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Tunisie : La formation au journalisme dans le besoin d’une réforme académique réelle

N.B : Cet article a été publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme

Il semble difficile d’assurer un changement énorme dans les institutions médiatiques en Tunisie, si les écoles de formation au journalisme n’ont pas déjà changé leurs stratégies pédagogiques. Ceci a été confirmé par Michel Leroy dans sa dernière étude portant sur la formation au journalisme en Tunisie.

En réalité, cette étude ne s’est pas limitée au journalisme mais son champ a été élargi à la formation diplômante à la communication, aux filières connexes du multimédia et de l’audiovisuel et aux départements de langues offrant une spécialité en journalisme, en tenant compte des acteurs d’apprentissage des secteurs privés et publics.

Dans une première partie de cette étude, l’auteur a présenté de manière factuelle les principales parties prenantes de la formation diplômante au journalisme en Tunisie, entre un opérateur historique, l’Institut de Presse et des Sciences de l’information (IPSI), qui a de facto perdu son monopole et ce qu’il est convenu d’appeler un « vrai-faux univers de concurrence ».

Dans une autre partie, l’auteur a mis l’accent sur la capacité institutionnelle, la viabilité, la stratégie et le potentiel des formations diplômantes offertes par les institutions privées et publiques, et ce, à travers l’examen des trois secousses qu’elles ont dû encaisser, à des degrés divers :

**L’écosystème de l’enseignement supérieur tunisien ;

**Le processus de Bologne se manifestant à travers le système « LMD », qui n’a pas seulement transformé radicalement les grades ;

**La transition démocratique issue des événements de 2011 et aux velléités de « restauration autoritaire».

Dans une dernière partie intitulée « le défi de l’introuvable professionnalisation» , Michel Leroy a évalué le degré d’adéquation des formations aux besoins actuels et prospectifs des médias en analysant les interactions avec la profession.

Certaines pistes de réformes possibles ont été ainsi proposées, à savoir :

**Doter les institutions formant les futurs journalistes d’une stratégie explicite, basée sur des objectifs de compétences à transmettre et non exclusivement sur des moyens disponibles ;

**Développer des outils d’évaluation, afin de permettre de suivre les cohortes formées et leur insertion dans le monde professionnel ;

**Redynamiser une recherche appliquée sur les métiers du journalisme et sur les besoins prospectifs du secteur.

Les vingt-cinq pistes de réflexion pour une meilleure formation en journalisme

A l’issue de cette étude, 25 pistes de réflexion ont été tirées pour une meilleure formation en journalisme, dont la majorité de ces pistes concerne l’IPSI en tant que la seule institution publique qui forme au métier du journalisme, à savoir :

1-En tant qu’une institution publique, l’IPSI est appelé à lancer un mastère majoritairement ouvert à toutes les filières, pour attirer les meilleurs profils formés par d’autres universités du pays.

2-Diversifier les épreuves du concours d’entrée et ce, en incluant un oral destiné à valoriser la démarche professionnelle des candidats.

3-Mise en place d’une filière en horaires aménagés (cours du soir ou de fin de semaine), de la part des centres de formation au journalisme diplômants.

4-Accorder une dimension sociale aux associations des anciens des établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias tel que l’Amicale de l’IPSI, en collectant des fonds parmi leurs membres pour mettre en place des aides exceptionnelles au profit des étudiants méritants afin qu’ils puissent poursuivre leur) scolarité à Tunis.

5-Les centres de formation au journalisme diplômants devraient veiller à renforcer les capacités pédagogiques de leurs enseignants sur des contenus techniques ou innovants, sur le modèle des formations de formateurs initiées pour les journalistes professionnels.

6-Assurer la circulation des enseignants d’un centre ou d’une faculté à l’autre au sein de la même université, ce qui permettrait de s’ouvrir sur de nouvelles compétences et d’irriguer d’autres secteurs avec l’expertise des sciences de l’information et de la communication.

7-A l’heure de l’ouverture de l’université à son environnement économique, de nouvelles méthodologies devront être mobilisées (cours en co-construction, incubation de projet, etc.) ainsi qu’une évaluation régulière de la pédagogie impliquant les apprenants

8-Conformément aux recommandations de l’INRIC et à la politique engagée depuis quelques années, il convient de poursuivre la réduction du nombre d’admis à l’IPSI.

9-Au niveau licence comme au niveau mastère, l’IPSI gagnerait à simplifier son offre avec un diplôme unique au journalisme, afin d’éviter de disperser ses efforts et de se concentrer sur la réforme des contenus d’enseignement.

10-Le développement scientifique de l’IPSI en mettant en place laboratoire pluridisciplinaire, avec des règles définies, des fonctionnements démocratiques et transparents, qui favorisent la collaboration et l’émulation, et en relançant sa revue.

