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Tunisie : La formation au journalisme dans le besoin d’une réforme académique réelle

N.B : Cet article a été publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme

Il semble difficile d’assurer un changement énorme dans les institutions médiatiques en Tunisie, si les écoles de formation au journalisme n’ont pas déjà changé leurs stratégies pédagogiques. Ceci a été confirmé par Michel Leroy dans sa dernière étude portant sur la formation au journalisme en Tunisie.

En réalité, cette étude ne s’est pas limitée au journalisme mais son champ a été élargi à la formation diplômante à la communication, aux filières connexes du multimédia et de l’audiovisuel et aux départements de langues offrant une spécialité en journalisme, en tenant compte des acteurs d’apprentissage des secteurs privés et publics.

Dans une première partie de cette étude, l’auteur a présenté de manière factuelle les principales parties prenantes de la formation diplômante au journalisme en Tunisie, entre un opérateur historique, l’Institut de Presse et des Sciences de l’information (IPSI), qui a de facto perdu son monopole et ce qu’il est convenu d’appeler un « vrai-faux univers de concurrence ».

Dans une autre partie, l’auteur a mis l’accent sur la capacité institutionnelle, la viabilité, la stratégie et le potentiel des formations diplômantes offertes par les institutions privées et publiques, et ce, à travers l’examen des trois secousses qu’elles ont dû encaisser, à des degrés divers :

**L’écosystème de l’enseignement supérieur tunisien ;

**Le processus de Bologne se manifestant à travers le système « LMD », qui n’a pas seulement transformé radicalement les grades ;

**La transition démocratique issue des événements de 2011 et aux velléités de « restauration autoritaire».

Dans une dernière partie intitulée « le défi de l’introuvable professionnalisation» , Michel Leroy a évalué le degré d’adéquation des formations aux besoins actuels et prospectifs des médias en analysant les interactions avec la profession.

Certaines pistes de réformes possibles ont été ainsi proposées, à savoir :

**Doter les institutions formant les futurs journalistes d’une stratégie explicite, basée sur des objectifs de compétences à transmettre et non exclusivement sur des moyens disponibles ;

**Développer des outils d’évaluation, afin de permettre de suivre les cohortes formées et leur insertion dans le monde professionnel ;

**Redynamiser une recherche appliquée sur les métiers du journalisme et sur les besoins prospectifs du secteur.

Les vingt-cinq pistes de réflexion pour une meilleure formation en journalisme

A l’issue de cette étude, 25 pistes de réflexion ont été tirées pour une meilleure formation en journalisme, dont la majorité de ces pistes concerne l’IPSI en tant que la seule institution publique qui forme au métier du journalisme, à savoir :

1-En tant qu’une institution publique, l’IPSI est appelé à lancer un mastère majoritairement ouvert à toutes les filières, pour attirer les meilleurs profils formés par d’autres universités du pays.

2-Diversifier les épreuves du concours d’entrée et ce, en incluant un oral destiné à valoriser la démarche professionnelle des candidats.

3-Mise en place d’une filière en horaires aménagés (cours du soir ou de fin de semaine), de la part des centres de formation au journalisme diplômants.

4-Accorder une dimension sociale aux associations des anciens des établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias tel que l’Amicale de l’IPSI, en collectant des fonds parmi leurs membres pour mettre en place des aides exceptionnelles au profit des étudiants méritants afin qu’ils puissent poursuivre leur) scolarité à Tunis.

5-Les centres de formation au journalisme diplômants devraient veiller à renforcer les capacités pédagogiques de leurs enseignants sur des contenus techniques ou innovants, sur le modèle des formations de formateurs initiées pour les journalistes professionnels.

6-Assurer la circulation des enseignants d’un centre ou d’une faculté à l’autre au sein de la même université, ce qui permettrait de s’ouvrir sur de nouvelles compétences et d’irriguer d’autres secteurs avec l’expertise des sciences de l’information et de la communication.

7-A l’heure de l’ouverture de l’université à son environnement économique, de nouvelles méthodologies devront être mobilisées (cours en co-construction, incubation de projet, etc.) ainsi qu’une évaluation régulière de la pédagogie impliquant les apprenants

8-Conformément aux recommandations de l’INRIC et à la politique engagée depuis quelques années, il convient de poursuivre la réduction du nombre d’admis à l’IPSI.

