Archives de Tag: communication politique

Sauver la communication politique gouvernementale en Tunisie

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N.B: Cet article a été publié par HuffPost Tunisie le 26/11/2015

J’ai choisi d’emprunter le titre de l’ouvrage de Dominique WOLTON «  SAUVER LA COMMUNICATION » vu l’échec actuel du gouvernement tunisien dans sa communication politique, suite à l’attaque terroriste menée contre un bus de la garde présidentielle.

L’échec a été enregistré depuis le démarrage de la crise. Au moment où les citoyens attendaient à être rassurés par leurs protecteurs, gouverneurs de ce pays, le gouvernement a marqué un silence qui dépasse les trois heures. Une seule photo véhiculait sur les médias sociaux, celle du bus brûlé. Toute suite après, les agents de sécurité ont interdit l’accès aux journalistes aussi bien qu’aux citoyens vu la gravité de la situation. Il y avait partout les cadavres des victimes et les blessés encore vivants qui demandaient de l’aide. A vous ensuite d’imaginer la situation dans laquelle se trouvaient les agents de sécurité surtout qu’il s’agit d’une attaque contre leurs collègues.

Trois heures de silence et on critique les journalistes ?

Certains organismes médiatiques ont critiqué la violence menée de la part des agents de sécurité contre les journalistes qui étaient présents sur le champ de l’attaque. Le bilan de plus qu’une vingtaine d’agressions a été enregistré.

Ainsi on se demandait si les agents de sécurité étaient obligés de se comporter de cette manière agressive, alors que nous devrons être l’exemple de la démocratie après tout ce que nous avions vécu ces dernières années, depuis le 17 décembre 2010. Ce n’est pas la constitution tunisienne qui garantie le droit du citoyen à l’accès à l’information ? Que dire alors du journaliste ?! … D’ailleurs, ce n’est pas à l’agent de sécurité de rappeler le journaliste de la déontologie du métier, entre autres prendre ou non des photos mais plutôt d’assurer sa sécurité sur le champ de la bataille. Et si le journaliste  ne respecte pas la déontologie du métier, il sera critiqué par les institutions concernées.

En réalité, ces pratiques barbares commisses à l’égard des journalistes n’étaient pas une solution pour limiter la propagation de l’information car il n’y avait pas que les journalistes qui ont été à la recherche de l’information mais aussi les citoyens. Qu’est ce que vous attendez de ces citoyens vu que le gouvernement a passé plus que trois heures sans communiquer une information : aucun communiqué n’a été diffusé, aucune déclaration n’a été faite d’un haut responsable et aucun message  n’a été lancé sur Facebook.etc. On ne demandait pas des chiffres ou des confirmations mais un message rassurant pour calmer les tensions. Pire encore, le Président de la République a annoncé que la réunion avec le conseil de sécurité aura lieu le lendemain. On suppose que c’est le cas, faut-il réellement le dire au moment ou les Tunisiens attendent des directives immédiates pour mettre fin au terrorisme ?. ll a fallu leur dire : «  nous allons faire ! », en leur rappelant des derniers acquis sur le plan sécuritaire.

Gérer une crise, çà s’apprend !

C’est clair que le gouvernement tunisien, malgré toutes les crises vécues, ne sait pas encore gérer sa communication de crise, en absence d’une stratégie claire.

De plus malgré tous les textes lois, malgré le prix Nobel et les milliers de conflits vécus, la liberté d’expression et de l’accès à l’information est toujours remise en question car les responsables politiques ne savent pas encore que la question de l’information, avant qu’elle devienne un enjeu professionnel ou économique, elle est au cœur de la vitalité démocratique elle-même, tel qu’il a été déclaré par le philosophe Edwy PLENETL. Il a ajouté d’ailleurs que «  proclamer ce dit, c’est ainsi refuser la confiscation de la politique par ceux qui prétendent savoir quand d’autres ne pourraient jamais savoir ».

D’un autre coté, PLENEL confirme dans son ouvrage « Le droit au savoir » qu’un journaliste fait son boulot quand il informe le public ce qui lui échappe, ce qu’on lui cache, ce que lui est méconnu ou inconnu. Donc on se demande si le bureau de communication du Ministère de l’Intérieur a déjà de bonnes relations avec les médias. Et là se manifeste le vrai boulot des relations publiques car ces relations deviennent plus importantes durant une crise. On pourrait même devenir un Spin doctor grâce aux liens forts que nous avons tissés auparavant avec des leaders d’opinion dans des entreprises médiatiques.

