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PARIS communique et la TUNISIE ?


Au début de 2015, la Tunisie et la France ont vécu deux attaques sanglantes : attaque de CHARLIE HEBDO et attaque du Musée de BARDO. Deux attaques qui ont été critiquées dans tous les coins du monde et la majorité des pays ont exprimé leur solidarité avec les pays victimes. Nous avons assisté à des marches pacifiques critiquant ces attaques barbares et nous avons vu des milliers de reportages sur les médias confirmons que ces deux pays restent en paix. Mais comment la France est-elle actuellement, cinq mois après son attaque qui a été le sujet de tous les médias sur cette planète ? Et où est la Tunisie actuelle de tout cela ?

La Tunisie traverse une crise remarquable. Dans tous les lieux touristiques, les touristes sont moins nombreux que les années précédentes. Les employés de l’artisanat réclament l’absence des ventes. Que vous soyez à Hammamet ou à Sousse, il y a moins de mouvement et donc moins d’achat.

Par contre, à Paris, avec ce soleil qui réchauffe ces jours-ci la méditerranée, il y a plein de monde venu des différents pays notamment des pays asiatiques. J’étais d’ailleurs, il y a quelques jours à Paris et j’étais surprise par le nombre de touristes. Je me suis posée la question : Paris est-elle plus belle que la Tunisie ? Mais nous avons aussi, en Tunisie, des monuments historiques et des sites archéologiques qui sont plus anciens que l’histoire de Paris. Pourquoi les touristes sont présents à Paris et ils s’absentent en Tunisie ? Une Française m’a répondu : « Il n’y a pas de sécurité en Tunisie, surtout avec l’attaque du musée de BARDO ».  Je lui ai répondu : « Mais vous avez vécu aussi une attaque sanglante au début de cette année. Pourquoi les touristes vous font confiance et viennent passer leurs vacances chez-vous ? ».

Je passais des nuits assise au bord de la scène de France, réfléchir sur cette question, en se rappelant des détails de mon voyage et en comparant mon pays à la France.

La majorité des jeunes Tunisiens, a  l’habitude d’ignorer ses origines quand elle quitte le pays mais j’ai voulu toujours faire partie de cette communauté qui observe le modèle étranger, s’inspire, se pose des questions et pourquoi pas proposer des remèdes. J’avais une simple réponse aux questions qui m’interpellent sur cette chute que traverse mon pays et ce que la France est en train de vivre : PARIS communique.

Faute de communication et non pas de moyens

PARIS

Personne ne peut ignorer que la Tunisie est un pays en voie de développement mais ce problème de chute économique et touristique est faute de communication et non pas de moyens.

En France, à partir du moment où vous mettez le pied dans l’aéroport, vous commencez à découvrir ce pays, à travers les affiches qui décorent les murs, les panneaux publicitaires, les écrans télé qui diffusent des spots attirants. Même les messages qu’ils utilisent dans leurs  publicités, sont simples et vous font évader. A titre d’exemple «  Débarquez dans l’avenir ! ».

Et quand vous passez par la douane française, il y a le sourire chaleureux qui vous accueille en vous souhaitant un bon séjour. Vous commencez déjà à être éblouie par les images puis par le comportement des gens. Ce n’est pas le ministère du tourisme qui est le seul moteur du processus d’attraction mais aussi les citoyens français.

Vous appréciez la mise en ordre des objets, la propreté des moyens de transport commun et des rues et la clarté des affiches d’indication de chemin mais vous êtes impressionnez par la manière avec laquelle on vous parle, on vous répond, on vous sourit, on vous vend les choses.etc.

Si vous passez dans la rue, à Tunis et un homme vous sourit, soyez sûr qu’il est en train de vous draguer. Mais un sourire Français signifie tout simplement un salut. Une fois, une française critiquait sa copine qui saluait de haut de la scène, les passagers des bateaux qui traversent la scène. Sa copine lui a répondu : «  Tu n’imagines pas comme il est beau ce sentiment quand tu fais la salut à une personne que tu ne connais pas. Juste pour lui dire « Salut ». C’est cela l’humanité ».

