistes citoyens » sur le terrain.
Bien que certains journalistes citoyens ne sont pas payés, d’autres le sont. Or généralement, les journalistes citoyens, payés à l’article, permettent « d’éviterles coûts liés à la gestion d’un bureau ou d’un envoyé spécialsur le terrain ». Donc les médias ont appris selon l’auteur à tirer profit de la contribution du public dans la production des contenus.

De plus, cela permet également de « contourner plus facilement les restrictions de mouvement et d’action qui frappent souvent les journalistes professionnels ». A titred’exemple, la mobilisation des citoyens ordinaires et des activistes en Syrie vu l’interdiction d’entrée aux journalistes imposée par le régime. Donc ils sont devenus « les principaux fournisseurs d’informations et de contenus vidéo ».
Par la suite, de nombreux projets journalistiques« indépendants » qui diffusent leurs contenus exclusivement sur Interne, sont nés ces dernières années dans le monde arabe. Citons par exemple, « Nawaat »en Tunisie,« MadaMasr »en Égypte, « 7iber »en Jordanie ou « Mamfakinch »au Maroc. Toutefois, ces plateforme sont choix de se focaliser sur les informations locales en absence des moyens budgétaires permettant de couvrir efficacement l’actualité internationale.

Pour un discours équilibré sur les migrants au Nord et au Sud de la Méditerranée

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N.B: Cet article a été publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme

Plus de million de personnes de la Méditerranée ont immigré en 2015 vers l’Europe. Inévitablement, les médias des rives nord et sud de la méditerranée, ont été confrontés à la couverture de cette tragédie selon les normes professionnelles et déontologiques du journalisme.

Bien que le nombre de ces immigrés ait baissé en 2016, selon Frontex, l’agence européenne des frontières, pas moins de 5 milles personnes ont péri noyées au cours de la périlleuse traversée de la Méditerranée. Plus encore, certains pays de l’Afrique du Nord, anciennement considérés comme des pays de transit pour les immigrés de l’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, sont devenus des pays d’accueil sans que ce flux d’immigration soit contrôlé ou couvert.

Les premiers résultats d’une étude intitulée « How do media on both sides of the Mediterranean report on migration ? » (Comment les médias des deux rives de la Méditerranée ont couvert les migrations ? ) viennent d’être publiés. Cette étude, financée par l’Union Européenne (UE) et mis en œuvre par le Centre International pour le Développement de la Politique de Migration (ICMPD), a été menée entre novembre 2016 et janvier 2017.

Elle met l’accent sur la manière avec laquelle le sujet de la migration a été abordé par des médias dans 17 pays  des deux côtés de la Méditerranée (Allemagne, Autriche, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Malte, Suède, d’une part et, d’autre part, Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Palestine et Tunisie). Elle présente la manière avec laquelle les journalistes réagissent au drame des migrants. Se basant ainsi sur des réflexions des experts en journalisme dans différents médias, les auteurs ont examiné la qualité de la couverture médiatique sur le plan national en citant d’une part, quelques travaux journalistiques de qualité, qui relatent des actions humanitaires et d’autre part, quelques travaux qui ont adopté un discours de la haine.

D’après les premiers résultats, la couverture médiatique est essentielle pour mobiliser l’opinion publique autour de la crise migratoire et  mettre le public au courant de la situation critique des réfugiés, sauf que certaines lacunes ont été enregistrées par les auteurs.

Les lacunes de la couverture médiatique

En effet, le contexte politique a un impact majeur sur le discours médiatique relatif à l’immigration, ce qui se traduit notamment par la pratique courante de l’autocensure dans les salles de rédaction.

