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[Journée Mondiale de la liberté de presse ] – Nouha Belaid, Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication: «Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques»

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N.B: Cet entretien a été publié le 03/05/2011, dans le journal algérien  » Chiffres d’affaires« 

Dans cet entretien, l’Universitaire tunisienne, chercheur en Sciences de l’information et de la communication, Nouha Belaïd, qui est pour rappel, titulaire en 2013, du Prix de l’excellence scientifique de l’Université de Manouba, dont le sujet était «la communication politique sur les réseaux sociaux», nous livre son analyse de la situation de la presse écrite, et de l’évolution des médias, notamment dans l’espace maghrébin, où elle estime que beaucoup reste encore à faire, pour parler d’une réelle liberté de la presse. Notre interlocutrice, qui ne se fait pas de mirage, estime toutefois que si la situation actuelle, à l’ombre des événements politiques qui caractérisent notre époque, en plus des évolutions technologiques, suppose une refondation, il n’est pas pour autant acceptable de conclure à la fin de la presse écrite. Pour elle: «nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média qui est la gazette.» 

Le Chiffre d’Affaires: La presse écrite vit actuellement l’une des plus difficiles étapes de son histoire, avec notamment l’avènement des nouvelles technologies, pensez-vous que nous assistons à la fin de la presse écrite et du journalisme «classique»?

Nouha Belaid: Bien que la presse écrite ait vécu plusieurs contraintes qui ont poussé certains titres à abandonner la scène médiatique, nous ne pouvons jamais confirmer la disparition du plus ancien média, qui est la gazette. Avec l’apparition d’Internet et du numérique, les médias ne sont pas nécessairement menacés de disparition, mais, pour se maintenir à flot, ils doivent se transformer, radicalement.

A un certain moment, avec l’invention de la télévision, certaines gens pensaient que la Radio disparaitra au fil des années. Il s’est avéré après, que chaque média a son propre public. Il suffit tout simplement, de développer les moyens de distribution du journal papier.

Ensuite, les nouvelles technologies présentent un outil efficace qui pourra être utilisé en faveur de la presse écrite. Aujourd’hui, à l’ère de la convergence médiatique, nous assistons à l’usage des canaux électroniques, pour propager les journaux papiers et ce, via les sites Internet, les plateformes et les applications mobiles.

Il ne faut pas opposer le papier au numérique. C’est une bataille d’arrière garde, d’autant plus qu’ils ne devraient pas être en guerre. Le journalisme classique ne touchera jamais à sa fin. Il a plutôt profité de ses nouvelles autoroutes d’informations, pour toucher un large public.

Nous célébrons la Journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai, quelle lecture faites vous de la situation des médias en général, et particulièrement de la liberté de l’exercice du métier de journaliste, notamment au Maghreb?

Le 03 mai est certainement une occasion pour rappeler ceux qui détiennent le pouvoir de l’importance de la liberté de presse, pour un pays démocratique ou qui se voit démocratique. Mais un jour ne suffit pas pour célébrer cette cause universelle, surtout dans le monde arabe et plus précisément, au Maghreb. En 2015, tous les pays du monde, démocrates et dictateurs, ont vécu des manifestations qui critiquaient l’attaque barbare contre le journal satirique français «Charlie Hebdo». Bien que l’Islam ait été attaqué, la liberté d’expression se confirmait et le terrorisme était refusé dans un Etat comme la France, là où les valeurs de la République libre et démocrate s’apprennent à l’école et on y tient très fort. Or, pour assurer la liberté du journalisme dans les bonnes conditions, des institutions sont appelées de temps en temps, à rappeler les acteurs de la scène médiatique pour qu’ils respectent la déontologie du métier, et d’autres sont appelées à réguler les médias, selon le code de presse mis en place.

Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le Monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef, fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux journalistes tunisiens Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari fussent torturés en Lybie, pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc…

Au Maghreb, le métier du journalisme est régulé par des institutions, à savoir les conseils de presse, les autorités de régulation de l’audiovisuel, les syndicaux, les Associations nationales et internationales etc… Mais avant de mettre en place une institution de régulation, le régime politique mis en place devrait être le protecteur de cette liberté du journalisme. Je ne vois pas alors de liberté de la presse dans le monde arabe, tant qu’il existe une chaine télévisée comme Al Jazira, qui fait de la propagande pour un régime dictateur, tant qu’un présentateur talentueux comme Bacem Youssef fut arrêté pour avoir critiqué le Président, tant que deux Journalistes tunisiens, Soufiene Chourabi et Nadheer Ketari, fussent torturés en Lybie pour avoir été à la recherche d’une vérité, tant que les agressions contre les journalistes se poursuivent en Tunisie etc… Il nous reste beaucoup de choses à faire, dans le Monde arabe et précisément au Maghreb, pour parler d’une liberté réelle de la presse. Nous sommes encore mal classés à l’échelle internationale.

L’expérience tunisienne en matière de liberté d’expression est édifiante, pouvez-vous nous donner un aperçu sur cet évolution, et les contraintes éventuelles, à l’ombre des chamboulements politiques dans le pays?

Malheureusement en Tunisie, post révolutionnaire qui se voit pays des libertés, notamment suite aux premières élections démocratiques dans son histoire, et selon le rapport mensuel du Centre de Tunis pour la liberté de la presse (CTLP), nous enregistrons encore des agressions contre les Journalistes tunisiens.

En mars 2015, publié dans le rapport mensuel du CTLP: «De la gifle à l’agression violente, en passant par l’exhibition de l’arme devant la caméra… les politiques tout autant que les agents de sécurité et le public sportif, soumis à l’influence de l’incitation contre les journalistes, sont devenus, désormais, complices dans les violations à l’encontre des journalistes, qui caractérisent le mois de mars 2015».

Mentionné aussi dans ce rapport qu’au cours de ce mois de mars 2015, 24 agressions ont été commises sur les employés, dans le secteur de la presse ayant porté atteinte à 31 personnes, dont 13 journalistes femmes et 18 hommes exerçant dans 07 chaines de télévision (TNN, La nationale Une, Nesma TV, Hannibal, Telvza TV, Al Jazeera et Al Âhd irakienne), 03 radios (MFM, la Chaîne nationale et Mosaïque Fm), 04 journaux (Echourouk, Akhbar Al Jomhouria, Ettounissiya et Essahafa), 03 sites WEB (Tanit Presse, Web Hebdo et Journalistes sfaxiens) ainsi qu’un journaliste indépendant.

«Les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place, existent encore et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias.»

Cela ne veut pas dire que la Tunisie actuelle, n’est pas un pays de liberté. Bien au contraire, les journalistes sont devenus beaucoup plus revendicatifs et cherchent à arracher leurs droits, que ce soit à travers les manifestations ou à travers les débats qu’ils mènent dans les plateaux télévisés, ou radiophoniques, ou leurs articles qui critiquent de temps en temps les décisions des hommes au pouvoir.

De plus, les Journalistes tunisiens sont devenus plus unis autour de leurs causes communes. Et cela a été remarquable pendant de nombreuses occasions, afin de défendre leur liberté d’expression. Mais les journalistes proches du régime mis en place existent encore, et les médias de propagande politique s’imposent, car cela fait partie du paysage politique. Le quatrième pouvoir a été toujours visé par les hommes politiques, ce qui pousse certains parmi eux, à détenir quelques médias. Nous ne pouvons pas nous en passer, car une expérience démocratique se base sur le pluralisme d’idées et de mouvements politiques. Le journalisme, au vrai sens du mot et à l’instar des expériences démocratiques étrangères notamment celle du pays de Montesquieu et Voltaire, est en train de se réformer et les journalistes sont en période d’apprentissage.

La formation des journalistes, et autres professionnels des médias, semble épouser des modèles nouveaux, souvent en adéquation avec le besoin d’un marché qui se veut en permanente évolution, quelle lecture faites vous de l’évolution de la formation dans ce domaine?