C’est vrai que les Français ont leur mode de vie accéléré. Mais ils sont aussi chaleureux. Aucun Français ne vous refuse une demande de prise de photo pour vous. Aucun Français ne vous ignore quand vous lui demandez une information. Et même quand vous entrez dans un magasin et vous n’achetez rien, il vous souhaite une excellente journée.

En France, tout le monde communique. L’Etat communique, le Maire de Paris communique, les citoyens communiquent.etc. La communication s’applique dans toutes ses formes : verbale, non verbale, publique, sociale, culturelle.etc.

Et le remède ?

La sécurité que ressentent les touristes à Paris ne se manifeste pas dans le nombre des agents de sécurité qui circulent dans la rue. Bien au contraire, les agents de sécurité en France sont beaucoup moins nombreux que les agents de sécurité en Tunisie. Ils sont omni absents.

Mais les images, les messages des affiches publicitaires, le sourire des Français et la qualité d’accueil soulagent les touristes. Le remède dépend d’une part de  la mentalité des gens et de la culture dans laquelle nous nous sommes nées et d’autre part, de la stratégie de communication de notre Etat.

Commençons par ce dernier, le Ministère du Tourisme en Tunisie, a-t-il vraiment établi une bonne stratégie de communication sur la saison d’été ? Pourquoi on ne voit pas des affiches sur la Tunisie au cœur de Paris par exemple ? Ou à l’aéroport Tunis Carthage ? Ou dans les zones touristiques ?

Pourquoi aussi, nous lançons des actions sans assurer leur bonne promotion ? Et si par exemple, on affiche en gros à l’aéroport Tunis Carthage un panneau publicitaire qui annonce que les deux légendes du football mondial et de l’AC Milan, Gennaro Gattuso et Andry Shevchenko, sont à Tunis. A l’aéroport Charles De Gaulle, on annonce les dates des expositions.

Et si nous utilisons les écrans télévisés pour passer des documentaires de quelques minutes sur Tunis, au sein de l’aéroport, dans les salles d’attentes ? Les gens s’influencent par les images et les vidéos. En plus, cela tue l’ennui d’attente et soulage les esprits.

Mis à part cela, nous défendons l’émancipation féminine alors que nous n’arrêtons pas de gêner les femmes. Même les touristes se sentent gênées chez nous. Après leur séjour à Tunis, ils quittent avec une image d’un pays de complexes.

Certes, avant de demander à l’Etat de travailler sur une bonne stratégie de communication, c’est à nous d’apprendre à communiquer. Cette culture d’échange de salut et de sourire n’existe pas chez nous. Nous avons toujours tendance à draguer ou à être dragué. Nous oublions toujours que le client est le roi. Qu’on devienne alors, plus chaleureux, plus aimables, plus gentils et plus compréhensifs pour que le peu de touristes qui vient, transmet une image positive sur la Tunisie et recommande notre pays à d’autres personnes. Qu’on communique aussi, sur nos médias sociaux et dans nos médias classiques en partageant toujours une belle image sur ce pays. L’initiative de rehausser le pays n’est pas individuelle mais elle devra être collective,  sous la houlette des membres de  la société civile. Il faut que la TUNISIE communique !

Nouha BELAID

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Nouha Belaid- Éduquer aux médias sociaux #terrorisme

Quand la France éduque ses enfants au terrorisme, il est temps pour le faire chez nous !

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Au lendemain du 08 janvier 2015, au moment où nous étions encore, en train de relater les faits de l’attentant de « Charlie Hebdo » et de présenter nos sincères condoléances, nous la communauté arabe y compris tunisienne et nous nous sommes lancés dans leur campagne «  Je suis Charlie » sans comprendre pourquoi et comment nous le sommes,  les français ont choisi de parler à leurs futures générations (enfants et adultes) de « Charlie Hebdo », dans le cadre de l’éducation des enfants aux médias.

Des images forcément violentes et des vidéos insoutenables tournaient en boucle sur les chaînes d’informations nationales et internationales,  sur les sites Internet et les médias sociaux. Et  étant donné que les enfants et les adultes sont sensibles à ces scènes de violence, qui déclenchent chez eux une quantité d’émotions,  la France a pensé  à faire face  à cette violence et leur aider à digérer ces images.