Par ailleurs, l’étude révèle que la couverture médiatique de la migration est assez souvent superficielle et simpliste en absence de la documentation et des ressources nécessaires. Les journalistes sont mal informés de la nature complexe de la migration. Cette étude affirme d’ailleurs que les médias des pays de la Méditerranée adoptent différentes voix pour relater l’immigration et généralement les récits sont relatés d’une manière différente. Ainsi l’histoire de la migration est présentée selon deux récits médiatiques parallèles : d’un côté, certains médias présentent des rapports émotionnels, qui dénoncent la situation critique des immigrants en tant que victimes et d’un autre côté, d’autres médias relatent les événements tragiques et la précarité qui menace les migrants en matière de sécurité et de bien-être culturel.

En ce qui concerne les communautés d’accueil, cette étude confirme que la couverture médiatique tend d’abord à refléter l’empathie, la solidarité et la bonne volonté envers les migrants fuyant les zones de conflits. Mais avec le temps, le discours médiatique a changé pour devenir plus hostile à l’égard des migrants en diffusant des stéréotypes racistes ou en distillant un discours de haine. Bien que la plupart des médias s’efforcent d’éviter la propagande raciste et extrémiste sur la migration, certains journalistes ont développé un discours haineux qui va à l’encontre de la déontologie du métier.

Par la suite, cette étude affirme que même les pays historiquement familiers des phénomènes migratoires, semblent prendre leurs distances par rapport aux migrants et leurs médias ne répercutent pas la parole des migrants. Leurs reportages médiatiques reposent en effet beaucoup plus sur un seul volet de l’information et la plupart du temps sur des sources officielles.  Certains journalistes ignorent même la terminologie correcte pour désigner les différentes catégories de migrants : immigrés, réfugiés et demandeurs d’asile.

Ajoutons aussi que les médias en ligne notamment les médias sociaux influencent souvent la couverture médiatique et facilitent la propagation de rumeurs et d’informations d’urgence qui nourrissent de plus en plus le sentiment de peur auprès du grand public.

En revanche, les auteurs ont confirmé les contraintes auxquelles sont soumis ces médias à savoir : le manque de temps et de ressources suffisantes, les conditions précaires du terrain,  le problème de l’accès à des données fiables sur le nombre des migrants et les conditions de leur migration, la mauvaise formation des journalistes sur le sujet de la migration et l’influence du discours de la haine introduit par les hommes politiques ou les médias sociaux dans les salles de rédaction. Le rapport a révélé également le manque de stabilité de la couverture médiatique qui tantôt passe en revue la souffrance des immigrés et tantôt transmet un discours de discrimination et de haine envers eux.

De plus, même si certains hommes politiques européens ont accueilli favorablement les immigrés et les médias ont couvert leurs actions, l’enthousiasme politique n’est plus le même dans les pays qui ont vécu des attaques terroristes comme l’Allemagne et la France. Les auteurs pensent ainsi que le rôle des politiciens dans ce cas, consiste à lancer un débat national pour faire face aux nouveaux défis de la migration.

Recommandations pour un journalisme de qualité sur les migrations

L’étude propose un ensemble de recommandations préliminaires visant à soutenir et à favoriser un journalisme sur la migration plus objectif et basé sur des faits.

Vu le nombre de lacunes enregistrées, cette étude souligne qu’il demeure important de soutenir les bons exemples et le journalisme de qualité sur la migration : ingénieux, minutieux et marqué par une couverture soignée, sensible et humanitaire. Il est aussi évident d’encourager les journalistes en proposant des prix à gagner que ce soit à l’échelle nationale ou méditerranéenne.

Par ailleurs, saisir le droit international humanitaire notamment celui des immigrés, des réfugiés et des demandeurs d’asile est essentiel mais il faut aussi développer des programmes de formation au profit des médias et des journalistes, pour les rappeler de l’éthique du métier et mettre l’accent sur la terminologie correcte. En même temps, il faut développer les conditions de travail des journalistes en leurs fournissant plus de ressources ainsi que le matériel adéquat. Des manuels pourront aussi être mis à leur disposition.