9-Au niveau licence comme au niveau mastère, l’IPSI gagnerait à simplifier son offre avec un diplôme unique au journalisme, afin d’éviter de disperser ses efforts et de se concentrer sur la réforme des contenus d’enseignement.

10-Le développement scientifique de l’IPSI en mettant en place laboratoire pluridisciplinaire, avec des règles définies, des fonctionnements démocratiques et transparents, qui favorisent la collaboration et l’émulation, et en relançant sa revue.

11-Un mastère en journalisme devrait être ouvert à la fois à l’investigation, à l’audiovisuel et au multimédia, pour profiter des bonnes pratiques initiées ces dernières années en la matière.

12-La mise en place de la fonction du « maître de stage » vu l’importance du stage en milieu professionnel dans les cursus académiques. Ceci doit renforcer la préparation et l’encadrement de ce moment fort de la vie de l’étudiant, afin de préparer au mieux son entrée dans la vie professionnelle.

13-Récréation du « conseil scientifique » afin de renforcer les liens de l’IPSI avec le milieu professionnel.

14-Afin de permettre une réelle capitalisation, les réunions de concertation pédagogiques devraient faire l’objet d’un compte-rendu qui puisse être partagé et discuté.

15-Les établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias devraient profiter des opportunités d’innovation pédagogique proposées par les parcours co-construits.

16-Solliciter des commissions nationales sectorielles mixtes de la part des les établissements d’enseignement supérieur proposant des formations aux métiers des médias, pour l’homologation de leurs parcours de formation.

17-Mettre en place un Centre de carrières et de certification des compétences (4C) chargé de mettre en contact les employeurs avec les étudiants et les diplômés.

18-Tout travail de reconstruction suppose un indispensable inventaire du passé. L’anniversaire de l’IPSI présente une opportunité de procéder à cet exercice de manière dépassionnée, participative et plurielle, afin d’éviter la résurgence de crises douloureuses.

19-Les grands opérateurs tunisiens de formation, qui dépendent de l’aide internationale pour leur rééquipement, devraient au préalable définir un document d’orientations stratégiques qui facilite le travail aux bailleurs des fonds.

20-Reconfiguration des acteurs chargés d’octroyer la carte d’identité professionnelle, pour une étude meilleure des profils et notamment ceux des nouveaux titulaires de cette carte.

21-Sur les questions d’actualité qui touchent le secteur, l’IPSI pourrait inviter les praticiens à une conférence annuelle portant sur « les nouvelles pratiques du journalisme ».

22-La tenue d’états généraux ouverts à l’ensemble du secteur, formations diplômantes et certifiantes incluses, afin de déterminer la meilleure « trajectoire de ré-enchantement», que ce soit un état des lieux des métiers (sous la forme d’une cartographie nationale des journalistes) ou une étude des trajectoires des anciens étudiants ou une étude sur les besoins des médias.

23-Les écoles de journalisme devraient établir, en plus du curriculum général qui correspond pour l’essentiel aux standards du secteur, la liste exhaustive des cours que ces compétences supposent.

24-La collaboration académique et professionnelle doit se développer que ce soit à travers l’atelier de production ou l’encadrement des mémoires.

25-La formation des professionnels adéquats pour un changement réel dans les établissements médiatiques.

Notons que cette « recherche-étude sur la formation au journalisme en Tunisie » a été produite dans le cadre du programme d’appui aux médias tunisiens (Pamt-Media Up) financé par l’Union européenne, dont l’objectif principal est de « renforcer le secteur des médias professionnels en Tunisie et garantir la diffusion d’une information indépendante et plurielle garante de la liberté d’expression » notamment à travers des activités bénéficiant de mise à disposition d’expertise.

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Le transmédia en Tunisie : des pratiques transplateformes de quelques organisations à l’ère des médias sociaux

Crédit photo @immerse

Remarque : Cet article a été publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme

Le domaine des sciences de l’information et de la communication ne cesse de se transformer et de se recomposer, en raison du développement des supports numériques (smartphone, tablette, etc.). Ces derniers ont participé à la recomposition du champ de la communication et à l’émergence de nouvelles stratégies de communication, adoptées par les organisations.

Nous sommes passés ainsi de l’ère du « plurimédia » à l’ère du « transmédia », car au-delà de la transformation du contenu et de l’écriture médiatique, le champ de la communication repose de plus en plus sur des médias participatifs nouveaux facilités par les outils numériques (Facebook Live, Storify, hashtag, etc.)