Si certains parents ont interdit leurs enfants de suivre les émissions qui relatent les faits de cet événement, la ministre française de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, a réuni, lundi 12 janvier, les principaux acteurs de la communauté éducative française, afin de discuter avec eux l’enseignement des valeurs républicaines. Un appel a été lancé ainsi, de la part du ministère de l’éducation demandant aux directeurs de lui informer des incidents qui se sont produits dans les écoles, collèges et lycées, à l’occasion de la minute de silence observée en hommage aux victimes de l’attentat survenu la veille. La ministre leur a appelé d’ailleurs, à évoquer le sujet avant ou au milieu du cours, car il s’agit bel et bien d’une affaire nationale qui a touché les valeurs de la citoyenneté et notamment la liberté d’expression.

D’après un communiqué qui a été lancé dans ce sens, « toutes les difficultés rencontrées ont été traitées localement, de manière proportionnée à la gravité des faits, par les équipes éducatives et pédagogiques, entre dialogue éducatif et sanctions disciplinaires, allant du rappel à l’ordre en présence de l’élève et de ses parents à la convocation de conseil de discipline ».

Il est à signaler aussi qu’en France, il y a même un journal pour les enfants intitulé « Le petit Quotidien » dont l’objectif est d’apprendre aux enfants les droits civiques. Dans les numéros qui ont suivi l’attentat de « Charlie hebdo », nous trouvons des textes et des photos qui expliquent aux enfants de 6 à 10 ans qu’est ce que nous entendons dire par « «terrorisme », « démocratie ».etc. Un numéro a été déjà consacré pour définir la religion au sein de la société française. Un autre journal intitulé «  Mon Quotidien » consacré aux enfants âgés entre 10 et 14 ans réservait un numéro pour la liberté d’expression, en signalant qu’en France, les citoyens ont le droit à tout dire. Deux modèles de presse qui confirment le rôle important que joue la presse en matière d’éducation.

Éduquer nos enfants au terrorisme

Chez-nous, bien que depuis le déclenchement du printemps arabe, les scènes violentes soient devenues plus nombreuses et les images sanglantes circulent tous les jours dans nos médias classiques et en ligne aucune campagne de sensibilisation  n’a été lancée par notre ministère afin d’appeler les enseignants à éduquer nos enfants aux médias, à l’ère de l’émergence de la violence et des courants terroristes.

education_enfants_aux_mediasLa seule initiative qui a été enregistrée était celle du CAPJC qui a organisé pendant plusieurs occasions des ateliers sur le sujet, en appelant les journalistes à céder la parole aux enfants et leur expliquer les éléments du quotidien d’une manière très souple. Une dizaine de journalistes formés ont appliqué les recommandations des formateurs. Mais si les enseignants eux-mêmes, participent au projet de l’éducation aux médias ?

Depuis maintes années, les diplômés de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI)  en Tunisie ont appelé à ajouter un cours d’éducation aux médias à la liste des matières de l’école primaire. Des séminaires aussi ont été organisés pour mobiliser les efforts autour de ce projet et présenter les axes majeurs mais aucune réponse n’a été enregistrée de la part de l’Etat. Il parait qu’il est temps pour que l’Etat fait fasse à cet appel, à l’instar des pays démocratiques, après avoir organisé les premières élections présidentielles en Tunisie.

L’enfant est membre de la société. L’adulte aussi … Ils font partis du tissu social et constituent les acteurs de l’avenir du pays. Si un enfant entend parler des termes à savoir «  terrorisme », « assassinat », « snipers ».etc. il ne faut pas essayer de camoufler l’histoire ou de changer le sujet quand un enfant vous interpelle mais il faut plutôt lui expliquer les termes  dans leur contexte socioculturel et souligner les méfaits. La construction de la personnalité de l’individu commence dés son enfance. Si votre enfant comprenne que le terrorisme est un acte barbare,  toutes ses prochaines lectures ou négociations dépendront de cet avis. Mais s’il se base sur ce qu’il a vu dans les chaines satellitaires arabes qui touchent indirectement à l’innocence de l’enfant, il risque d’être membre dans les prochaines années, d’un projet djihadiste. N’oublions pas que votre enfant est confronté à plusieurs canaux de diffusion d’information.