A leur tour, les chercheurs du domaine des médias pourront participer à l’amélioration de la qualité du discours sur la migration, ce qui rend utile la promotion de nouveaux projets de recherche sur ce sujet pour identifier les nouvelles tendances et les différents aspects de l’immigration.

Puis, l’examen de la possibilité de l’application des initiatives nationales, comme la « Charte de Rome » en Italie ou la « Charte grecque », dans d’autres pays est recommandé. Ainsi, promouvoir l’échange d’expériences entre les pays où la crise migratoire est la plus aiguë, tels que le Liban, la Jordanie ainsi que d’autres pays de la Méditerranée, pourra être fructueux pour améliorer la qualité du discours sur la migration.

Ensuite, l’étude relève qu’il semble utile de multiplier les plateformes médiatiques à travers lesquelles la couverture médiatique de l’immigration est véhiculée. Ce qui pourra mettre fin au discours de haine diffusé via les médias sociaux mais aussi donner plus de chance aux immigrants pour s’exprimer sur le sujet.

En plus des médias, l’étude confirme que les décideurs politiques ainsi que les militants de la société civile, jouent un rôle important pour instaurer un climat de tolérance et mettre en place un espace de dialogue afin de débattre en public le sujet de la migration.

Je vous invite aussi à lire ce communiqué publié auparavant par le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT)

Les médias Syriens confrontés aux défis de la révolution

Le drapeau de la Syrie

Depuis le déclenchement de la révolution contre le régime en place en Syrie en mars 2011, le paysage médiatique syrien a connu l’émergence de nouveaux médias, journaux, chaines radiophoniques et télévisées qui ont réussi à détourner les Syriens des chaines pan-arabes telles que la qatarie Al Jazira et sa rivale pro-saoudienne Al Arabia.

C’est ce que Rima Marush, de l’Université d’Oxford, a montré dans une étude récente dont l’intitulé est  » L’émergence post-révolutionnaire des médias en Syrie : défis et opportunités« . Cette étude a révélé que 100 projets médiatiques ont vu le jour depuis mars 2011, dont 60 journaux et magazines, 9 chaînes télévisées de l’opposition et 23 chaines radiophoniques.

Ces institutions ont rencontré de grandes difficultés dans leur travail journalistique en raison des affrontements continus et de la guerre menée par le pouvoir contre ses opposants de  l’«Etat islamique» et des autres groupes armés. En effet, chaque faction a essayé de contrôler les médias et arrêter celui qui  s’oppose à ses idées. Ce qui a rendu le principe déontologique de la neutralité journalistique bien difficile à appliquer.

Le Comité de protection des journalistes (CPJ) a recensé en 2014 que, depuis le déclenchement de la révolution en Syrie, 67 journalistes ont été tué. L’accès des journalistes étrangers au territoire syrien depuis le début de la révolution, est devenu aussi difficile que périlleux. Mais la plupart des journalistes correspondants installés en Syrie prennent le risque de couvrir l’actualité de la guerre en Syrie pour tenir l’opinion publique internationale au courant de l’évolution du conflit.

Parmi les sources d’information les plus fameuses en Syrie après la révolution, on trouve « Chabaket Esham », qui dispose d’un large réseau de correspondants sur le territoire syrien. Ce réseau publie également les informations politiques sur sa page sur Facebook.

De même, la presse écrite a évolué malgré la censure. De nouveaux journaux ont vu le jour comme « Sorretna » et « Al Massar Hor ». Mais la plupart des expériences de journaux papiers n’a pas duré longtemps en raison du coût prohibitif ou de la censure, celle du régime ou celle de « l’Etat islamique » de la région dans laquelle est publié le journal. Certains journaux ont lancé une version numérique afin de relever le défi et de faire échec aux contraintes, sachant que les équipes rédactionnelles sont composées de jeunes journalistes, de citoyens et d’écrivains travaillant tous dans l’anonymat.