La formation en journalisme a évolué en Tunisie, notamment après le 14 janvier 2011. Jadis, la formation académique en journalisme se limitait à l’université publique, mais aujourd’hui, étant donné que le pouvoir mis en place est appelé à encourager la liberté de la presse, la Tunisie a vécu l’émergence des universités privées en journalisme. Ces nouvelles universités de journalisme ont essayé de rompre avec la méthode classique d’enseignement de cette discipline et ce, en adaptant le contenu d’enseignement aux besoins du marché, surtout que le journalisme est un métier de terrain, avant d’être un métier de théories. Le régime de Ben Ali ne voulait pas que les journalistes soient bien formés et instruits, pour qu’ils ne soient pas critiques, mais il cherchait à les rendre des personnes soumises, ce qui explique l’absence du professionnalisme en matière d’investigation journalistique, auprès de la majorité des diplômés de l’ancienne école de journalisme en Tunisie. Aujourd’hui, ce sont les jeunes diplômés en journalisme, qui maitrisent ce genre journalistique qui cherche à relever les défis et présenter le non-dit.

De même, les Journalistes tunisiens ont profité de plusieurs opportunités de formation professionnelle à l’étranger. Plusieurs organismes étrangers ont d’ailleurs présenté aux Journalistes tunisiens, des cycles de formations gratuits, sous prétexte qu’ils participent à l’édifice d’une Tunisie libre et démocrate, à savoir CFI, DW, France Télévision, Fondation Hirondelle etc… Certains journalistes ont appliqué les nouvelles connaissances dans leurs pratiques journalistiques et d’autres se sont limités au certificat reçu, sans que la formation ait un résultat concret.

L’absence de passerelles réelles entre les médias des différents pays de l’espace maghrébin, pose une vraie problématique d’incompréhension chez les populations de lecteurs. Ne pensez-vous pas qu’il serait nécessaire d’engager de nouvelles démarches de rapprochement, et même pourquoi pas, de lever les barrières juridiques dressées par les Etats, afin de mieux favoriser la communication et la liberté d’expression?

La Chaine tunisienne «Nesma Tv» est le projet du Grand Maghreb et dont l’objectif est de réunir la population maghrébine, qui partage des traits communs. Penser à lancer un journal maghrébin est aussi une bonne idée, à concrétiser, au moment où la presse écrite traverse une crise. Ce jumelage pourra être une solution face aux défis économiques, puisque cela permettra au journal de toucher un public plus large.

«La liberté de communication entre les Etats ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie.»

Et puis la liberté de communication entre les Etats, ne dépend pas des barrières juridiques, mais plutôt des régimes mis en place dans les différents pays membres. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas établir une comparaison entre un régime royal tel que celui du Maroc,  un régime présidentiel tel que celui de l’Algérie, un régime parlementaire tel que celui de la Tunisie et un régime de communautés, tel que celui de la Lybie. Nous ne sommes pas encore en période d’ouverture médiatique sur d’autres horizons, mais plutôt de réformes médiatiques au sein de notre pays. Il faut commencer par se corriger soi-même et penser ensuite à établir un modèle maghrébin, qui rassemble tous les pays du Maghreb. Nous partageons un vécu riche de traditions et de coutumes, mais nous n’avons pas la même vision politique. Les médias sont le miroir du régime politique mis en place. Donc, il faut bâtir un régime solide dans chaque pays, qui encourage la liberté d’expression et pensons après à l’union médiatique maghrébine, qui partage les mêmes objectifs.

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Les JCC 2016 – Une meilleure organisation pour une visibilité internationale

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N.B: Cet article a été publié le 11/12/2014 dans le journal électronique Espace Manager

La Tunisie a vibré du 29 novembre 2014 au 07 décembre 2014 au rythme des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC  2014). 

Il s’agissait d’une panoplie de films (195 films provenant de 45 pays), ainsi que d’une ribambelle d’invités de marque et un jury d’exception. Parmi les membres du jury, certaines pointures ont été présentes dont Danny Glover, invité d’honneur de cette édition. Des icones du cinéma arabe ont été présentes à savoir Leila Alaoui, Mena Chalabi, Dorra Zarouk et Saba Moubarek.