Comme l’a déjà dit Dominique WOLTON, «  communiquer n’est pas un jeu d’enfant » mais c’est un travail de ruse. Il faut être rusé pour savoir gérer une crise et cela nécessite des aptitudes communicationnelles de haute qualité : rapidité, instantanéité, fluidité de réponse, intelligence.etc. Comme cela peut aussi se développer avec le temps via les formations mensuelles du personnel. Mais aussi il faut  toujours faire l’évaluation finale de chaque crise vécue  pour tirer des leçons et apprendre à réagir dans une deuxième occasion, sachant que les plans de communication diffèrent selon le contexte à savoir le contexte spatio-temporel et les acteurs. Les enjeux d’une crise ne sont pas toujours les mêmes mais un plan de communication préparé à l’avance pour gérer une crise est toujours appréciable, à savoir : un discours déjà filmé et adaptable à toutes les situations, un communiqué de presse déjà préparé.etc.

Nouha BELAID

 

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Tunisie – Homme politique et communication : le cas de Noomane Fehri

Nommé Ministre des Technologies de la Communication et de l’Economie Numérique, en Tunisie, M.Noomane FEHRI a choisi de garder son profil personnel sur Facebook, qui fonctionne en parallèle avec sa page Facebook officielle. Depuis les événements du 14 janvier 2011, l’octroi d’une page Facebook est devenu d’ailleurs, utile pour un homme politique en Tunisie, sauf que certains choisissent d’avoir un compte Facebook ouvert au public.

M.le Ministre Noomane FEHRI a opté pour un autre plan comme s’il a voulu garder ce lien d’intimité avec ces amis et ces proches. Possédant toujours un compte Facebook, il a ajouté l’étiquette  « Personal Profile » et en gardant toujours sa photo avec sa femme comme couverture de ce compte Facebook.

M.Noomane Fehri et sa femme

M.Noomane Fehri et sa femme

En fait, son nouveau statut ne l’a pas poussé à adapter de nouvelles pratiques technologiques. Il a gardé les mêmes pratiques mais en prenant du recul par rapport à la publication de ses opinions politiques.

Sur son compte Facebook qui suppose être personnel,  nous trouvons  presque 5000  personnes qui sont amis  avec lui. Il est toujours identifié dans des publications de tout genre. La publication pourrait être une information politique mais elle pourrait être une photo prise en famille. Et d’ailleurs, ce compte Facebook présente l’image d’un papa heureux, qui vit une vie de famille stable et pleine de joie et de bonheur.

M.Noomane Fehri accompagné de sa famille (Photo publiée publiquement sur Facebook)

M.Noomane Fehri accompagné de sa famille (Photo publiée publiquement sur Facebook)

Quand la femme du Ministre s’exprime !

En Tunisie, nous n’avons jamais parlé de la femme d’un Ministre.  Mais nous savons aussi que derrière chaque grand homme se cache une femme. Dans une première en Tunisie, la femme d’un Ministre s’est exprimée sur son compte Facebook. Il s’agit de  Mme Latifa FEHRI qui a identifié  son mari, M.le Ministre des TIC dans un joli statut. Elle faisait l’éloge de son mari avec tant d’amour et de tendresse.

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Les spécialistes de la communication savent qu’en France Carla BRUNI a été un instrument politique pour Nicolas SARKOZY, l’ex Président français. Grâce à elle, Sarkozy a pu présenter au peuple l’image d’un mari amoureux. Et les journalistes ne cessaient suivre les activités de Carla qui était un élément fondamental de la stratégie de communication de Sarkozy.

En ce qui concerne Mme FEHRI, bien qu’elle ait fait les choses par amour mais ses paroles envers son époux de temps en temps, pourraient être considérées comme une bonne action de communication. Or pour un homme politique est-il utile d’avoir un compte Facebook personnel ou une page Facebook officielle publique ? Cela ne pourrait pas nuire à sa e-reputation en tant que Ministre ?

Nouha BELAID

N.B.: Cet article ne fait pas l’éloge de M.Noomane FEHRI mais il met l’accent sur une nouvelle pratique politique en Tunisie.