Par la suite, le coût élevé des médias audiovisuels n’a pas découragé le lancement de chaînes télévisées telles que « Halab Al Yawm »,  « Deir ez-Zor » et le canal « Souriya Achaab » et des chaînes radiophoniques telles que « Radio Rosanna », « Al Bayan », « Nasaaem Souriya » et «Bidaya Jadida». Certaines chaines sont neutres, et d’autres représentent des partis politiques. Mais la plupart des chaînes syriennes, radiophoniques ou télévisées diffusent de l’étranger. Selon l’étude menée par Rima Marush,  la radio est considérée par les Syriens comme le meilleur média.

La chercheure a souligné aussi que les institutions médiatiques sont exposés à des problèmes de financement, ce qui touche leur pérennité. Si certains médias sont financés par l’un des partis politiques, d’autres cherchent à multiplier leurs sources de financement.  C’est la raison pour laquelle certaines institutions médiatiques se sont retirées de la scène, à cause de leur incapacité à trouver le bon modèle économique susceptible de lui assurer de s’autofinancer et d’assurer sa durabilité.

Cette recherche est la première dans son genre en tant qu’enquête descriptive de la scène médiatique en Syrie après la révolution. L’auteure s’est basée sur des entrevues avec des directeurs de certaines institutions médiatiques et des journalistes, ainsi que sur l’analyse du contenu des sites Web et pages Facebook de certaines institutions.

Remarque: Cet article a été publié en premier temps dans la version arabe de AJO

Cc photos, Flicker, علوش

Un nouvel observatoire du journalisme pour le Monde Arabe

AJO Logo FR

Le réseau de l’Observatoire Européen du Journalisme (EJO) s’est élargi en dehors de l’Europe avec le lancement de l’Observatoire Arabe du Journalisme (AJO – http://www.ajo-ar.org), en partenariat avec le Centre de développement des médias (MDC – http://www.mdcnet.org), implanté à Tunis.

Cet observatoire couvrira, en arabe et bientôt en français, l’actualité du journalisme, ainsi que la recherche sur les médias, la liberté de la presse et la responsabilité des médias, les tendances du journalisme et des industries médiatiques dans les pays arabes.

Outre le site web, AJO diffusera également sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. AJO est dirigé par Dr. Abdelkrim Hizaoui, Professeur à l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI, Tunis) et ancien Directeur du Centre Africain de Perfectionnement des Journalistes et des Communicateurs (CAPJC).

A travers AJO, Dr Hizaoui espère offrir aux chercheurs des médias arabes et aux professionnels des médias un forum pour présenter et discuter leurs recherches à un moment où les médias sont appelés à soutenir les transitions politiques déclenchées par le «Printemps Arabe».

Le site AJO est édité par Nouha Belaid, doctorante à l’IPSI, blogueuse et enseignante de médias numériques. L’AJO sera étroitement lié au réseau de l’Observatoire Européen du Journalisme (en.ejo.ch) qui se compose de 13 universités européennes et une américaine, ainsi que de plusieurs institutions de recherche, qui partagent les mêmes objectifs pour un meilleur accès aux recherches sur le journalisme, sur les effets du numérique sur les industries des médias et pour l’amélioration des échanges entre les différentes cultures du journalisme au-delà des barrières linguistiques.

Ce projet a été développé en étroite collaboration avec l’Observatoire Européen du Journalisme et l’Università della Svizzera Italiana (USI- http://www.usi.ch/ ) à Lugano, en Suisse, et il fait partie d’un projet visant à renforcer les relations entre la Suisse d’une part et les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée d’autre part. Il constitue également une première étape pour revitaliser le laboratoire des études méditerranéennes à l’USI. AJO est financé par la Fondation Fidinam, à Lugano.