 Et, grâce aux JCC, les salles de cinéma ont accueilli plus  de 1000 visiteurs. Tunis et ses salles de cinéma bondées même à 14h, situées pour la plupart sur l’avenue Habib Bourguiba, dont le Théâtre municipal, le Colisée,  le Mondial, le Rio et l’ABC affichent souvent complet à chacune des trois ou quatre projections programmées quotidiennement à la faveur des Jcc.

Le prix du  billet était à la portée :1D500 pour un voyage dans le monde du septième art. Sinon, les jeunes de moins de 25 ans ont profité d’un abonnement de 20 D et ceux qui ont plus de 25 ans, ont profité d’un abonnement de 25 D.

Une édition spéciale

Bien que  cette  édition soit critiquée pour la mauvaise organisation, la qualité de certains films qui ont été acceptés par le jury et le rejet de certains autres qui verront le jour après cet événement,  cette édition avait certainement son charme, et ce, sur plusieurs plans.

Les moments forts des JCC 2014

Les moments forts des JCC 2014

Tout d’abord, pour une première fois, les JCC ont eu lieu dans différentes régions de la Tunisie, là où il y a des salles de cinéma. De façon que   toutes les villes de  la Tunisie vibrent sous le charme de cet événement.

Ensuite, les JCC ont eu lieu cette année à un moment décisif de  la vie politique en Tunisie. Les Tunisiens viennent de finir le 1er tour des élections présidentielles et s’apprêtent au 2ème. Cet événement a détourné ainsi la concentration du peuple vers la culture. Mais la politique était déjà présente dans la plupart des films projetés (la cause palestinienne, la colonisation française en Algérie, le printemps arabe, etc.).

C’est une ambiance marquée malgré tout par une actualité politique dense à la veille d’un scrutin déterminant. Et, malgré les élections, cette édition a connu une forte affluence du public ce qui témoigne de l’ancrage de l’événement dans la société tunisoise qui s’offre ainsi une parenthèse culturelle à quelques encablures d’une consultation électorale censée donner le premier président démocratiquement élu depuis l’accession de la Tunisie à son indépendance en 1956.

De même, certaines figures politiques ont marqué leur présence au cours de ce festival à savoir Hamma Hammami, Lina Ben Mheni et autres… Ils ont assisté aux films qui traitaient de la situation politique en Tunisie.

Et dans tous les débats organisés dans le cadre de ce festival, la politique était au cœur du sujet car dans un pays où il n’y a pas une bouffée de liberté, la création artistique ne peut pas se développer. L’actrice égyptienne Leila Alaoui, a déclaré  dans une conférence qu’elle a animée la veille de la soirée de clôture du festival qu’elle n’aime pas parler de la politique mais elle déteste le Président Egyptien déchu Morsi, et ce en rappelant au public présent que les artistes étaient les premiers en Égypte a avoir appelé Morsi à quitter le pouvoir. C’était dans le cadre du mouvement « Tamarod », en juin 2013.

Le troisième point qui a donné à ce festival un charme spécial, c’était l’animation qui a eu lieu à l’avenue Habib Bourguiba. Nous avons toujours entendu parler de « Paris en fête », « Amsterdam en fête » et  cette fois-ci , Tunis était en fête de 18 h jusqu’à  minuit. Le public des JCC avait un rendez-vous quotidien avec un concert de rue, en face de l’horloge de l’avenue Bourguiba.

Le studio de rue de la radio tunisienne privée IFM

Le studio de rue de la radio tunisienne privée IFM

De son coté, la radio privée tunisienne IFM a installé son plateau de rue en face de l’hôtel accueillant les invités des JCC sur un plateau spécial, assurant une animation continue avant les projections de l’après-midi.

La chaine nationale publique WATANIA 1 n’a pas raté ce rendez-vous et un plateau a été installé au milieu de l’avenue de Habib Bourguiba. Et pour la première fois, le public a assiste en direct à  un tournage d’une émission de rue.

Il s’agit de Tunis, l’effervescence et  l’insouciance. Et tous ces jeunes qui sourient  et ces citoyens qui respirent à pleins poumons pour ne rater aucun événement.

