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Quand la France éduque ses enfants au terrorisme, il est temps pour le faire chez nous !

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Au lendemain du 08 janvier 2015, au moment où nous étions encore, en train de relater les faits de l’attentant de « Charlie Hebdo » et de présenter nos sincères condoléances, nous la communauté arabe y compris tunisienne et nous nous sommes lancés dans leur campagne «  Je suis Charlie » sans comprendre pourquoi et comment nous le sommes,  les français ont choisi de parler à leurs futures générations (enfants et adultes) de « Charlie Hebdo », dans le cadre de l’éducation des enfants aux médias.

Des images forcément violentes et des vidéos insoutenables tournaient en boucle sur les chaînes d’informations nationales et internationales,  sur les sites Internet et les médias sociaux. Et  étant donné que les enfants et les adultes sont sensibles à ces scènes de violence, qui déclenchent chez eux une quantité d’émotions,  la France a pensé  à faire face  à cette violence et leur aider à digérer ces images.

Si certains parents ont interdit leurs enfants de suivre les émissions qui relatent les faits de cet événement, la ministre française de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, a réuni, lundi 12 janvier, les principaux acteurs de la communauté éducative française, afin de discuter avec eux l’enseignement des valeurs républicaines. Un appel a été lancé ainsi, de la part du ministère de l’éducation demandant aux directeurs de lui informer des incidents qui se sont produits dans les écoles, collèges et lycées, à l’occasion de la minute de silence observée en hommage aux victimes de l’attentat survenu la veille. La ministre leur a appelé d’ailleurs, à évoquer le sujet avant ou au milieu du cours, car il s’agit bel et bien d’une affaire nationale qui a touché les valeurs de la citoyenneté et notamment la liberté d’expression.

D’après un communiqué qui a été lancé dans ce sens, « toutes les difficultés rencontrées ont été traitées localement, de manière proportionnée à la gravité des faits, par les équipes éducatives et pédagogiques, entre dialogue éducatif et sanctions disciplinaires, allant du rappel à l’ordre en présence de l’élève et de ses parents à la convocation de conseil de discipline ».

Il est à signaler aussi qu’en France, il y a même un journal pour les enfants intitulé « Le petit Quotidien » dont l’objectif est d’apprendre aux enfants les droits civiques. Dans les numéros qui ont suivi l’attentat de « Charlie hebdo », nous trouvons des textes et des photos qui expliquent aux enfants de 6 à 10 ans qu’est ce que nous entendons dire par « «terrorisme », « démocratie ».etc. Un numéro a été déjà consacré pour définir la religion au sein de la société française. Un autre journal intitulé «  Mon Quotidien » consacré aux enfants âgés entre 10 et 14 ans réservait un numéro pour la liberté d’expression, en signalant qu’en France, les citoyens ont le droit à tout dire. Deux modèles de presse qui confirment le rôle important que joue la presse en matière d’éducation.

Éduquer nos enfants au terrorisme

Chez-nous, bien que depuis le déclenchement du printemps arabe, les scènes violentes soient devenues plus nombreuses et les images sanglantes circulent tous les jours dans nos médias classiques et en ligne aucune campagne de sensibilisation  n’a été lancée par notre ministère afin d’appeler les enseignants à éduquer nos enfants aux médias, à l’ère de l’émergence de la violence et des courants terroristes.

education_enfants_aux_mediasLa seule initiative qui a été enregistrée était celle du CAPJC qui a organisé pendant plusieurs occasions des ateliers sur le sujet, en appelant les journalistes à céder la parole aux enfants et leur expliquer les éléments du quotidien d’une manière très souple. Une dizaine de journalistes formés ont appliqué les recommandations des formateurs. Mais si les enseignants eux-mêmes, participent au projet de l’éducation aux médias ?

Depuis maintes années, les diplômés de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI)  en Tunisie ont appelé à ajouter un cours d’éducation aux médias à la liste des matières de l’école primaire. Des séminaires aussi ont été organisés pour mobiliser les efforts autour de ce projet et présenter les axes majeurs mais aucune réponse n’a été enregistrée de la part de l’Etat. Il parait qu’il est temps pour que l’Etat fait fasse à cet appel, à l’instar des pays démocratiques, après avoir organisé les premières élections présidentielles en Tunisie.