11-Un mastère en journalisme devrait être ouvert à la fois à l’investigation, à l’audiovisuel et au multimédia, pour profiter des bonnes pratiques initiées ces dernières années en la matière.

12-La mise en place de la fonction du « maître de stage » vu l’importance du stage en milieu professionnel dans les cursus académiques. Ceci doit renforcer la préparation et l’encadrement de ce moment fort de la vie de l’étudiant, afin de préparer au mieux son entrée dans la vie professionnelle.

13-Récréation du « conseil scientifique » afin de renforcer les liens de l’IPSI avec le milieu professionnel.

14-Afin de permettre une réelle capitalisation, les réunions de concertation pédagogiques devraient faire l’objet d’un compte-rendu qui puisse être partagé et discuté.

15-Les établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias devraient profiter des opportunités d’innovation pédagogique proposées par les parcours co-construits.

16-Solliciter des commissions nationales sectorielles mixtes de la part des les établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias, pour l’homologation de leurs parcours de formation.

17-Mettre en place un Centre de carrières et de certification des compétences (4C) chargé de mettre en contact les employeurs avec les étudiants et les diplômés.

18-Tout travail de reconstruction suppose un indispensable inventaire du passé. L’anniversaire de l’IPSI présente une opportunité de procéder à cet exercice de manière dépassionnée, participative et plurielle, afin d’éviter la résurgence de crises douloureuses.

19-Les grands opérateurs tunisiens de formation, qui dépendent de l’aide internationale pour leur rééquipement, devraient au préalable définir un document d’orientations stratégiques qui facilite le travail aux bailleurs des fonds.

20-Reconfiguration des acteurs chargés d’octroyer la carte d’identité professionnelle, pour une étude meilleure des profils et notamment ceux des nouveaux titulaires de cette carte.

21-Sur les questions d’actualité qui touchent le secteur, l’IPSI pourrait inviter les praticiens à une conférence annuelle portant sur « les nouvelles pratiques du journalisme ».

22-La tenue d’états généraux ouverts à l’ensemble du secteur, formations diplômantes et certifiantes incluses, afin de déterminer la meilleure « trajectoire de ré-enchantement», que ce soit un état des lieux des métiers (sous la forme d’une cartographie nationale des journalistes) ou une étude des trajectoires des anciens étudiants ou une étude sur les besoins des médias.

23-Les écoles de journalisme devraient établir, en plus du curriculum général qui correspond pour l’essentiel aux standards du secteur, la liste exhaustive des cours que ces compétences supposent.

24-La collaboration académique et professionnelle doit se développer que ce soit à travers l’atelier de production ou l’encadrement des mémoires.

25-La formation des professionnels adéquats pour un changement réel dans les établissements médiatiques.

Notons que cette « recherche-étude sur la formation au journalisme en Tunisie » a été produite dans le cadre du programme d’appui aux médias tunisiens (Pamt-Media Up) financé par l’Union européenne, dont l’objectif principal est de « renforcer le secteur des médias professionnels en Tunisie et garantir la diffusion d’une information indépendante et plurielle garante de la liberté d’expression » notamment à travers des activités bénéficiant de mise à disposition d’expertise.

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Lettre aux bacheliers… Les futurs journalistes !

  • L’animation n’est pas le journalisme
  • L’école du journalisme forme des futurs journalistes et non pas des « stars »
  • La rédaction s’impose et la maitrise de plusieurs langues est primordiale

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Nombreux sont les jeunes bacheliers qui ont rejoint les écoles du journalisme, en rêvant de devenir des animateurs télé et parfois des animateurs radio. Mais rares sont ceux qui pensent à se spécialiser dans la presse écrite ou la presse électronique dans leur cursus universitaire ou dans leur vie professionnelle. Mais comment cet amour pour l’audiovisuel et surtout la télé commence ? Pourquoi ils choisissent dés le début la télé ?

Acceptés par les écoles du journalisme et à partir de la première journée, ils se posent ces questions : Comment pourrai-je rejoindre une chaîne télévisée ? Que devrai-je faire  pour devenir une animatrice télé ?

Deux questions qui poussent les enseignants en journalisme aussi, à se demander s’ils enseignent des futurs journalistes ou des gens qui cherchent à devenir des stars.

Le terrain confirme que la majorité des bacheliers qui rejoignent une école de journalisme cherchent à devenir une star télé. Ils voient tellement des stars à la télé, parfois des pseudos journalistes, des animateurs qui attirent le public parfois avec un contenu médiocre et tout le monde en parle au point qu’ils pensent que la réussite dans le domaine du journalisme est liée à la célébrité ou bien à l’animation télé. Et où se sont partis les autres éléments nécessaires pour réussir une carrière en journalisme : la culture générale, la curiosité, la patience.etc. ?.