Absence de communication

L’organisation de ce festival, pendant cette période critique que traverse le pays, était un pari risqué, notamment sur le plan financier. « Si ce n’est la volonté du staff qui a fait preuve de « militantisme » pour ne pas rater ce rendez-vous, très attendu par les cinéphiles tunisiens, a expliqué, Dora Bouchoucha, directrice de ces Journées. D’ailleurs, comme à l’accoutumée beaucoup de jeunes étudiants en réalisation, en art dramatique et autres disciplines se sont présentés volontiers pour être membre de l’équipe d’organisation.

De même, beaucoup de journalistes étaient présents que ce soit au moment des projetions de films ou à l’hôtel Africa pour des interviews des acteurs ou des réalisateurs présents. Mais cela n’étai pas suffisant comme outil communicationnel pour promouvoir l’image du festival à l’échelle internationale.

Au début du festival, les informations étaient publiés sur Internet avant même de lancer la conférence de presse. Mais à partir du moment où le programme du festival a été lancé, aucune information n’a été communiquée au public à part quelques photos de mauvaise qualité et des textes vides d’informations. La page Facebook du festival  n’a publié aucune information depuis la date du 19 octobre 2014.

Même le bulletin  de presse quotidien s’est absenté au cours de ce festival alors que les journalistes et les cinéastes avaient l’habitude de trouver le numéro quotidien du bulletin au bureau de presse.

S’agit-il d’une équipe de presse qui n’assume pas sa tâche communicationnelle à cause de ses compétences moyennes ou d’un bureau de presse qui n’a pas les moyens  pour gérer un plan communicationnel d’un festival international ?

Au cours de ce festival, la presse s’est limitée à informer le public des dates de projection ou des déclarations des acteurs ou des réalisateurs. La critique cinématographique journalistique n’était pas assez présente dans les retombées médiatiques (pour ne pas dire absente) du festival et c’est certainement dû aux compétences des journalistes présents qui traitaient l’information culturelle à la manière de la « Presse People ». Ils ne posaient que des questions basiques (Êtes-vous satisfait de ce film ? Quel est votre prochain projet ? Vous vivez une histoire d’amour ?). Et on se demandait ainsi si les journalistes qui ont couvert ce festival connaissent les genres du film et possèdent une culture cinématographique assez riche qui leur permette de couvrir un festival de cinéma.

On ne peut pas se limiter à critiquer les retombées du festival qui n’ont pas été de grande valeur mais il faut aussi se poser la question si l’équipe de presse a assumé efficacement son rôle. Malheureusement, les journalistes ont été maltraités. Comment et pourquoi ?

Bien qu’ils eussent des badges, les journalistes crédités étaient appelés à réserver un billet auprès du bureau de presse avant la vision du festival. Ce qui nous pousse à nous poser la question : A quoi sert le badge alors ? Sert –il à franchir la porte de l’hôtel Africa, là où se croisent les acteurs du festival ?

Pire encore, si vous demandez à un membre du bureau de presse un rendez-vous avec un acteur du festival, il sera surpris. A son avis, c’est à vous de vous débrouiller. Mais, il parait que l’attaché de presse a oublié que sa mission ne se limite pas à distribuer les billets ou envoyer un email aux journalistes mais aussi à faciliter la tâche des journalistes au niveau des interviews. A vous d’imaginer la situation si la directrice du festival avait un planning presse clair, ce qui permettra à tous les médias d’avoir des réponses à leurs questions.

Une mauvaise stratégie de visibilité

Le 03 décembre 2014, une table ronde s’est tenue à l’hôtel Africa et qui a porté sur l’enjeu crucial pour la survie du secteur du cinéma dans la région africaine et le problème de la visibilité des films africains dans les festivals européens.

Il s’agit certainement de prendre en considération la stratégie de communication et de marketing au cours du processus de distribution. Malheureusement, en Afrique, nous n’accordons pas une assez grande importance à cette étape. Tous les efforts sont mobilisés autour de la phase de production et nous nous limitons à assurer le passage du film dans des festivals internationaux et sa projection dans le pays d’origine, alors qu’un film peut survivre plusieurs années et rapporter beaucoup d’argent.