Quand les Présidents des pays arabes optent pour une communication politique interactive

Cet article a été publié le 30/05/2015 dans le Huffpostmaghreb

Le Président Egyptien Abdel Fattah All Sissi

Le Président Égyptien Abdel Fattah All Sissi

Bien que le printemps arabe ait été suivi de certaines situations douloureuses, la liberté d’expression et d’échange d’informations a été toujours, farouchement défendue par les citoyens et les défenseurs de droits de l’homme et ce, dans tous les pays arabes qui ont vécu des soulèvements populaires.

L’homme politique s’est trouvé lui-même appelé à défendre le droit du citoyen à l’accès à l’information, dans le cadre de la transparence de l’Etat et de l’ouverture sur l’échange entre gouverneurs et gouvernés.  Jean Michel Cotteret  disait d’ailleurs que « la communication politique est un échange entre gouvernants et gouvernés par des moyens formels ou informels pour conquérir le pouvoir ou l’exercer ».

En Tunisie, un groupe portant le nom « OpenGovTN» a été lancé le 04 novembre 2011. Noté sur son site officiel, ce groupe « milite pour la consécration des principes de la transparence totale et la participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques, afin de garantir le droit à une société juste, démocratique et prospère. Sans forme juridique, le groupe est ouvert à tous les citoyens tunisiens indépendamment de leurs appartenances politiques ou associatives sous condition du respect de la présente charte. Le groupe est autogéré bénévolement par tous ses membres ».

En Egypte, afin d’assurer cette transparence d’Etat et de créer des autoroutes d’échange d’informations entre les dirigeants du pays et les citoyens, le Président Egyptien Abdel Fattah All Sissi a pris l’initiative, en mettant  à la disposition des citoyens de son pays, une adresse email à travers laquelle ils peuvent lui poser des questions. Le Président égyptien répondra ainsi aux questions au cours de son rendez-vous télévisuel mensuel.

Selon le bureau de presse de la Présidence égyptienne, la participation des citoyens dans la prise des décisions est un élément fondamental du plan de fonctionnement de l’Etat égyptien.

Rappelons ainsi  l’expérience du Président Tunisien, Beji Caied Essebsi lors des élections présidentielles 2014, quand il a invité ses followers sur Twitter à participer à un « Tweet Chat » qui a eu lieu ce vendredi 14 novembre 2014 de 16h à 18h. Ce Twitter Chat d’Essebsi a totalisé 1979  tweets pour 358 contributeurs. Il a promis d’ailleurs les Twittos de faire de ce Tweet Chat un rendez vous mensuel sans que rien n’a été réalisé après sa victoire.

Il parait que les nouveaux gouverneurs dans le monde arabe, optent pour la communication interactive qui favorise l’échange virtuel avec les citoyens. Mais cela n’empêche pas d’être sélectif dans les réponses sous prétexte de ne pas avoir le temps nécessaire pour répondre à tous les emails ou commentaires ou tweets. Il est facile d’ailleurs de faire semblant d’être ouvert et transparent et jouer avec la langue de bois mais il est difficile de convaincre tout le monde car la stupidité humaine n’est pas collective. On se demande ensuite, si les internautes étaient présents en temps réel, les hommes politiques répondront-ils à toutes les questions et de la même manière ? On espère ainsi que l’espace public virtuel devient réellement  un espace d’échange entre gouverneurs et gouvernés, en offrant au peuple la possibilité de s’exprimer librement sans qu’il y ait des contraintes.

Nouha Belaid

A l’occasion du nouvel an 2015 : Un discours frappant de Hollande et un discours décevant de BCE

N.B: Cet article a été publié dans le journal Huffington Post le 02/01/2014

Lors de leurs traditionnels discours, le Président français François Hollande et le Président tunisien Béji Caïd Essebsi ont tenu des discours pleins de promesses, notamment pour le premier, à l’occasion du nouvel an 2015. Mais la différence entre les deux présidents était remarquable, indépendamment des âges mais sur le plan de la motivation et de la communication.

Pour François Hollande, il s’agit de son meilleur discours depuis qu’il a été nommé président de la République Française. Bien que tous les ans, le Président adresse ses vœux de fin d’année aux Français, François Hollande s’est adressé ce mercredi soir aux citoyens dans un discours de 9 minutes, un discours qui est sorti de l’ordinaire.