L’enfant est membre de la société. L’adulte aussi … Ils font partis du tissu social et constituent les acteurs de l’avenir du pays. Si un enfant entend parler des termes à savoir «  terrorisme », « assassinat », « snipers ».etc. il ne faut pas essayer de camoufler l’histoire ou de changer le sujet quand un enfant vous interpelle mais il faut plutôt lui expliquer les termes  dans leur contexte socioculturel et souligner les méfaits. La construction de la personnalité de l’individu commence dés son enfance. Si votre enfant comprenne que le terrorisme est un acte barbare,  toutes ses prochaines lectures ou négociations dépendront de cet avis. Mais s’il se base sur ce qu’il a vu dans les chaines satellitaires arabes qui touchent indirectement à l’innocence de l’enfant, il risque d’être membre dans les prochaines années, d’un projet djihadiste. N’oublions pas que votre enfant est confronté à plusieurs canaux de diffusion d’information.

Enseigner l’éducation islamique d’une autre manière

education_enfants_aux_medias3Depuis plusieurs années, l’école française adopte le modèle de la laïcité. Contrairement aux autres pays européens, l’enseignement des faits religieux se fait dans le cadre des disciplines existantes : l’Histoire, les Lettres, la Philosophie, éducation civique.etc. Et quand les valeurs de la citoyenneté sont touchées il faut sérieusement en parler aux enfants, pour  concevoir les valeurs de la république. Alors que chez nous, l’éducation islamique s’enseigne dans les écoles primaires, les collègues et les lycées comme matière obligatoire et les faits religieux pourront ainsi être le sujet de nos séances pédagogiques.

En fait, la Tunisie a vécu après la révolution du 14 janvier 2011, beaucoup de débats autour de la religion avec la réapparition du parti islamiste Ennahdha sur la scène politique. Quelques mois plus tard, un parti islamiste a été au pouvoir. En parallèle, des salafistes se sont apparus et des milliers de tunisiens sont partis au Djihad en Lybie et en Syrie. Entre temps, certaines mosquées sont devenues la destination des gens qui appellent au Djihad et au terrorisme. Confrontés à ses gens dans les sites religieux, nos enfants absorbent leurs discours sans réfléchir, jusqu’à ce que leurs parents reçoivent une lettre qui confirme qu’ils sont partis au Djihad.  Devrons-nous attendre la perte de nos enfants pour mobiliser les efforts autour du développement de notre système éducatif ?

 Donc ce qui se passe dans notre entourage nous pousse à revoir notre programme éducatif et cela commence par la matière de l’éducation islamique. La séance de cette dernière pourra devenir un espace pour discuter la religion en relation avec l’actualité et ce en soulignant que l’islam est la religion de paix et de solidarité et non pas du terrorisme.

En Tunisie, jusqu’à présent, l’école ne sait pas éduquer à la liberté d’expression, à la lutte contre le terrorisme et aux valeurs de la citoyenneté d’une manière générale. Nous sommes appelés à consacrer plus de temps à l’instruction civique et la vie démocratique à l’école. Cela fait parti du développement du pays, dans un climat démocratique qui encourage le pluralisme des opinions. Entre temps, nous devrons penser sérieusement à l’ajout de la matière «  éducation aux médias » au programme scolaire afin d’apprendre nos enfants comment se comporter avec l’information véhiculée par les médias.

Nouha Belaid

Tunisie – La communication politique en 2014

N.B: Cet article a été publié le 21 Décembre 2014 au Huffington Post Maghreb. 

Nous venons en Tunisie, d’organiser les premières élections présidentielles démocratiques dans l’histoire du pays. Les campagnes électorales ont démarré en réalité, depuis la saison de printemps 2014, avant même l’annonce officielle de la liste finale des électeurs acceptés par l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE), mais le rythme s’est accéléré avec le deuxième tour, entre deux adversaires de grand calibre: le Président du mouvement Nidaa Tounes, Beji Caied Essebdi (BCE) et le Président provisoire actuel de la Tunisie, Mohamed Moncef Marzouki (3M).