C’est le cas, en Tunisie, pour le long métrage « Bastardo » dont la réussite est due, entre autres, à une bonne campagne de marketing et de communication au point qu’il a affiché complet au cours des JCC 2014 alors qu’il a été lancé depuis plus d’une année.

Ensuite, la survie du secteur du cinéma est liée d’une part à la survie des salles de cinéma et d’autre part à la pérennité des festivals. Mais les deux se retrouvent autour du même objectif « sauver le cinéma ».

Dans le cadre de la préparation de la 25ème édition des JCC, une journée d’étude a été organisée au mois de novembre 2013 et à laquelle ont participé Fethi Kharrat, le Directeur Général des arts scéniques et de l’audiovisuel au ministère de la culture,  Adnane Khedher, Directeur Général du centre national du cinéma et de l’audiovisuel, partenaire actif de l’édition et des représentants d’un bon nombre d’associations, associées de cette biennale. Et à l’occasion de cette journée, les présents ont discuté des moyens et des dispositions à prendre pour faire réussir l’édition 2014. Mais, ils se sont tous fixés des objectifs liés à cette édition et personne n’a parlé de la 26ème édition. Par contre, si nous voulons réussir un festival, il faut penser au long terme.

Certainement, au cours de la 25ème édition, des discussions à propos de la prochaine édition du festival ont été entamées mais la campagne de communication de cette édition était trop faible, en comparaissant à des festivals internationaux. Et c’est en réussissant à promouvoir l’image de cette édition qu’on assurera la réussite de la prochaine. D’ailleurs, comment peut-on gagner plus de recettes publicitaires ? Ce n’est pas en attirant le maximum de public.

Et prenons l’exemple d’un festival voisin, celui de Marrakech. Ce festival possède un site  toujours meublé avec les derniers détails du festival. Sa page Facebook et son compte Twitter sont toujours actualisées. Sinon, les promos des films sont toujours publiées en ligne avant la projection du film, ce qui permettra au public de bien choisir son film. Chez nous, le catalogue des films n’est pas  à la portée de tout le monde. On le donne en cachette. Par contre, Internet pourrait résoudre le problème en publiant une version électronique de ce catalogue. De même, un service de presse de qualité est mis à votre disposition et composé de trois groupes : le groupe de la presse arabe, le groupe de la presse nationale et le groupe de la presse internationale. Sinon, vous pouvez les contacter par email (information déjà publiée sur le site). Ils représentent trois agences différentes de communication. Et chacune a sa propre équipe.

En plus, la chaine vidéo  du festival sur le réseau social Viméo  trace instantanément les moments forts de ce festival avec un montage d’excellente qualité. Des images qui vous font rêver de croiser ces vedettes montées sur scène et il suffit de s’abonner à la chaine pour suivre les nouveautés en vidéo du festival.

Et dans une rubrique intitulée « Cinémaroc » sur le site du festival, on vous dit « Le Maroc et le cinéma, Une histoire prometteuse ». Vous pouvez ainsi visionner des vidéos qui font l’éloge du cinéma marocain jusqu’à ce qu’on se demande : Est-il plus vieux que le cinéma égyptien ? Ou même tunisien ?… Bien sûr que non mais ils ont fait de leur cinéma une industrie culturelle reconnue à l’échelle internationale et tout le monde rêve de passer par le festival de Marrakech.

Bref, l’équipe du festival de Marrakech ne se limite pas à l’effort des journalistes accrédités mais elle essaye de promouvoir l’image du festival qui est devenue la destination la plus appréciée dans le monde arabe des cinéastes de différents pays du monde.

En ce qui concerne la visibilité des films africains dans d’autres festivals, la langue n’a jamais présenté un problème ni la culture aussi car le public cherche toujours à connaitre d’autres horizons. Il s’agit de savoir comment promouvoir ses films avant qu’ils ne soient affichés sur les programmes des festivals.

Une conférence de presse pour informer le public du lancement du film, peut être bénéfique pour faciliter la circulation du nom du film. Certains ont  recours à des panneaux d’affichage dans les rues et d’autres pensent qu’une vidéo de promotion diffusée sur Internet peut faire l’affaire. On peut même créer une page Facebook pour le film et assurer des rencontres dans des maisons de culture pour discuter le film.