Hollande

François Hollande était sûr de lui et son message était riche d’audace et de confiance face aux conservateurs et aux populistes. Il a choisi que 2015 soit l’année « d’audace, d’action et de solidarité ». Il a cherché à travers ce discours, à gagner la confiance des Français et il la leur a demandé directement, à la fin de son discours, après avoir rappelé aux Français ses exploits en 2014 -qui a été en réalité une année de souffrance pour les Français- et de ses prochains projets en 2015.

Il n’a pas nié les difficultés dont souffre la France, à savoir le chômage et l’exclusion auxquelles il accorde de l’intérêt. Mais il a rappelé aux français la position de la France, en énumérant les choses qu’ils aiment entendre: « cinquième puissance économique », responsabilité de la France face aux sujets de la paix, la France est une « diplomatie active », la « France est reconnue pour sa culture, ses innovations et le talent de ses entrepreneurs, de ses chercheurs ». Il a même confirmé que « la France fait avancer l’Europe » et a rappelé aux Français les deux prix Nobel remportés en 2014.

Alors, si Hollande s’exprime de cette manière, est-ce parce que ses citoyens ne seraient pas satisfaits de son rendement durant l’année 2014? Mais il leur a rappelé que c’est lui qui a fait ce choix en disant « j’ai fait le choix de l’avenir », et en énumérant les problèmes des Français, il a même dit « c’est déjà arrivé dans l’histoire, nous n’oublierons jamais ». C’est comme si la France n’aurait pas pu être telle quelle actuellement si lui n’était pas président de la République.

La pugnacité et l’optimisme de Hollande

Entre-temps, le président de la République française était reconnaissant à ceux qui ont participé à faire positionner la France de cette manière, notamment les entrepreneurs et les chercheurs, tout en appelant les Français à avancer et à refuser le statuquo.

Le discours avait comme contexte les souhaits des français, en rompant avec la nostalgie et en espérant un futur meilleur. Il a rappelé aux Français qu’il croit dans le travail au long terme, entre autres – il voulait dire « si vos rêves ne sont pas réalisés aujourd’hui, il se réaliseront demain ».

Il a maintes fois répété que les choses allaient changer à partir du 1er janvier 2015, en confirmant son engagement personnel pour suivre de près certains projets. Il a résumé l’ensemble de ses promesses en une phrase frappante: « Mes chers compatriotes, la France avancera l’année prochaine, dans tous les domaines et ce pour tous ».

C’est comme si, durant l’année 2015, tous les problèmes prendront fin et la France sera cette terre de rêve ou s’installe la justesse, l’égalité, la paix, la sécurité et la dignité de la femme. Mais il a également souligné que tout avancement dépend des Français, en ajoutant « je sais que vous y êtes prêt ». Il rappelle donc aux Français qu’ils sont responsables de l’avancement de la France.

François Hollande a souligné que la jeunesse représente une priorité pour lui, et ce en luttant contre les inégalités scolaires avec des jeunes enseignants bien formés et en faisant de la France le champion du numérique et des TIC. Il a également ajouté qu’il prendrait en considération les préoccupations des adultes et des personnes âgées, notamment en matière de soins. Il n’a donc ignoré aucun acteur de la société civile, en essayant de plaire à tout le monde avec les décisions prises.

De même, son discours a pris une dimension internationale, en assimilant la France au sauveur de cette planète, étant donné qu’elle accorde une grande importance aux changements climatiques et aux droits de l’homme. Bien qu’il ait affirmé au début de son allocution que la France devrait être un exemple, il s’est rectifié par la suite pour dire qu’elle l’est déjà, en énumérant les performances de 2014.

Au cours de ce discours, la spontanéité de François Hollande était de qualité, même au niveau de sa gestuelle, quand ses mains sont restées ouvertes à un avenir prestigieux pour la France. Ses gestes ont réagi en parallèle avec ses paroles, qui décrivent sa volonté de changer et de faire évoluer la France. Des gestes qui expriment aussi son énorme motivation qui va en équivalence avec son statut de président.

La seule faute commise, c’est d’avoir laissé son bureau vide au moment de la prononciation du discours. Ce grand bureau a suscité de nombreuses moqueries sur Internet, notamment à cause de sa taille mais surtout parce qu’il était complètement vide.

Béji Caïd Essebsi, un chaos communicationnel

Le même jour, le Président tunisien Béji Caïd Essebsi (BCE) s’est adressé aux citoyens dans un discours de 3 minutes, un discours qui sort de l’ordinaire par rapport à ses anciens discours.

En effet, les Tunisiens ont toujours senti en BCE l’image de l’ancien Président de la Tunisie, Habib Bourguiba. Ce bel orateur qui arrivait toujours à capter les attentions avec ses idées, son ton, ses arguments et ses gestes spontanés. Mais ce dernier discours de BCE était un peu décevant.

BCE s’est comporté comme une personne âgée qui se tenait difficilement devant la caméra et qui prononçait son discours du nouvel an à un rythme ralenti, qui ressemble à celui de la tortue, au moment où les tunisiens ont besoin d’une bouffée d’optimisme.

Ils avaient besoin d’entendre des promesses confirmées et des réalités qui se seraient concrétisées, tout en étant sûr de soi-même.

BCE a souligné que cette année serait l’année de la sécurité et du travail. Choses que veulent entendre les tunisiens après une période de souffrance, et ce sur tous les plans. Il leur a peut-être parlé des détails dans un ancien discours prononcé il y a quelques jours, à l’assemblée des représentants du peuple. Mais les Tunisiens avaient encore besoin de l’entendre pour être soulagés, car chaque discours a son contexte propre à lui-même.

Il a exprimé son soutien aux régions démunies de la Tunisie qui souffrent du froid. Il a déclaré ainsi qu’il a parlé au chef du gouvernement; et celui-ci lui a affirmé que le gouvernement a un programme pour sauver les habitants de ces régions. BCE aurait peut-être dû énumérer quelques solutions, après en avoir discuté avec le chef du gouvernement.

Le récepteur de ce discours a surement dû se demander: quand est ce que le programme du gouvernement sera appliqué? Et comme toujours, le gouvernement fait des promesses sans les concrétiser, alors que le gouvernement de Mehdi Jomaa est peut-être sur le terrain déjà, en train de régler l’affaire.

Pour finir son discours, il a utilisé la chute classique des expressions écrites de nos enfants de l’école primaire « en espérant que les tunisiens vivent en joie et paix ». Mais heureusement, il leur a rappelé que l’Etat est au courant de tous leurs problèmes.

Le cinquième président de la République tunisienne s’est montré crispé, faible et pessimiste. Et il a commis la même faute que François Hollande, en laissant son bureau vide au moment de prononciation du discours.

Si BCE, avait prononcé un discours louche et vide comme celui-là dans une rencontre politique à l’étranger, les Tunisiens l’auraient-il critiquer ou auraient-il dépasser cette faiblisse politique en raison de son âge? Un politicien s’affirme par sa présence, sa confiance en soi et sa posture.

Dans ce discours, BCE a montré une mauvaise image de lui face à l’image souhaitée d’un président de la République. Peut-être que la motivation de Hollande que détenait également Mohamed Moncef Marzouki, ex-président de la Tunisie, a eu son effet sur le déroulement des conventions et des partenariats internationaux. Sur le plan communicationnel, un Président sans cravate est plus convainquant qu’un président qui la porte bien mais qui est vieux, il me semble, et qui se tient difficilement debout.

Vous pouvez dire que BCE était un choix utile pour les tunisiens afin de sauver le statut de la république, mais chose est confirmée, BCE a besoin d’un conseiller politique pour se montrer encre jeune. C’est vrai que le fait de réaliser son rêve à l’âge de 88 ans est un facteur d’optimisme, mais le pays aussi a besoin d’un Président qu’il le motive avec ses paroles, qui le pousse à rêver d’un avenir prestigieux.

Peut-être que le chef du gouvernement prendra ses responsabilités, en espérant que ce discours sera le dernier de ce genre prononcé par BCE, ce bel orateur qui a toujours su captiver l’attention des Tunisiens au cours de sa campagne électorale 2014.

Nouha Belaid

Tunisie – La communication politique en 2014

N.B: Cet article a été publié le 21 Décembre 2014 au Huffington Post Maghreb. 

Nous venons en Tunisie, d’organiser les premières élections présidentielles démocratiques dans l’histoire du pays. Les campagnes électorales ont démarré en réalité, depuis la saison de printemps 2014, avant même l’annonce officielle de la liste finale des électeurs acceptés par l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE), mais le rythme s’est accéléré avec le deuxième tour, entre deux adversaires de grand calibre: le Président du mouvement Nidaa Tounes, Beji Caied Essebdi (BCE) et le Président provisoire actuel de la Tunisie, Mohamed Moncef Marzouki (3M).

Au début de cette course électorale, chaque adversaire a essayé d’attirer vers lui les voix des citoyens partagés avec d’autres candidats qui ont participé au premier tour des élections présidentielles. Si le Président du « UPL », Slim Riahi a déclaré dès le début et sans aucune hésitation, qu’il soutient BCE, Hamma Hammami a pris du temps pour réfléchir puis il a appelé indirectement ses partisans à voter pour BCE en leur conseillant de ne pas voter pour 3M. La position de Hamma était un peu floue mais rien n’était explicite. De son coté, le mouvement Ennahdha n’a voulu ni perdre la face devant Nidaa Tounes ni à couper les ponts avec lui. Mais ce mouvement n’a pas aussi déclaré son soutien à Marzouki. Il a appelé ses partisans à voter pour le candidat adéquat.

En fait, les deux candidats ont démarré leurs campagnes, en soulignant l’importance d’une Tunisie unie. Dans une interview accordée au journal français « Rue 89 », BCE a déclaré « Ennahdha est une réalité. Nous devons organiser une vie ensemble. La répression systématique que le pouvoir a menée contre les islamistes depuis 1989 était une erreur. Moi, personnellement, je leur garantis leur sécurité. Ils peuvent exercer une activité politique dans le cadre de lois ». C’est pour cette raison qu’il a choisi comme slogan pour sa campagne « La Tunisie de tout le monde. »

Mohamed Moncef Marzouki a insisté aussi sur ce point en déclarant « ma stratégie part du principe que ce pays est complexe, qu’il est à la fois très sécularisé et identitaire. Il ne peut plus supporter le fait qu’un gouvernement exprime l’opinion et des intérêts d’une partie du pays et pas de l’autre. »

Pendant la course électorale, BCE a été maintes fois appelé à clarifier ses paroles auprès des médias afin d’éviter la mauvaise interprétation, notamment quand certains internautes ont déclaré sur Facebook qu’il a appelé à la division du pays (progressistes et islamistes) étant donné que les résultats du premier tour des élections présidentielles ont montré que la majorité du sud tunisien a voté pour 3M, élu auparavant par le parti islamiste.

C’est pour cette raison que la région de Tozeur (sud de la Tunisie) était la première destination de BCE dans le cadre d’une série de sorties de porte à porte ou de meeting populaires afin d’établir un contact direct avec les citoyens. Il s’agit bel et bien du « one to one » sinon du « one to many. »

Mais après, si 3M a choisi de rendre visite à des zones démunies, BCE a entamé une visite au mausolée de Sidi Belhassen situé au cimetière d’Al-Jallezz à Tunis avec des imams de la Zitouna. Il a profité de cette visite pour se recueillir sur les tombes au Carreau des Leaders et réciter la fatiha à leur mémoire. Toute sortie sur terrain avait son objectif.

Entre temps, chacun de ces deux candidats a essayé de gagner la confiance de certaines personnalités du pays, notamment les vedettes, et ce dans différents domaines: médias, politique, culture, etc. (savoir Kamel Laabidi, Madih Belaid, Atef Ben Hssine, etc.).

Discours politique et violence verbale

Quant à 3M, qui a choisi comme slogan pour sa campagne électorale « Des vrais citoyens qui défendent des vraies valeurs », il plaidait toujours dans ses discours la Révolution du 14 janvier, la crainte du retour de la dictature et quelques personnalités symboliques de l’ancien régime en disant « les avancées réalisées dans le domaine des droits et libertés au cours des trois dernières années disparaîtront à jamais. » Et il a affirmé maintes fois son engagement, en cas de victoire, à combattre la marginalisation des zones et quartiers démunis.