Au début de cette course électorale, chaque adversaire a essayé d’attirer vers lui les voix des citoyens partagés avec d’autres candidats qui ont participé au premier tour des élections présidentielles. Si le Président du « UPL », Slim Riahi a déclaré dès le début et sans aucune hésitation, qu’il soutient BCE, Hamma Hammami a pris du temps pour réfléchir puis il a appelé indirectement ses partisans à voter pour BCE en leur conseillant de ne pas voter pour 3M. La position de Hamma était un peu floue mais rien n’était explicite. De son coté, le mouvement Ennahdha n’a voulu ni perdre la face devant Nidaa Tounes ni à couper les ponts avec lui. Mais ce mouvement n’a pas aussi déclaré son soutien à Marzouki. Il a appelé ses partisans à voter pour le candidat adéquat.

En fait, les deux candidats ont démarré leurs campagnes, en soulignant l’importance d’une Tunisie unie. Dans une interview accordée au journal français « Rue 89 », BCE a déclaré « Ennahdha est une réalité. Nous devons organiser une vie ensemble. La répression systématique que le pouvoir a menée contre les islamistes depuis 1989 était une erreur. Moi, personnellement, je leur garantis leur sécurité. Ils peuvent exercer une activité politique dans le cadre de lois ». C’est pour cette raison qu’il a choisi comme slogan pour sa campagne « La Tunisie de tout le monde. »

Mohamed Moncef Marzouki a insisté aussi sur ce point en déclarant « ma stratégie part du principe que ce pays est complexe, qu’il est à la fois très sécularisé et identitaire. Il ne peut plus supporter le fait qu’un gouvernement exprime l’opinion et des intérêts d’une partie du pays et pas de l’autre. »

Pendant la course électorale, BCE a été maintes fois appelé à clarifier ses paroles auprès des médias afin d’éviter la mauvaise interprétation, notamment quand certains internautes ont déclaré sur Facebook qu’il a appelé à la division du pays (progressistes et islamistes) étant donné que les résultats du premier tour des élections présidentielles ont montré que la majorité du sud tunisien a voté pour 3M, élu auparavant par le parti islamiste.

C’est pour cette raison que la région de Tozeur (sud de la Tunisie) était la première destination de BCE dans le cadre d’une série de sorties de porte à porte ou de meeting populaires afin d’établir un contact direct avec les citoyens. Il s’agit bel et bien du « one to one » sinon du « one to many. »

Mais après, si 3M a choisi de rendre visite à des zones démunies, BCE a entamé une visite au mausolée de Sidi Belhassen situé au cimetière d’Al-Jallezz à Tunis avec des imams de la Zitouna. Il a profité de cette visite pour se recueillir sur les tombes au Carreau des Leaders et réciter la fatiha à leur mémoire. Toute sortie sur terrain avait son objectif.

Entre temps, chacun de ces deux candidats a essayé de gagner la confiance de certaines personnalités du pays, notamment les vedettes, et ce dans différents domaines: médias, politique, culture, etc. (savoir Kamel Laabidi, Madih Belaid, Atef Ben Hssine, etc.).

Discours politique et violence verbale

Quant à 3M, qui a choisi comme slogan pour sa campagne électorale « Des vrais citoyens qui défendent des vraies valeurs », il plaidait toujours dans ses discours la Révolution du 14 janvier, la crainte du retour de la dictature et quelques personnalités symboliques de l’ancien régime en disant « les avancées réalisées dans le domaine des droits et libertés au cours des trois dernières années disparaîtront à jamais. » Et il a affirmé maintes fois son engagement, en cas de victoire, à combattre la marginalisation des zones et quartiers démunis.

De son coté, « Bajbouj » comme le surnomment ses partisans, a appelé les jeunes tunisiens à s’impliquer en politique pour assurer l’avenir de leur pays et leur a promis, en cas de victoire, de leur accorder une très grande importance notamment en matière de chômage.