Les moyens sont toujours très nombreux mais il faut leur consacrer un budget dans le plan de financement car la mission du producteur ne se limite pas à la production mais la distribution demeure aussi une étape importante.

Le web, un moyen de distribution d’un film

En Grande Bretagne, on commence aussi à parler du « web cinéma ». Et si le réalisateur d’un film crée une plateforme payante, au lieu d’aller à la salle de cinéma, vous pouvez  avoir accès au film en payant en ligne. Si l’expérience a réussi avec d’autres médias, à savoir la presse électronique, cette expérience ne pourra pas réussir avec le cinéma ? A vous d’imaginer ensuite combien ce producteur pourra gagner s’il a ajoute des spots publicitaires au passage du film ou même des insertions publicitaires.

Les salles de cinéma sont en train de disparaitre. Certes, il faut les sauver mais il faut chercher aussi les raisons pour lesquelles le public les fuit. Et si le public ne rejoint plus ces salles au cours de l’année, nous devons chercher une solution pour aller chez lui. Le web présente ainsi, une solution. Mais il faut savoir comment l’utiliser.

L’usage du web au profit de la télévision s’est développé ces dernières années. Peut être faut-t’il suivre les mêmes techniques pour réussir à distribuer un film ?

En fait, le web peut nous inspirer plusieurs idées : des applications pour des usages mobiles sous forme de QCM à propos du film, des « live chats » avec les acteurs du film, etc. Ils sont tous des moyens pour pouvoir le film et assurer sa notoriété.

Pour conclure,  indépendamment des exclus, des mécontents et des déçus, il faut se réjouir que ce rendez-vous avec le 7ème art  soit devenu incontournable. Il faut développer les moyens pour assurer la visibilité des JCC à l’échelle internationale et sa continuité à l’échelle nationale.

C’est au Ministère de la Culture de déposer un plan de communication pour assurer la visibilité du festival à l’échelle internationale. Les JCC pourront même avoir lieu à Paris, en Belgique ou aux Etats Unis. Nombreuses sont les idées mais à chaque fois que le ministre change, une nouvelle équipe s’impose et on revient à zéro. Le travail à long terme devrait s’instaurer dans le plan d’action de nos ministères pour assurer la survie des projets notamment de nos festivals. Et n’oublions pas « La culture est la force humaine qui découvre dans le monde les exigences d’un changement et lui en fait prendre conscience» (Jean Paul II).

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JCC 204 – Le Palmarès officiel

*Sur les 19 longs-métrages de la compétition documentaire, ont été primés :


Tanit de Bronze : El Gort de Hamza Ouni (Tunisie)
Tanit d’Argent : Examen d’État de Dieudo Hamadi (RDC)
Tanit d’Or : The Wanted 18 d’Amer Shomali et Paul Cowan (Palestine)

*Sur les 16 films de la compétition courts-métrages, ont été primés :

Tanit de Bronze : Les jours d’avant de Karim Moussaoui (Algérie)
Tanit d’argent : Madama Esther de Luck Razanajaona (Madagacar)
Tanit d’or : Peau de Colle de Kaouther Ben Henia (Tunisie)

*Sur les 15 longs-métrages de la compétition longs-métrages, ont été primés :

Prix Jury Jeune : Omar de Hany Abu-Assad (Palestine)
Prix du Public : Omar de Hany Abu Assad (Palestine)
Meilleur actrice : Suzan Ilir pour son rôle dans Before Snowfall de Hisham Zaman (Irak)
Meilleur acteur : Khaled Benaïssa pour son rôle dans L’Oranais de Lyes Salem (Algérie)
Meilleur scénario : Omar de Hany Abu Assad (Palestine)
Tanit de Bronze : Before Snowfall de Hisham Zaman (Iraq)
Tanit d’argent : C’est eux les chiens de Hicham Lasri (Maroc)
Prix Spécial Jury : Des étoiles de Dyana Gaye (Sénégal)
Tanit d’Or : Omar de Hany Abu Assad (Palestine)

 

Nouha Belaid

@Crédits Photos: Hamza Trabelsi