Enseigner l’éducation islamique d’une autre manière

education_enfants_aux_medias3Depuis plusieurs années, l’école française adopte le modèle de la laïcité. Contrairement aux autres pays européens, l’enseignement des faits religieux se fait dans le cadre des disciplines existantes : l’Histoire, les Lettres, la Philosophie, éducation civique.etc. Et quand les valeurs de la citoyenneté sont touchées il faut sérieusement en parler aux enfants, pour  concevoir les valeurs de la république. Alors que chez nous, l’éducation islamique s’enseigne dans les écoles primaires, les collègues et les lycées comme matière obligatoire et les faits religieux pourront ainsi être le sujet de nos séances pédagogiques.

En fait, la Tunisie a vécu après la révolution du 14 janvier 2011, beaucoup de débats autour de la religion avec la réapparition du parti islamiste Ennahdha sur la scène politique. Quelques mois plus tard, un parti islamiste a été au pouvoir. En parallèle, des salafistes se sont apparus et des milliers de tunisiens sont partis au Djihad en Lybie et en Syrie. Entre temps, certaines mosquées sont devenues la destination des gens qui appellent au Djihad et au terrorisme. Confrontés à ses gens dans les sites religieux, nos enfants absorbent leurs discours sans réfléchir, jusqu’à ce que leurs parents reçoivent une lettre qui confirme qu’ils sont partis au Djihad.  Devrons-nous attendre la perte de nos enfants pour mobiliser les efforts autour du développement de notre système éducatif ?

 Donc ce qui se passe dans notre entourage nous pousse à revoir notre programme éducatif et cela commence par la matière de l’éducation islamique. La séance de cette dernière pourra devenir un espace pour discuter la religion en relation avec l’actualité et ce en soulignant que l’islam est la religion de paix et de solidarité et non pas du terrorisme.

En Tunisie, jusqu’à présent, l’école ne sait pas éduquer à la liberté d’expression, à la lutte contre le terrorisme et aux valeurs de la citoyenneté d’une manière générale. Nous sommes appelés à consacrer plus de temps à l’instruction civique et la vie démocratique à l’école. Cela fait parti du développement du pays, dans un climat démocratique qui encourage le pluralisme des opinions. Entre temps, nous devrons penser sérieusement à l’ajout de la matière «  éducation aux médias » au programme scolaire afin d’apprendre nos enfants comment se comporter avec l’information véhiculée par les médias.

Nouha Belaid

La rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari : A qui le profit ?

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Un numéro de « Charlie hebdo »

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Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari

N.B: cet article a été publié le 10/01/2015 dans le journal Huffington Post

Tout le monde a été surpris la semaine dernière par l’information de l’exécution des journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, retenus en otages depuis plus de cent vingt jours en Libye par la branche libyenne de l’organisation terroriste de l’État islamique (Daech).

Tous les médias des quatre coins du monde ont directement diffusé l’information qui a été publiée par la chaîne française publique (France 24) sans vérifier sa fiabilité. Les médias tunisiens étaient les seuls qui ne l’ont pas partagée directement, peut-être parce qu’il s’agit de collègues, mais en même temps le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a appelé les journalistes tunisiens à calmer les tensions et à ne diffuser aucune confirmation de l’information avant que les responsables la vérifie auprès de sources crédibles.

Colère, chagrin, tristesse, etc. telle a été la situation des journalistes tunisiens dans les couloirs du SNJT, en attendant la bonne nouvelle du Président du syndicat ou des responsables politiques. Au moment où les médias étrangers partageaient l’information, les professionnels de la scène médiatique tunisienne avaient des doutes quant à l’authenticité de cette information. La lueur d’espoir était présente mais les médias étrangers ne cessaient de faire circuler cette rumeur qui s’est propagée comme une traînée de poudre devant le silence des autorités.

En fait, les faits confirmaient qu’il s’agissait bel et bien d’une rumeur, car l’information a été publiée sur une page Facebook trois heures après sa création. Donc personne ne confirme que l’Etat islamique (Daech) est le propriétaire de cette page. « France 24« , elle-même, n’a pas pris le temps pour vérifier l’information. Le Président du SNJT a d’ailleurs soupçonné que cette affaire soit en lien avec l’affaire de Charlie Hebdo.