Si le mouvement Nida Tounes a mis en doute la crédibilité de l’ISIE avant les élections législatives, le candidat Mohamed Moncef Marzouki  a mis en doute les résultats du scrutin après les élections législatives et les résultats du premier tour des élections présidentielles.

Il est à noter aussi que 3M a commencé le premier à attaquer son adversaire alors que le camp de BCE est resté sur la défensive. Il a même appelé BCE à une confrontation directe via un débat télévisé mais ce dernier a refusé le face à face jusqu’à la dernière minute. BCE a déclaré dans le cadre d’une interview entamée avec France 24 que le débat est comme « un combat de béliers. » Ce qui a mené systématiquement 3M à inviter BCE à travers les panneaux d’affichage à une confrontation télévisée.

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Chose constatée tout au long de cette campagne, c’est la violence verbale. En effet, Fériel Charfeddine, coordinatrice au sein de l’Observatoire Chokri Belaid pour l’observation de la violence, a mentionné au cours d’une conférence de presse, tenue mardi 16 décembre, que le taux de violence verbale s’est accru de 133,2% depuis le lancement de la campagne électorale.

Bien que les candidats soient appelés à présenter leurs programmes électoraux aux citoyens et leurs stratégies en cas de victoire, ils se sont concentrés sur l’attaque et la contre attaque. D’ailleurs, BCE critiquait les déclarations de 3M qui a utilisé le terme « taghout » pour qualifier certains de ses adversaires. Mais 3M ne s’est pas limité à l’usage de ce terme là, il l’a même invité au débat télévisé en lui qualifiant de « idiot ».

Pour sa part, la HAICA s’est alarmé de la publicité faite aux deux candidats Moncef Marzouki et Béji Caïd Essebsi, en condamnant les discours qui ont alimenté les divisions et les haines en cette période hautement périlleuse et marquée par une extrême polarisation.

Sur les médias sociaux, la violence verbale n’était pas moins présente qu’en temps réel. Bien au contraire, des photos des panneaux d’affichage ont circulé sur Facebook. Ce qui a créé une grande polémique. Mais il est à signaler que les médias sociaux ont été aussi utilisés pour faire circuler d’autres informations. Et pour la première fois d’ailleurs, on a vu en Tunisie, des photos d’un Président entrain de dribbler et flirter avec un ballon.

De nouvelles pratiques en communication politique

Bien que les campagnes électorales des élections du 23 octobre 2011 fussent modestes, nous avons enregistré de nouvelles pratiques pendant l’élection présidentielle de 2014.

Cet avancement en matière de communication politique a été remarquable à son début, avec la campagne du Président du Front Populaire Hamma Hammami alias « fils du peuple » (weld chaab). Toute de suite après, avec le second tour, des compétences en matière de discours politique ont émergé, qu’elles soient orales ou visuelles.

Les panneaux de 3M ont été critiqués parce qu’ils ont favorisé une violence verbale, refusée par une certaine catégorie du peuple. 3M utilisait les panneaux d’affichage afin d’adresser des messages à son adversaire. Et quelle que soit la critique, nous confirmons le développement des pratiques en matière de communication politique. Dans un même temps, nous reprochons l’implication des enfants dans les campagnes électorales. Un enfant devrait savourer de son enfance indépendamment des conflits politiques pour la construction naturelle de sa personnalité.

Bref, nous commençons en Tunisie à avoir des traditions en communication politique, à l’instar des pays démocratiques. Si la campagne de Barack Obama en 2008 était celle du web 2.0, la campagne de 3M était celle de l’affichage public. Mais il faut éduquer les citoyens et les hommes politiques à la concurrence politique honnête afin d’éviter certaines mauvaises pratiques. A titre d’exemple, déchirer les affiches de l’adversaire.

Reste à développer aussi, à la suite de ces élections, la communication gouvernementale y compris la communication publique. Le citoyen a besoin de ministres et de gouverneurs qui communiquent dans le cadre de la transparence politique de l’Etat.

Vive la démocratie politique!

Nouha Belaid

belaid.nouha@gmail.com