Aujourd’hui, la stratégie de « transmédia » s’impose. Il s’agit de « cette pratique qui consiste à développer un contenu narratif sur plusieurs médias en différenciant le contenu développé et les capacités d’interaction en fonction des spécificités de chaque média ».

Cette synergie entre les médias permet de prolonger et enrichir le contact. Le plus souvent, le média complémentaire est Internet, car il permet de l’interactivité, ne limite pas l’information transmise et permet également la collecte d’information sur l’audience. À titre d’exemple, au cours d’une campagne télé, nous pouvons renvoyer le téléspectateur vers une vidéo en ligne ou vers un jeu sur Internet.

Exemples de campagnes transmédiatiques tunisiennes

En Tunisie, nous avons vécu ces dernières années des transformations majeures suite au développement des pratiques des Tunisiens sur le web et à l’émergence des médias sociaux, ce qui a engendré de nouvelles types de campagne de communication lancées par les organisations tunisiennes ces dernières années.

Nous avons ainsi étudié la stratégie de communication adoptée par quelques organisations tunisiennes (étatiques, publiques et privées) actives dans différents domaines à savoir : la chaine « Nesma TV », le Ministère Tunisien du Tourisme et de l’Artisanat et l’entreprise Délice Danone.

Il s’agit d’une part, de définir les pratiques transplateformes et examiner l’implication de ces organisations dans les plateformes du web social et d’autre part, d’étudier le rôle du public récepteur dans la campagne.

**Campagne de « Discover Tunisia»

Cette campagne a été lancée par le Ministère Tunisien du Tourisme et de l’Artisanat afin d’inciter les Européens à visiter la Tunisie.

Ainsi, une web-série filmée par des bloggeurs étrangers originaires de différents pays du monde (Grande Bretagne, France, Italie et Allemagne) et dont l’intitulée est « True Tunisia », a été diffusée sur la chaine YouTube « Discover Tunisia ».

En fait, les bloggeurs ont fait le tour de la Tunisie et ont filmés leurs parcours. Puis ils ont partagé ceci avec la communauté web sous forme de séquences vidéo. Une page Facebook « Discover  Tunisia » a été également lancée et sur laquelle, les vidéos de la chaine YouTube ont été partagées. Puis sur cette page Facebook, un jeu en ligne a été lancé pour attirer les internautes.

Mise à part Facebook et YouTube, un site web « Discover Tunisia » disponible en neuf langues a été également lancé. Sur ce site, ont été partagées des informations sur les différentes villes touristiques de la Tunisie. Ceci a eu d’ailleurs, un impact positif sur le tourisme, étant donné que la Tunisie a accueilli jusqu’au 31 août 2017, 4,6 millions de touristes et enregistré un retour progressif des marchés traditionnels, notamment celui de la France qui a enregistré, au cours de la même période, une progression de 44%.

Grâce à cette campagne, la Tunisie a remporté lors du concours de l’Organisation Mondiale du Tourisme tenu en 2017, le premier prix de la meilleure campagne publicitaire touristique en Afrique.

**Campagne de « Danup banafé»

Crédit Photo @Prodelacom

Cette campagne a été également créée par l’entreprise gastronomique « Délice Danone », afin de lancer un nouveau parfum de son produit « Danup ». C’est en réalité un mélange de deux parfums : café et banane, appelé « Danup Café Banane ».

L’organisation a choisi donc de signer un partenariat de promotion avec la chaine TV « El Hiwar Ettounsi » via son emission «Oumour-Jeddeya» (Choses sérieuses). Lors de cette émission, l’animateur a annoncé le lancement d’un nouveau fruit intitulé « Banafé » qui a vu le jour dans une ferme située dans la région de Bèja (Nord-Est de la Tunisie). Il s’agit d’une banane qui a le goût de café, une nouvelle invention qui présente une fierté pour la Tunisie, selon les dires de l’animateur. Une page Facebook a été d’ailleurs lancée avec le nom « Ferme de banafe – فيرمة البانافي ». Suite à la diffusion de cette émission qui a enregistré sur YouTube un nombre de vues égale à 364.857, ce passage télévisé, publié sur la page Facebook « Ferme de banafé » a enregistré 26 710 vues et 82 604 réactions.