Le journalisme et la célébrité

La majorité des bacheliers pensent que devenir journaliste vous rend célèbre et puissant étant donné que la presse représente le quatrième pouvoir. Or la célébrité ne signifie pas la réussite dans la carrière journalistique. Il y a tant de journalistes compétents, qui travaillent dans les coulisses, qui ont confirmé leurs noms dans le domaine mais qui ne sont pas connus auprès du grand public. Et, il y a aussi tant de journalistes assez connus auprès du public mais ils n’ont pas les qualités nécessaires pour être qualifié comme des bons journalistes. Pire encore, ce qu’ils présentent comme matière informationnelle est classée comme « Trash information ».

Donc la célébrité n’accorde pas l’étiquette de compétence au journaliste. Elle fait plutôt partie de la culture du buzz et du monde de la communication et du marketing. C’est toute une équipe de communication qui s’occupe de la promotion d’un programme ou de l’image du présentateur que se soit à travers le média concerné ou via le web.

Mais est ce qu’un présentateur TV ou Radio est forcément un journaliste ?

Le journalisme et l’animation

La majorité des bacheliers qui décide de rejoindre une école de journalisme pense que le diplôme livré par une école pareille leur permettra de devenir des animateurs télé ou radio. Cela est vrai mais le journalisme diffère de l’animation.

« Un bon journaliste n’est pas automatiquement un bon animateur et un bon animateur n’est même pas un journaliste « 

Bien que certaines institutions livrent des diplômes en animation, l’art de l’animation est avant tout un don avant qu’il soit une formation. Par contre le journalisme s’enseigne vu qu’il y a des pratiques à développer et des connaissances à appréhender.

La règle dit ainsi qu’un bon journaliste n’est pas automatiquement un bon animateur et un bon animateur n’est même pas un journaliste.

C’est pour cette raison que les chaines télévisées exigent le recrutement des diplômés des écoles du journalisme pour la présentation du journal télévisé alors que l’animation des programmes télévisés pourra être effectuée par des diplômés d’autres disciplines. Il suffit d’être doué, d’aimer le métier, d’avoir surtout une belle allure et une voix captivante et pourquoi pas un grand bagage intellectuel pour réussir l’animation d’une émission télévisée.

Certes un certificat a une valeur étant donné que les animateurs des grandes chaines télévisées passent par des formations avant d’intégrer une équipe d’un média. Ce certificat pourra être délivré par un centre de formation pour une formation de longue ou de courte durée.

Les autres débouchés des écoles du journalisme

Le premier média qu’a connu l’humanité était le journal papier alias « La Gazette », sauf que le journal papier a commencé ces dernières années, à perdre sa valeur suite au développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). La presse papier a cédé ainsi, sa place à la presse électronique, ce qui explique  la disparition de certains titres. Et d’ailleurs, la presse électronique était un moyen pour sauver le journalisme écrit de la crise économique qu’a traversé la scène médiatique, sachant que beaucoup de bacheliers pensent qu’ils vont fuir la rédaction en faisant la télévision ou la radio alors que nous écrivons pour la radio et pour la télé.

Notons aussi que le domaine du journalisme a connu ces dernières années, des grandes réformes au point que nous parlons aussi de la « web TV », de la « web radio » et des médias sociaux. Ces nouveaux médias ont participé au changement enregistré en matière de pratiques journalistiques.

Donc l’accès aux écoles de journalisme vous permet d’assurer plusieurs tâches : journaliste radiophonique, animateur radiophonique, journaliste télévisé, animateur télé, attaché de presse, journaliste photographe, reporter de guerre, journaliste rédacteur, journaliste reporter, présentateur des news, journaliste reporte d’images (JRI).etc.). Nombreux sont les débouchés de ce domaine. Mais comment devenir un bon journaliste ?

Les éléments nécessaires pour réussir une carrière en journalisme

Nous ne pouvons pas du jour au lendemain, devenir un bon journaliste. Mis à part l’amour que nous portons pour ce métier et la  passion qui nous attache à ce domaine, il y a des pratiques à développer et des connaissances à appréhender. Au cours des années d’étude, les étudiants en journalisme découvrent les différents genres journalistiques,  développent leurs carnets d’adresse, nouent de nouveaux liens,  améliorent leur bagage intellectuel.etc. Et surtout, avec un diplôme en journalisme, personne ne pourra  pas vous appeler par « intrus » parce que vous avez un diplôme en journalisme dans la poche. Mais notez bien que « la rédaction » s’impose et la maîtrise de plusieurs langues est primordiale.

Bonne chance aux nouveaux bacheliers !

Nouha BELAID