Quand la géopolitique des médias s’impose

Les médias ont toujours été efficaces en matière de croissance des échanges mondiaux sur le plan économique et sociologique, mais aussi sur le plan géopolitique. Comme le souligne le géographe Jacques Barrat, les médias sont « à la fois reflets et acteurs des mutations géopolitiques […] reflets dans la mesure où ils sont le plus souvent les miroirs fidèles des espaces géographiques, des entités économiques et politiques, et des contradictions des sociétés humaines au sein desquelles ils se sont implantés et fonctionnent. Plus encore, ils sont de bons révélateurs des inégalités qui existent entre les hémisphères, les continents, les blocs, les aires culturelles et les nations, et donc des grands équilibres et déséquilibres du monde d’aujourd’hui ».

En réalité, les médias ont participé à la création d’un nouvel espace et ont imposé de nouveaux enjeux avec l’émergence des nouveaux outils de communication et d’expression. Ils constituent tout simplement un moyen de bouleversements considérable de la géopolitique mondiale après avoir commencé à jouer un rôle important dans les relations internationales et les situations de conflit.

Dans les conflits armés, leur utilisation s’affirme depuis la nuit des temps, à savoir la guerre mondiale, et est devenue un champ d’action spécifique de l’activité militaire. Le ministère de l’information Allemand Goebbels a découvert l’utilité des médias pour gagner la guerre du sens et la bataille de l’influence et ce en manipulant ou en influençant l’opinion publique.

Et Aymeric Chauprade, dans « Géopolitique, Constantes et changements dans l’histoire », publié en 2001, a souligné la guerre de l’information menée par les États-Unis pour orienter l’opinion publique des pays occidentaux durant les guerres du Golfe de 1990-1991 et du Kosovo. C’est ce que confirme aussi notre situation actuelle avec ce que nous avons vécu de cyber conflits et d’utilisation des médias sociaux dans les mouvements de contestations populaires à savoir le « printemps arabe ».

De ce fait, la géopolitique des médias s’impose ainsi, afin d’étudier les rivalités de pouvoirs entre les acteurs médiatiques, les systèmes d’influence des médias et le détournement de l’opinion publique et du discours des médias dans un contexte de conflits, etc. Il s’agit de la stratégie de contrôle, de développement des tensions et de réactions entre les acteurs.

Et si les médias sont utilisés ainsi en tant qu’instrument au service de l’État et exercent une capacité d’influence sur le comportement des opinions publiques, ne devrions-nous pas nous demander si la fausse rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari ne fait pas partie d’un projet de géopolitique de médias?

En fait, cette fausse rumeur a été propagée le lendemain de l’attentat de « Charlie Hebdo » qui a engendré la mort de douze personnes, y compris le directeur de la publication. Des terroristes ont été accusés et l’Islam a été mis en question. Bien que la majorité de la communauté française ait critiqué cet attentat, de nombreux Français ont été assez sévères contre les Musulmans. De plus, l’infodominance, dans sa dimension militaire, consiste à employer des moyens techniques pour connaître le champ de bataille et plonger l’adversaire dans le brouillard afin de le paralyser. La France ne cherchait peut-être pas à propager une vision du monde contre l’Islam, à travers sa chaîne étatique France 24?

D’un autre côté, certains internautes et spécialistes de conflits politiques supposent que l’affaire de « Charlie Hebdo » elle-même fait partie d’un plan politique international contre l’islam, avec l’émergence de l’islamophobie en l’Europe. Les puissances politiques ont tout simplement réussi à conceptualiser le fait événementiel, propager des discours d’influence et des images sensibles qui touchent les citoyens, dans le cadre de la transnationalisation, où la frontière entre les États tend à s’effacer dans les échanges y compris les échanges d’informations. Ainsi, de nouvelles formes de domination se distinguent, celles de la supériorité par le savoir, la prédation de l’information et la désinformation.

Aujourd’hui, Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, citoyens tunisiens et journalistes maintenus en otages alors qu’ils exerçaient leur profession, sont en danger. Pour que leur affaire ne soit plus utilisée au profit des conflits politiques, les autorités tunisiennes sont appelées à trouver des compromis avec les négociateurs. Tout le monde reconnait le rôle des médias au niveau de la création de la nouvelle infanterie du « soft power » et du champ de bataille de demain. Et rappelons alors ce qu’a déclaré le Président de la république tunisienne, Béji Caïd Essebssi: « Leur épreuve est devenue une cause nationale et nous ferons notre possible pour les libérer ».