Quelques jours plus tard, une deuxième apparition télévisée dans l’émission « Labes » (Tout va bien) a eu lieu. Il s’agissait de l’intervention du jeune fermier, appelé Dali, le concepteur de ce nouveau fruit « Banafé ». Lors de son intervention, il a expliqué le processus de l’invention du Banafé. En effet, de nombreux internautes ont cru à cette histoire et ont réagi sur la page Facebook à travers des clics j’aime ou des commentaires.

Enfin, lors d’un deuxième passage dans l’émission « Oumour Jeddya », l’animateur a annoncé qu’il s’agit du lancement d’un nouveau produit de l’organisation « Délice Danone ». Par conséquent, comme réponse à cette annonce, les publics internautes ont annoncé l’invention de nouvelles saveurs à savoir Banalouz (un mélange de Banane et d’amande) et le Banafraise (un mélange de banane et fraise). Ces inventions ont été partagées sur le compte Instagram de l’organisation.

De même, l’organisation a lancé un jeu « banakey » dont la machine se trouve dans les grandes surfaces telles que « Géant Tunis » et la manette de ce jeu était sous forme d’une banane. Les photos des participants à ce jeu ont été partagées sur Facebook.

**Campagne du jeu mobile «Chakaponks»

Crédit photo @Nesma

Cette campagne a été lancée par la chainé télévisée privée « Nesma TV ». C’est un jeu mobile en ligne qui consiste à interviewer des hommes politiques. Une conférence de presse a eu lieu pour annoncer le démarrage de ce jeu mobile. Une émission TV a été également diffusée pour parler de l’actualité de ce jeu.

De même, une page Facebook et un site web ont été mis à la disposition des télé-internautes. Sur ces plateformes, ont été publiés toutes les informations relatives à cette émission, notamment les photos de la conférence de presse.

Le processus du jeu est simple. En temps réel, le téléspectateur envoie un message téléphonique à « Nesma TV » pour obtenir des micros. Ces micros permettront au joueur d’accéder en ligne, à la liste des chakaponks (les politiciens). Il sélectionne ainsi les politiciens qu’il souhaite interviewer. Quand le joueur finira d’interviewer un nombre précis de chakaponks, il sera invité au plateau de l’émission pour recevoir sa récompense.

Pour conclure,

Les organisations tunisiennes multipliaient auparavant les supports pour toucher le maximum de publics alors qu’aujourd’hui, le public touché circule d’un support vers un autre, sous l’effet du transmédia storytelling.

À travers les exemples de campagnes transmédiatiques évoqués, nous confirmons que la déclinaison des spots publicitaires dans des espaces numériques différents participe à l’enrichissement de la campagne de communication. Donc le web propose aux organisations un gain potentiel en termes de ciblage des publics potentiels. Ce qui les invite à développer les pratiques transplateformes.

Par contre, ce sont toujours les médias classiques qui diffusent le contenu principal. Les supports web sont utilisés souvent pour toucher d’autres publics, ceux qui sont présents sur le web sinon pour détourner le public présent en temps réel vers le web. Donc chaque support a son identité et sa spécificité. Le transmédia permet de transférer les publics d’un support vers un autre, en touchant les pratiques habituelles de cette cible.

Notons ainsi que cette étude était l’objet d’une communication publiée dans les actes du colloque de l’Université Le Havre, tenue en France, du 06 au 08 juin 2018. Ce colloque avait comme intitulé : « Transparence et opacité des traces numériques « . 

Remarque : Lire également Josiane Jouët : Transparence et opacité des traces numériques

 

تونس – دور الفايسبوك في الحملات الانتخابية

Facebook tient sa promesse

N.B: Cet article a été publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme

Quelques semaines après avoir reconnu que les données de millions de comptes Facebook Facebook ont été infiltrées, voici que son patron Mark Zuckerberg tient l’une de ses promesses.

Rappelons ainsi que le fondateur du premier média social dans le monde, s’est excusé suite à ce scandale et a promis à la communauté web dans un ancien statut publié le 21 mars 2018 de s’assurer que les utilisateurs de Facebook comprennent le système des applications qui leur ont permis l’accès à leurs données. Il a également annoncé que l’entreprise présentera le mois prochain, un outil qui sera ajouté au sommet du fil d’actualité de chaque utilisateur de Facebook, sous forme d’une icône, pour lui informer des applications qu’ils utilisent et la façon avec laquelle il pourra interdire leurs accès à ses données.