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Attaque de Ben Guerdane et son effet médiatique sur le tourisme tunisien

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Durant plus qu’une semaine, les médias classiques (télé, radio et presse écrite) aussi bien que les nouveaux médias n’ont pas cessé de parler de l’opération terroriste de Ben Guerdane (Sud de la Tunisie). Mais chacun de ses médias avait choisi pour en parler, à sa manière, en adoptant un discours différent.

Si les médias sociaux étaient les premiers canaux d’informations à couvrir cet événement en procurant des informations instantanées, la presse électronique a pris par la suite la relève. Puis les autres médias à savoir la radio et la télé les ont rejoints. Mais comme à l’accoutumée, les photos inédites étaient présentes sur les médias sociaux telle que le Selfie des soldats exposés avec les cadavres des terroristes ou la photo du soldat présent sur le champ de la bataille, accompagné d’une trentaine d’habitants de Ben Gardanne qui suivaient derrière lui l’échange de tirs. Ainsi de statuts de fierté de notre armée tunisienne ont été partagés sur les médias sociaux.

De même, si la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) en Tunisie, a confirmé sa satisfaction de la couverture des télés et des radios de cette attaque, les photos des cadavres des terroristes partagées sur les médias sociaux, ont créée une grande polémique. Il est vrai que la déontologie du métier du journalisme interdit la diffusion de ce type de photos mais vu l’absence d’une charte d’usage des médias sociaux, certains Tunisiens se voyaient dans ce type de partage, une fierté de notre armée. Ainsi un discours de haine a pris place sur ces canaux de communication. Ce qui fait appel à l’autorégulation de nos usages sur les médias sociaux, pour ne pas nuire ni à l’ordre général du pays ni aux valeurs communes de la société.

De plus, tous les pays du monde ont félicité la Tunisie pour sa réussite à renverser le plan terroriste. Mais certains médias français ont été critiqués pour leurs discours déployés dans la couverture de cette opération. A titre d’exemple, lors d’un reportage télévisé, au lieu de signaler qu’il y a eu un bilan de tel nombre de terroristes morts et un autre nombre de martyrs, la présentatrice de la chaine publique France 24, a annoncé qu’il existe en total un nombre de morts. Cette absence de précision a posé des points d’interrogation alors que la France s’est toujours montrée solidaire avec les Tunisiens et elle a toujours critiqué le terrorisme. Pire encore, beaucoup de Tunisiens ont appelé à la fermeture du bureau de la chaine Qatarienne Aljazeera en Tunisie suite aux déclarations de l’une de ses journalistes sur son compte Facebook personnel. Il semblait ainsi que le scénario du bureau d’Aljazeera en Egypte pourra se reproduire en Tunisie, ce qui pourra nuire à la liberté d’expression, dans un pays qui vient de remporter le Prix Nobel de la Paix pour la réussite de sa transition démocratique. Mais cela appelle aussi les médias étrangers à être neutre dans leur couverture médiatique des événements en Tunisie, mise à part leur agenda politique.

Et le tourisme ?

Il est à noter que cette attaque a eu lieu une semaine avant les vacances du printemps pour les élèves des écoles primaires, des collèges et des lycées. Ces vacances représentent une période de repos dont les parents en profitent pour partir passer quelques jours avec leurs enfants, chez les grands parents dans les régions de l’intérieur ou dans un hôtel de luxe au sahel ou au sud du pays.
Etant donné que la Tunisie souffre depuis l’attaque de Bardo tenue en 2015, de la réduction du flux de touristes, la majorité des acteurs du tourisme en Tunisie ont choisi pour ces vacances de printemps, de cibler les clients en Tunisie, en proposant une offre riche de promotions, sauf que cette opération terroriste risquait de faire éloigner du sud non seulement les touristes étrangers mais aussi les citoyens tunisiens qui pensaient profiter d’un séjour saharien.

Cela n’empêche de dire que les Tunisiens ont exprimé comme à l’accoutumée un élan de solidarité contre le terrorisme. Donc la présence des Tunisiens au sud du pays est une preuve de bravoure et un message clair aux militants auprès de Daaech que la Tunisie ne sera jamais un abri du terrorisme.
Par la suite, aujourd’hui, en présence d’une mosaïque médiatique de journaux et de chaines radiophoniques et télévisées qui émettent en Tunisie et ailleurs, la Tunisie possède déjà sa machine communicationnelle. Et comme ces médias locaux ont réussi à couvrir l’opération terroriste de Ben Guerdane, ils sont ainsi appelés à prendre individuellement l’initiative pour promouvoir l’image du pays à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur. Notons que le terrorisme a marqué sa présence dans les pays les plus puissants du monde à savoir les Etats Unis, la France, le Royaume Unis, etc.
De même, l’engagement du citoyen dans la promotion de l’image du pays à l’extérieur est primordial, avec la disponibilité des médias sociaux. La citoyenneté s’exprime d’ailleurs à travers le partage des photos et des vidéos des zones touristiques car citoyen est devenu de nos jours, un acteur à part entière. Plus besoin d’attendre la réaction des instituions gouvernementales. Nous sommes tous des communicateurs !

Nouha Belaid

La 4ème conférence annuelle de l’Organisation Mondiale du Tourisme – Médias et Tourisme – Octobre 2015

Colloque – Dakar 2015 – Les médias en Afrique : bilan, enjeux et perspectives

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« Les médias en Afrique, cinquante ans après le soleil des indépendances : bilan, enjeux et perspectives », était le thème du colloque organisé  récemment, par le réseau international de recherche Théophraste et le CESTI.

Des professeurs et des chercheurs éminents ont participé à cette rencontre scientifique que le réseau Théophraste a pris l’habitude d’organiser chaque année, dans l’un des pays francophones. La Tunisie avait d’ailleurs, l’honneur d’accueillir ce réseau de recherche, en 2011, au CAPJC. Cette année, le colloque a eu lieu à Dakar, afin de fêter le cinquantième anniversaire du CESTI.

Cette année, le colloque a mis l’accent sur quatre axes complémentaires : les médias et le processus de démocratisation en Afrique, la régulation et l’autorégulation, la formation en journalisme en Afrique et les enjeux liés aux médias sociaux.

Tidiane DIO (Université Paris Sorbonne Nouvelle) a souligné que « l’arrivée ou le retour annoncé de certains groupes français en Afrique pourrait bien faire, penser, quelque part, à une tentative de reconstitution de [l’empire médiatique français perdu] ». Alors même le basculement vers le numérique était une opportunité pour la France pour qu’elle reformule son existence sur la scène médiatique africaine vu le besoin qui s’est imposé.

De leurs côtés, Sarr IBRAHIMA (CESTI – Dakar) et Ndiaga LOUM (UQQ – Canada) ont mis l’accent sur la relation complexe qui rassemble le journaliste et le politique au Sénégal, en affirmant que «  la pluralité [médiatique] s’inscrit dans la pratique malgré des restrictions provenant de l’Etat ». Selon leurs propos, la liberté de l’information au Sénégal « reste suspendue à l’épreuve des temps politiques ». Ce qui a poussé d’ailleurs, Marie Soleil FRERE (Université Libre de Bruxelles) de se poser la question suivante : vers un système médiatique pluraliste autoritaire en Afrique francophone ?. Il s’agit d’un système hybride qui selon elle, ne devrait pas être un soutien pour la démocratie mais plutôt « le fruit d’un projet politique abouti qui présente les apparences institutionnelles et symboliques de la démocratie ».

Cela nous pousse aussi à se poser des questions sur les modèles de concentration médiatique en Afrique. Henri ASSOGBA (Université de Laval)  pense que quelque soit le pays étudié, la régulation de la concentration dans le secteur des médias est un exercice difficile d’équilibriste étant donné qu’il est un peu complexe de « se préoccuper à la fois de la préservation du pluralisme d’information sans toutefois compromettre le dynamisme économique de l’information ».

Quant à Bernadette Renée LIKASSA FOUTOU (Université Bordeaux Montaigne), elle a choisi d’étudier les débats menés sur Internet, sur l’élection présidentielle anticipée de 2009, au Gabon et ce, en assurant une veille informationnelle sur des sites dédiées au Gabon ainsi que sur les médias sociaux les plus utilisés. Une analyse des discours a été aussi menée. Ce qui lui a permis de déduire à la fin que « les médias sociaux par rapport aux médias traditionnels, ont acquis une place privilégiée pour les débats démocratiques grâce à leur fluidité ». Et cela est le cas même en Tunisie, au point que certains pensent que Facebook a fait la révolution dans ce pays.

La Tunisie au cœur de ce débat démocratique

Lors de ce colloque, les recherches menées sur la Tunisie était au nombre de quatre et elles ont porté sur le paysage médiatique Tunisien, avant et après le 14 janvier 2011. Le public présent a salué à cette occasion les Tunisiens, pour la réussite de leur transition démocratique.

Nouha BELAID (IPSI –Tunisie) a analysé la couverture médiatique virtuelle de l’élection présidentielle 2014, effectuée par la chaine nationale publique « Wataniya 1 ». Cette dernière a mis à  la disposition de son public un nouveau site « Election 2014 ». Il s’est avéré qu’un petit décalage entre les candidats aux élections présidentielles a été enregistré sur le web, ce qui donne intérêt à accorder cette mission de monotoring virtuelle à la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) en Tunisie. Le Président de la HAICA, Nouri LAJMI était d’ailleurs, parmi les intervenants à ce colloque. Il s’est posé la question suivante, lors de son intervention « quel avenir pour les médias de service public en Tunisie ?». Il  a récité ainsi les mesures à déployer pour mettre en œuvre une véritable culture de service public et de citoyenneté en Tunisie et les moyens à utiliser. Alors que Laarbi CHOUIKHA (IPSI – Tunisie) a choisi comme titre pour son intervention «  La HAICA dans la tourmente politico médiatique », en soulignant le contexte de la mise en place de la HAICA et les décisions prises par cette autorité ainsi que les expériences vécues sous la houlette des différents gouvernements.

La formation des journalistes en Afrique

On ne pourra jamais avoir une presse de qualité si on ne parle pas au même temps d’une formation riche et variée en journalisme, assumée au sein des universités ou des centres de formation, par des professeurs bien formés au métier.

« Le journalisme d’investigation, le  journalisme de surveillance et de contrôle par excellence, et que d’aucuns appellent à revaloriser et à réaffirmer est l’un des axes de la formation journalistique post révolution », a affirmé Hamida EL BOUR (IPSI – Tunisie), en affirmant que la formation au journalisme d’investigation en Tunisie est une formation à la mission de contrôle exercé par les médias.

Signalons ainsi que le mastère en journalisme d’investigation a été suspendu à l’IPSI, à partir de cette année universitaire.

Emergence des médias sociaux en Afrique

La scène médiatique africaine a vécu ces dernières années, l’émergence des médias sociaux. Oumou Salam DEME (Université Sophia/ Antipolice de Nice)  a choisi de souligner les enjeux enregistrés au niveau de la performance des apprenants, après avoir commencé à adopter les TIC comme appui à l’enseignement et à l’apprentissage. Et si Omou Slam s’est intéressée aux élèves de l’école primaire, Dikhaté DIARRA (Université Bordeaux Montaigne) a mis l’accent sur l’usage des médias sociaux dans construction et la co-construction de savoir chez les étudiants sénégalais.

Un autre volet a été traité  au niveau du dernier axe du colloque, est celui de  l’usage d’Internet. Houssein CHARMARKEH (Université d’OTTAWA) a  présenté un projet de recherche qui est en cours de réalisation et dont le thème est l’influence des innovations technologiques sur les médias numériques, en soulignant le rôle des incubateurs, startups et fab labs en Afrique.

De même, Internet a touché la pratique journalistique. Tel qu’il a été confirmé par Mamadou NDIAYE (CESTI – Sénégal)  qui a étudié l’impact d’Internet et des médias sociaux. Les journalistes ont adopté de nouvelles pratiques du jour au lendemain avant même d’être formés à ces nouveaux canaux de communication.

Pour conclure, cette rencontre scientifique fût intéressante et les échanges étaient fructueux. Il s’avère difficile de mettre l’accent sur toutes les problématiques du domaine du journalisme en Afrique mais quelques unes ont été traitées.

Quant à la scène médiatique tunisienne, elle a besoin encore d’une grande réforme. En présence de la HAICA et en absence d’un conseil de presse, la question de régulation et d’autorégulation met toujours en enjeu le métier. Et malgré toutes les expériences vécues, beaucoup de leçons sont à donner et beaucoup de formations devraient être menées au profit des journalistes pour qu’ils fassent évoluer la qualité de leurs productions médiatiques. Le soleil de la démocratie n’a pas encore touché réellement la scène médiatique tunisienne, étant donné que la relation entre journaliste et politique est au cœur du débat.

Nouha BELAID

 

Le Monde Diplomatique :  » La presse égyptienne mise au pas « 

Le Monde Diplomatique - Novembre 2015, p.20

Le Monde Diplomatique – Novembre 2015, p.20

« La presse égyptienne mise au pas »  est le titre d’un article lu dans le journal français Le Monde Diplomatique de ce mois (Novembre 2015). Cet article rédigé par le journaliste Aziz El MASSASSI, a remporté d’ailleurs, le prix  annuel de l’Association des Amis du Monde Diplomatique.
Dans cet article, des journalistes égyptiens libres s’exprimaient sur la situation des médias dans le pays des Pharaons, après la chute du régime des frères musulmans. Accusés de soutenir le terrorisme, les journalistes indépendants égyptiens sont pris pour cibles par le régime mis en place, celui de Abdel Fateh AL-SISSI.
Prenons comme exemple, quelques extraits des propos de quelques journalistes du journal « Al Ahram », de la chaîne télévisée « Nile TV » et d’autres médias:
"Les journalistes ne peuvent pas tout dire mais ils peuvent 
dire  n'importe quoi, y compris des mensonges"

"Avant, même s'il était très rare de pouvoir accéder aux 
documents, les politiciens se livraient davantage en Off... 
Plus maintenant... Désormais, tout le monde a peur".

 "Ceux qui critiquent le gouvernement ou livrent un récit des 
événements différent sont assimilés à des traîtres ou à des 
espions à la solde de puissances ennemies"
Rappelons  ainsi que l’Egypte a été classée selon le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) au 3ème rang des pays les plus dangereux pour les journalistes au Proche Orient, derrière la Syrie et l’Irak.
Aujourd’hui, la scène journalistique égyptienne souffre d’ailleurs, de devisions et de conflits entre journalistes. C’est le 26 octobre 2014, que 17 rédacteurs en chef des journaux les plus connus dans ce pays, ont signé une déclaration à refréner les critiques à l’encontre de la police, de l’armée et des institutions judiciaires, « au prétexte  s’indigne Amin, d’aider le gouvernement dans sa lutte contre les discours islamistes et les violence terroristes: un vœu de loyauté sans précédent dans l’histoire de l’Egypte ».
Ainsi, plus que six cent journalistes ont refusé cette forme d’autocensure et ont signé une pétition en ligne dénonçant cet acte qui va à leur avis, à l’encontre de la liberté de presse. Ils l’ont considéré comme « perte de dignité » pour chaque journaliste égyptien » alors qu’il est « une victoire pour le terrorisme ».
Nouha BELAID