De son coté, « Bajbouj » comme le surnomment ses partisans, a appelé les jeunes tunisiens à s’impliquer en politique pour assurer l’avenir de leur pays et leur a promis, en cas de victoire, de leur accorder une très grande importance notamment en matière de chômage.

Si le mouvement Nida Tounes a mis en doute la crédibilité de l’ISIE avant les élections législatives, le candidat Mohamed Moncef Marzouki  a mis en doute les résultats du scrutin après les élections législatives et les résultats du premier tour des élections présidentielles.

Il est à noter aussi que 3M a commencé le premier à attaquer son adversaire alors que le camp de BCE est resté sur la défensive. Il a même appelé BCE à une confrontation directe via un débat télévisé mais ce dernier a refusé le face à face jusqu’à la dernière minute. BCE a déclaré dans le cadre d’une interview entamée avec France 24 que le débat est comme « un combat de béliers. » Ce qui a mené systématiquement 3M à inviter BCE à travers les panneaux d’affichage à une confrontation télévisée.

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Chose constatée tout au long de cette campagne, c’est la violence verbale. En effet, Fériel Charfeddine, coordinatrice au sein de l’Observatoire Chokri Belaid pour l’observation de la violence, a mentionné au cours d’une conférence de presse, tenue mardi 16 décembre, que le taux de violence verbale s’est accru de 133,2% depuis le lancement de la campagne électorale.

Bien que les candidats soient appelés à présenter leurs programmes électoraux aux citoyens et leurs stratégies en cas de victoire, ils se sont concentrés sur l’attaque et la contre attaque. D’ailleurs, BCE critiquait les déclarations de 3M qui a utilisé le terme « taghout » pour qualifier certains de ses adversaires. Mais 3M ne s’est pas limité à l’usage de ce terme là, il l’a même invité au débat télévisé en lui qualifiant de « idiot ».

Pour sa part, la HAICA s’est alarmé de la publicité faite aux deux candidats Moncef Marzouki et Béji Caïd Essebsi, en condamnant les discours qui ont alimenté les divisions et les haines en cette période hautement périlleuse et marquée par une extrême polarisation.

Sur les médias sociaux, la violence verbale n’était pas moins présente qu’en temps réel. Bien au contraire, des photos des panneaux d’affichage ont circulé sur Facebook. Ce qui a créé une grande polémique. Mais il est à signaler que les médias sociaux ont été aussi utilisés pour faire circuler d’autres informations. Et pour la première fois d’ailleurs, on a vu en Tunisie, des photos d’un Président entrain de dribbler et flirter avec un ballon.

De nouvelles pratiques en communication politique

Bien que les campagnes électorales des élections du 23 octobre 2011 fussent modestes, nous avons enregistré de nouvelles pratiques pendant l’élection présidentielle de 2014.

Cet avancement en matière de communication politique a été remarquable à son début, avec la campagne du Président du Front Populaire Hamma Hammami alias « fils du peuple » (weld chaab). Toute de suite après, avec le second tour, des compétences en matière de discours politique ont émergé, qu’elles soient orales ou visuelles.

Les panneaux de 3M ont été critiqués parce qu’ils ont favorisé une violence verbale, refusée par une certaine catégorie du peuple. 3M utilisait les panneaux d’affichage afin d’adresser des messages à son adversaire. Et quelle que soit la critique, nous confirmons le développement des pratiques en matière de communication politique. Dans un même temps, nous reprochons l’implication des enfants dans les campagnes électorales. Un enfant devrait savourer de son enfance indépendamment des conflits politiques pour la construction naturelle de sa personnalité.

Bref, nous commençons en Tunisie à avoir des traditions en communication politique, à l’instar des pays démocratiques. Si la campagne de Barack Obama en 2008 était celle du web 2.0, la campagne de 3M était celle de l’affichage public. Mais il faut éduquer les citoyens et les hommes politiques à la concurrence politique honnête afin d’éviter certaines mauvaises pratiques. A titre d’exemple, déchirer les affiches de l’adversaire.

Reste à développer aussi, à la suite de ces élections, la communication gouvernementale y compris la communication publique. Le citoyen a besoin de ministres et de gouverneurs qui communiquent dans le cadre de la transparence politique de l’Etat.

Vive la démocratie politique!

Nouha Belaid

belaid.nouha@gmail.com