Ainsi, la majorité d’entre nous a reçu ces derniers jours, un message affiché tout en haut sur le fil d’actualité de notre compte Facebook, nous informant de la démarche à suivre pour protéger nos informations et contrôler les applications telle que le montre la photo ci-dessous :

Notification ajouté au sommet du fil d’actualité de l’utilisateur de Facebook

Il s’agit d’un appel pour consulter la section « Apps et sites web » de nos paramètres afin de vérifier les applications et les sites web auxquels nous nous sommes connecté(e)s avec Facebook. Ceci nous permettra de supprimer ceux que nous ne voulons plus associer à notre compte.

En accédant ainsi à la rubrique « Paramètres », Facebook nous présente la liste des applications associées, expirées et supprimés.  Il suffit donc de consulter la liste des applications auxquelles vous êtes associés avec votre compte Facebook et de supprimer celles soupçonnées. Voir photo ci-dessous.

La liste des applications associées au compte Facebook de l’utilisateur

Facebook s’inquiète sur son avenir

Ayant tenu ainsi à l’une de ses promesses, on se demande encore si nos données sont effectivement protégées ou devrons-nous remettre en question nos pratiques numériques. Ceci a fait l’objet d’une autre notification que les utilisateurs de Facebook ont reçu quelques jours après. Un message s’est affiché en haut « (nom de l’utilisateur) : « est ce que tu veux développer ton expérience Facebook ?, Pourras-tu nous accorder quelques minutes pour répondre à un petit sondage ? ».

Deux questions ont été posées :

  • Est-ce que tu penses que Facebook s’inquiète pour ses utilisateurs ?
  • Est-ce que Facebook est bénéfique pour la planète ?

Question 1 posée par Facebook à ses publics

Question 2 posée par Facebook à ses publics

نهى بلعيد : البيانات باتت لغة العصر

أجرت شبكة صحفيي البيانات العرب مقابلة مع نهى بلعيد، الأستاذة بجامعة منوبة بتونس ورئيسة التحرير في المرصد العربي للصحافة، إذ قالت أن عصر الإعلام الاجتماعي خلق منافسة بين الصحفي التقليدي والصحفي المواطن الذي يستخدم وسائل التواصل الاجتماعي من أجل تغطية الأحداث الاجتماعية والسياسية.

وأضافت بلعيد قائلةً أن سهولة استخدام وسائل التواصل تجعل من انتشار الشائعات أمرًا سريعًا ومتكررًا وهذا ما يضع الصحفيين أمام تحدٍ كبير. كما أشارت إلى الوسائط والأدوات المتعددة التي تُمَكّن الصحفيين من التثبت من المعلومات، وهي في الغالب أدوات سهلة ومتاحة للجميع، كخاصية Google Image التي تساعد على التحقق من تاريخ الصور المتعلقة بأحداث معينة.

وتؤمن بلعيد بضرورة التواصل بين الصحفيين ومراكز البحوث والإحصاء حيث أنه من الضروري أن تُقَدم الدراسات والبحوث للرأي العام للإفادة والنقد.

وقد أجريت هذه المقابلة على هامش مؤتمر “من أجل صحافة بيانات متعمقة” الذي نظمته شبكة صحفيي البيانات العرب من السادس وحتى الثامن من شهر مارس الجاري في الجامعة الأمريكية بالقاهرة الجديدة.

المصدر: موقع شبكة صحفيي البيانات العرب

كيف ندرّس صحافة البيانات بالجامعة في ظلّ غياب الكفاءات الجامعيّة ؟

ملاحظة: نشر هذا المقال بالموقع الرسمي لشبكة صحفيي البيانات العرب يوم 29 مارس 2018

قد تطورت صحافة البيانات بنسق سريع في مجال صناعة الأخبار، لكنها لم تنتشر في كل مكان  بالعالم نظرا لبعض العوائق لعلّ أبرزها غياب العدد الكافي من الصحفيين المختصين في هذا المجال، ممّا جعل موضوع  تدريس صحافة البيانات في بالغ الأهميّة أمام إعلان سوق الشغل عن حاجته إلى صحفيين قادرين على تحويل كمّ هائل من البيانات إلى رسوم بيانية تشهد انتباه الجمهور.

ورغم قلّة عدد الصحفيين الذين تبنوا هذا الجنس الصحفي، فإنّ صحافة البيانات قد انتشرت أيضا بالعالم العربي بعد سعي هؤلاء الصحفيين إلى تغيير الأمور ونشر ثقافة صحافة البيانات في غرف أخبار مؤسساتهم الإعلاميّة. فالمعلومات موجودة اليوم على قارعة الطريق والبيانات متاحة للمواطنين بما في ذلك الصحفيين أكثر من ذي قبل حتى لو كان الوضع السياسيّ في بعض الدول العربية معقدًا ولكن الوضع مثلا ليس مختلفا بتونس، حتى مع وجود قانون النفاذ إلى المعلومة لأنّ البيانات هي سلاح ضدّ حدين.

وفي الوقت الذي لم يعد من الممكن اليوم أن نستمتع بقراءة مقال غير مؤثث بصور ورسوم بيانية أو مشاهدة ريبورتاج تلفزيّ يكتفي بالرسوم، ومع غياب عدد الصحفيين الخبراء، وجب التفكير في تدريس صحافة البيانات بكليات الإعلام. ثمّ إنّ سوق الشغل في المجال الإعلامي هو الذي يدفع الجامعات إلى التفكير في تدريس صحافة البيانات أو إضافة منهج تعليميّ خاصّ. ولكن لا ننفي في هذا الإطار وجود مجموعة من العوائق التي تحول دون تنفيذ هذا المشروع سواء من الناحية الماديّة أو التقنية أو غيره. وبالتالي يجب التفكير في النقاط التالية:

 في ظلّ غياب الأساتذة الجامعيين الذين هم عادة ما يكونون باحثين في مجال الإعلام، من حاملي شهادة الدكتوراه، يمكن الاستفادة من خبرة الصحفيين المهنيين الذين لديهم خبرة في هذا المجال، ممّا يجعل الجامعة أكثر انفتاحا على محيطها الخارجيّ. فمجال الصحافة والإعلام في تطور دائم.

 تطوير اتفاقيات تعاون مع مؤسسات أخرى على غرار شبكة صحفيي البيانات العرب لاسّيما وأنّ الأدوات والبرامج الالكترونية في حالة تحديث مستمرّة. ممّا يضمن استمرار الجامعة في مواكبة التطور الذي يشهده المجال الصحفيّ.

عادة ما توّفر الجامعات مخابر مجهزة بعدد من الحواسيب لفائدة بعض الدروس، طيلة الفصل الدراسيّ، إلاّ أنّه يجب التأكد من وجود محطة عمل مزودة بالمواصفات الفنية المطلوبة والبرامج الالكترونية اللازمة لكلّ طالب، لأنّ الطلاب قد يتخرجون من الجامعة دون ممارسة الأدوات التي يحتاجون إليها لممارسة صحافة البيانات. وصحافة البيانات ليست علما نظريّا بقدر ماهي ممارسة فعليّة ويوميّة لجملة من البرامج والأدوات والتطبيقات.

 إنّ الاعتماد على التعليم الالكتروني المتمثل في دروس من شكل MOOC قد يكون مفيدا لأنّه سيساعد الأساتذة على دمج مهارات جديدة بالإضافة إلى ما يقدمونه من مهارات لطلابهم. وبالتالي تكون الدورات التدريبية التي تقدمها مجانا بعض المنصات الالكترونيّة، عنصرا مكمّلا للدرس النظري الذي يعرضه أستاذ الجامعة.

 يجب على كليات الإعلام التفكير في بناء شراكة تعاون مع جامعات من اختصاصات أخرى، إذ لم تعد صحافة اليوم منحصرة على الكتابة والتصوير بل أصبحت تتطلب جملة من المهارات الأخرى، لاسيّما المهارات التقنية. وقد بدأت العديد من كليات الصحافة في العالم بالتعاون مع كليات الهندسة والبرمجيات من خلال إنشاء مراكز بحث مشتركة أو تقديم دروس وشهادات جامعيّة مشتركة.

وبالتّالي لا يعدّ تدريس صحافة البيانات في ظلّ غياب الكفاءات الجامعيّة أمرا صعبا طالما يتبنّى القائمون على كليات وأقسام الإعلام هذا المشروع. يكفي أن تكون الإرادة قائمة من أجل المساهمة في تطوير مجال الإعلام بالعالم العربيّ والرقيّ بمستوى الصحافة من أجل إشعاع عالميّ.

Les Arabes, des grands consommateurs des informations sur Internet et les médias sociaux

En 2017, 43 % des internautes au Moyen-Orient s’inquiètent davantage de la surveillance en ligne par les gouvernements et les entreprises contre 39 % en 2015. Ceci dépend de l’évolution des pratiques des internautes arabes sur Internet et les médias sociaux.

Dans une étude menée par l’Université Northwestern à Qatar à propos de l’usage des médias dans le Moyen Orient en 2017, il s’est avéré que les Arabes ont tendance à suivre les informations sur Internet et les médias sociaux.

Cette étude a analysé les pratiques médiatiques de 7000 Arabes originaires de sept pays, à savoir : Émirats Arabes Unis (EAU), Liban, Arabie Saoudite, Jordanie, Qatar, Tunisie et Egypte.

L’usage de l’Internet : un taux de pénétration plus élevé en 2017

• Comparé aux usages médiatiques il y a cinq ans, le taux des citoyens arabes qui regardent la télévision a diminué modestement depuis 2013 (98% en 2013 contre 93% en 2017) alors que le taux de lecture des journaux et des magazines, et de l’audience de la radio ont diminué brusquement (journaux : 47% en 2013 contre 25% en 2017 ; radio: 59% en 2013 contre 49% en 2017; magazines: 26% en 2013 contre 19% en 2017).Par contre, le taux de pénétration d’Internet a évolué dans les sept pays étudiés notamment en Jordanie, au Liban et en Tunisie.

Les médias suivis par les Arabes 2013 vs 2017

• La durée de connexion est en corrélation positive avec le nombre d’années de présence sur Internet. Les nouveaux venus sur Internet (1 an ou moins) passent environ 8 h par semaine en ligne. Ce chiffre s’élève à 14 h par semaine pour ceux qui sont connectés depuis deux ans sur Internet et à environ 21 h par semaine pour ceux qui sont présents sur Internet entre trois et sept ans. Ceux qui utilisent Internet depuis 10 ans passent environ 29 h par semaine en ligne.

• L’utilisation de la langue arabe en ligne a évolué proportionnellement à l’augmentation du nombre des utilisateurs d’Internet. Par contre, l’utilisation de l’anglais en ligne reste quasi stable (25% en 2013 contre 28% en 2017).

• Près des trois quarts des internautes de la région utilisent le Wi-Fi ou des services de données mobiles pour se connecter à Internet. Cependant, l’utilisation du Wi-Fi varie d’un pays à l’autre. Il s’agit de moins de la moitié des Jordaniens contre deux tiers des Tunisiens et neuf sur dix des autres pays (40% Jordanie vs 63% Tunisie, 91% Liban, 87% Qatar, 84% Arabie Saoudite, 97% EAU).

Les usages médiatiques selon les plateformes : le mobile s’impose

• Depuis 2015, le nombre des utilisateurs du smartphone a évolué contre la régression du nombre des utilisateurs d’ordinateurs portables ou de bureau.

Le pourcentage de pénétration via le smartphone

• Tous les citoyens au Liban, au Qatar, en Arabie saoudite, et aux Émirats Arabes Unis possèdent un smartphone. 83% des Jordaniens et 65% des Tunisiens seulement possèdent un smartphone.

• Les interviewés qui reçoivent des nouvelles via un smartphone au moins une fois par jour sont plus susceptibles de recevoir des nouvelles via d’autres plateformes.

• Un peu plus de la moitié des interviewés utilisent des applications d’actualités et un peu plus d’un quart les utilisent quotidiennement. L’utilisation des applications traitant l’actualité est une activité plus populaire en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis, et moins populaire au Qatar (utilisation: 85% Arabie Saoudite, 86% EAU contre 52% Jordanie, 49% Tunisie, 42% Liban, 33% Qatar).

La réception des nouvelles selon les plateformes

Les nouvelles formes de consommation des nouvelles

• En Jordanie, au Liban et en Tunisie, les internautes reçoivent plus fréquemment des nouvelles de la télévision plutôt que des sources en ligne, tandis qu’une plus grande proportion de Qataris, de Saoudiens et d’Emiratis se tournent vers Internet comme première source d’information.

• La consommation en ligne des informations dans la région arabe est plus élevée en 2017 et en croissance continue. Plus des trois quarts des interviewés reçoivent l’actualité sur leurs téléphones.

• Les interviewés hésitent à payer pour obtenir du contenu médiatique. Les majorités en Jordanie (74%), au Liban (75%), au Qatar (71%) et en Tunisie (61%) ne veulent pas payer pour des nouvelles, reçues que ce soit en ligne ou via la télé, les journaux ou les magazines. Il s’agit déjà d’une chute au niveau des intentions de payer pour les nouvelles, depuis 2015, notamment au Liban et au Qatar.

• En ce qui concerne l’entreprise médiatique préférée, 62% des interviewés préfèrent s’informer auprès des entreprises locales. Puis 66% des interviewés font confiance aux médias en général, 66% aux médias locaux contre 52% aux médias arabes en dehors de leur pays, 49% aux médias des pays occidentaux et 47% aux médias sociaux.

L’utilisation des médias sociaux

• Le média social WhatsApp a été classé à la tête de la liste des médias sociaux utilisés par les interviewés, contre un taux légèrement inférieur pour Facebook et seulement la moitié pour YouTube (67% WhatsApp, 63% Facebook, 50% YouTube).

Les médias sociaux les plus utilisés par les internautes arabes

• Bien que le taux de pénétration de Facebook soit stable au Liban, il a diminué d’au moins 10 points depuis 2015 dans tous les autres pays, avec des baisses de plus de 20 points au Qatar et en Arabie Saoudite.

• Les interviewés qui s’inquiètent que leurs gouvernements vérifient leurs activités en ligne sont plus susceptibles d’être des utilisateurs de Facebook mais moins susceptibles d’être des utilisateurs de WhatsApp ou Instagram (Facebook: 75% des utilisateurs inquiets contre 66% des utilisateurs non inquiets; % des utilisateurs inquiets contre 79% % des utilisateurs non inquiets ; Instagram: 34% % des utilisateurs inquiets contre 42% des utilisateurs non inquiets).

La liberté d’expression en ligne

• Trois fois plus de citoyens pensent que les gens pourront être capables de critiquer publiquement les politiques du gouvernement que de faire des déclarations offensives sur la religion et les croyances ou sur les minorités.

Les sujets d’intérêt pour les internautes arabes

• Les deux tiers des Libanais interviewés soutiennent le droit de critiquer publiquement les politiques gouvernementales et un tiers seulement affirme que le gouvernement a le droit d’empêcher ce genre de critiques. Un quart seulement des Qataris et des Saoudiens, et seulement 14% des Emiratis pensent que les gens devraient critiquer librement les politiques gouvernementales.

• Dans l’ensemble de la région, les personnes les moins instruites (primaires ou moins) sont les moins susceptibles de critiquer le gouvernement ou de parler en ligne de la politique.

• Alors que les jeunes interviewés sont plus enclins à soutenir la liberté d’expression en ligne, un pourcentage élevé des jeunes expriment leurs inquiétudes quant à la surveillance en ligne par les gouvernements et par les entreprises (gouvernements: 27% 45+ vs 35% 18-24 ans, 39 % 25-34 ans, 38% 35-44 ans, entreprises: 28% contre 41%, 43%,42%, respectivement).

La protection de la vie privée en ligne

• Environ la moitié des interviewés soutient l’idée d’une réglementation plus stricte de l’Internet en ce qui concerne les contenus liés à la politique ou aux valeurs de la société, tandis que près de six sur dix sont en faveur d’une réglementation plus stricte pour protéger la vie privée des utilisateurs en ligne.

• Un seul interviewé sur cinq a déclaré que ses inquiétudes face à la protection de la vie privée ont changé sa manière d’utiliser les médias sociaux, allant de trois Jordaniens et Emirats sur dix à la moitié des Libanais (31% Jordanie, 30% Emirats Arabes Unis contre 15% Liban).

Il est clair que les pratiques médiatiques des Arabes ont changé en 2017 avec la propagation d’Internet et des supports numériques notamment le smartphone. Ce qui remet en question la survie des médias traditionnels à savoir la télé, la radio et la presse électronique. Déjà, nous avons assisté en 2017 à la disparition de l’un des plus grands journaux dans le monde arabe «Assafir». Aurons-nous encore besoin des médias traditionnels pour nous informer ou faut-il nous résigner à ce que ces médias migrent vers Internet ?

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Remarque: Cet article a été déjà publié sur le site de l’Observatoire Arabe du Journalisme