Nouha Belaid

Ces criminels de « Charlie Hebdo » n’ont rien à voir avec l’islam

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NB: Ce papier a été publié dans le journal français « The dissident »

La majorité de la communauté musulmane des quatre coins du monde a toujours considéré les caricatures de l’hebdomadaire français « Charlie Hebdo » comme une « offense » faite aux Musulmans. Nombreuses sont d’ailleurs, les occasions pendant lesquelles cet hebdomadaire satirique a su provoquer cette communauté. Mais la réaction de cette communauté a été différente cette fois-si après avoir critiqué les actes barbares des terroristes.

Rappelons au début, ce qui a eu lieu dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, quand les locaux de Charlie Hebdo ont été la cible d’un incendie criminel provoqué par un cocktail molotov, après avoir annoncé que le numéro du 02 novembre 2011 du journal sera baptisé « Charia Hebdo », afin de « fêter la victoire » du parti islamiste Ennahdha en Tunisie, et ce en présentant des caricatures du Prophète. Et aussi le piratage ce jour là du site du journal, après avoir remplacé sa page d’accueil par une photo de La Mecque et des versets du Coran. Mais cet attentat du 08 janvier 2014 qui a surpris la communauté musulmane, a été un vrai choc.

En fait, dans le coran, c’est noté « Celui qui tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière et celui qui sauve une âme, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité entière. » Coran(52/32). Ce qui a poussé Tariq Ramadhan (philosophe, islamologue) à écrire sur sa page Facebook :

« Contrairement, à ce qu’ont apparemment dit les assassins dans l’attentat des bureaux de Charlie Hebdo, ce n’est pas le Prophète qui a été vengé, c’est notre religion, nos valeurs et nos principes islamiques qui ont été trahis et souillés.

Une condamnation absolue et une colère profonde (saine et mille fois justifiée) contre cette horreur!!!

Qu’il me soit permis d’exprimer ici ma profonde sympathie et mes sincères condoléances aux familles des victimes ».

Signalons que Tariq Ramadan n’était pas le seul qui a critiqué cet acte barbare commis par des terroristes qui ne représentant pas l’islam. Tous les Imams du monde arabe ont traité lors de la prière du vendredi, l’accident mortel de « Charlie Hebdo », en appelant les à combattre le terrorisme. Tous les politiciens des pays arabes ont adressé au nom de leurs peuples et de leurs partis politiques leurs sincères condoléances au Président de la France, François Hollande.

Mais les musulmans se demandaient au même temps si l’islam est une fierté étant donné que certains l’utilisent au profit de la barbarie. Ce n’est pas d’ailleurs, la première fois que des barbus, soit disant des islamistes attaquent des citoyens innocents ou des défenseurs de la liberté d’expression. Même le monde arabe en souffre énormément notamment après ce qu’on appelle « le printemps arabe ». Ce dernier a offert la liberté d’expression aux citoyens arabes mais il a aussi participé à l’émergence de ce genre de criminels cachés derrière le masque de l’islam et à l’instauration du terrorisme dans certains pays notamment la Lybie. Ce ne sont pas déjà des terroristes qui détiennent les deux journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Ktari ?

La liberté d’expression est un acquis et un droit à défendre. S’il y a eu ce « printemps arabe » c’est pour que les gens s’expriment librement. Mais le fait de refuser que notre religion soit touchée, ne nous donne pas le droit à tuer l’autre. « Charlie Hebdo » a critiqué aussi le judaïsme, le christianisme et autres religions. Ont-ils alors réagit de cette manière offensive à laquelle nous avions assisté ce 08 janvier 2015 ? Bien sûr que non. Nous devrons ainsi apprendre à vivre dans un Etat de droits et de lois.

Bref, toute la communauté musulmane présente ses sincères condoléances aux familles des victimes de l’attentat de Charlie Hebdo et au peuple français. Ces criminels de « Charlie Hebdo » n’ont rien à voir avec l’islam.

Nouha Belaid

Voir aussi  » L’Histoire de CHARLIE HEBDO »: