Médias en crise: Comment les journalistes tunisiens ont-ils assuré la couverture de la pandémie ?

« La couverture médiatique de la crise de la COVID-19 en Tunisie : conditions économiques et moyens », est l’intitulé de notre intervention en tant que conférencière principale lors de la pré-conférence du rendez-vous scientifique annuel ICA (International Communication Association) tenue exceptionnellement cette année en ligne, mais qui devrait avoir lieu chaque année à Washington. 

A travers notre intervention, nous avons mis l’accent sur l’expérience tunisienne en matière de couverture médiatique de la crise, en tenant compte du conditions économiques, politiques et logistiques des journalistes tunisiens, surtout que le baromètre mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières pour 2021, la Tunisie a été classée la 73ème , en marquant cette année un recul d’un point. 

Ce contexte nous a poussé à se demander comment les professionnels de l’information ont-ils assumé leur rôle en cette période exceptionnelle. Entre autres, nous avons cherché à savoir si les journalistes tunisiens disposaient des moyens qui leur permettaient de couvrir l’actualité du COVID-19, que ce soit sur terrain ou en mode de télétravail. 

Notons ainsi, nous avons lancé un questionnaire auprès des journalistes tunisiens durant la première vague du Coronavirus afin de savoir comment les journalistes sont en train de couvrir la crise du Coronavirus entre le 13 mars 2020 et le 15 mai 2020 (période du premier confinement général en Tunisie). Nous avons ainsi reçu plus que 350 réponses. 

Mauvaises conditions et persévérance des journalistes tunisiens

Cette étude confirme que 87,5 % des journalistes ayant répondu à notre questionnaire, ont continué à exercer leur métier suite à l’émergence du Coronavirus tandis que 12,5 % des journalistes ont été soumis à un congé forcé. Les raisons pour lesquelles certains journalistes n’ont pas travaillé : l’incapacité financière des entreprises médiatiques pour payer leurs salaires, le statut de Freelancer et arrêt de publication du journal. En effet, les journalistes des médias électroniques ont continué à travailler malgré la crise qui a touché réellement la presse écrite. Bien que les journaux écrits souffrent déjà d’une crise, beaucoup de journaux tunisiens ont choisi d’arrêter leurs publications pendant la première vague du Coronavirus.

Notons également qu’aucun journaliste n’a mentionné son incapacité en matière de manipulation technologique. Nombreuses sont d’ailleurs les formations professionnelles assurées depuis la révolution jusqu’à aujourd’hui, au profit des journalistes tunisiens afin de développer leurs compétences technologiques. Egalement, aucun journaliste n’a mentionné qu’il avait peur des conditions sanitaires. 

A propos des journalistes ayant confirmé qu’ils ont continué à exercer leur métier avec le lancement du Coronavirus, 37,5 % ont travaillé en mode télétravail, tandis que 31,1 % ont travaillé sur terrain et 31,1% ont fait les deux, selon les conditions et le contexte. 

Quant aux conditions du travail sur terrain, 90, 2 % portaient le masque chirurgical et lavaient de temps en temps leurs mains avec le gel hydraulique. Cependant, 78,4 % respectaient la distanciation sociale, et 2% désinfectaient leur matériel ou travaillaient à distance. 

Concernant le travail journalistique assuré, 46,4% se sont limité à écrire des nouvelles et 41,1% ont assuré des interviews à distance (par Internet ou par vois téléphonique). En temps réel, 19,6 % ont couvert les points de presse du Ministère de la Santé Publique, et 25% ont mené des interviews directes. 1.8% seulement des journalistes ont écrit des reportages long format ou des articles d’opinion ou ont couvert la situation dans les hôpitaux. 

En effet, les journalistes jouent trois rôle dans le cadre de ce type de situation : 1) informer le public de la situation, 2) donner de l’information pour décoder et comprendre la situation, et 3) en analyser les conséquences.

Pour assurer leur travail, les journalistes ont eu recours à plusieurs sources d’information. 83,9 % ont utilisé les appels téléphoniques alors que 53,6% ont utilisé Internet. 51,8% se sont basés sur les informations communiquées lors des conférences de presse, 50% ont communiqué en direct avec la source d’informations, et 44,6% ont utilisé Facebook. 

D’ailleurs, de nombreux docteurs et politiciens se sont impliqués sur Facebook pour communiquer autour de la crise sanitaire. De plus, de nombreux groupes Facebook dédiés à cette crise, ont été lancés pour partager des données sur le virus et comment se protéger. Donc 78,6 % des journalistes ont utilisés les outils technologiques pour assurer leur travail, à savoir : la connexion Internet, ordinateur, téléphone portable, Facebook, Whats’App, Zoom, Skype, Kinemaster, etc. Certains journalistes ont eu recours à des applications ou des sites Internet pour vérifier l’information.

Pourtant, 62,5% des journalistes ont confirmé que leurs médias n’ont pas changé de contenu, en tenant contexte du nouveau contexte. 

Entre temps, 32,1% des journalistes ont suivi des formations en ligne, sachant que DW Akadémie a lancé un groupe sur Facebook « Nous et le Corona ». lJNET a également offert aux journalistes arabes des dizaines de formation gratuites en ligne. Il y avait également certaines initiatives individuelles. Ces formations ont porté d’ailleurs sur la couverture de la crise, la vérification des informations, la lutte du discours de haine, les droits des réfugiés pendant le contexte du Corona, le montage vidéo, la sécurité des journalistes, la sécurité informatique, etc.

Les entreprises médiatiques touchées économiquement par la crise de la COVID-19

La crise de la COVID-19 a touché économiquement les entreprises médiatiques au point que les médias de nombreux pays ont traversé une grave crise financière lorsque survient la pandémie de COVID-19. En raison des risques élevés de contagion et de l’absence d’un vaccin lors de la première vague de cette crise sanitaire, de nombreuses industries se sont trouvées forcées à ralentir, voire à cesser leurs activités, ce qui a engendré une crise économique majeure. La Banque mondiale a annoncé en juin 2020 que « la pandémie de COVID-19 a eu un impact économique « rapide et massif » qui n’a jamais affecté autant de pays depuis 150 ans, et ce, malgré l’aide massive des gouvernements ».

Quant à la situation des médias, 69,1 % des journalistes ont confirmé que leurs entreprises médiatiques ont été touchées par la crise de la COVID-19, ce qui explique d’ailleurs pourquoi 12,5% des journalistes ont été soumis à un congé forcé. Les autres ont continué à exercer leur métier dans des conditions sévères. 

En effet, les entreprises médiatiques ont souffert de la baisse des revenus publicitaires. Donc il y a eu souvent un retard au niveau du paiement des salaires mensuels des journalistes. D’autres ont reçu la moitié de leur salaire habituel, et d’autres ont travaillé avec la moitié de l’effectif journalistique. 

Certaines entreprises médiatiques ont annulé la prime de rendement, la prime de la fête de l’Aid et certains autres avantages comme les tickets de restaurants. 

Bien que certains journaux aient choisi d’arrêter la publication, d’autres ont minimisé l’occasion de publication afin de réduire les coûts. 

Voulant attiré plus d’audience, certains médias ont essayé de revoir leurs façons d’exercer leur métier et chercher comment assumer leur rôle en ces temps de pandémie. A titre d’exemple : la création des médias en ligne de vidéos traitant la question sanitaire ; la mise en place d’une programmation télévisée et radiophonique couvrant l’actualité relative à la crise du COVID-19.

Nous confirmons ainsi que les journalistes ont rempli une mission essentielle pendant une période cruciale. Malgré les ressources limitées, les journalistes tunisiens ont fait un effort afin de préserver leurs postes durant l’une des périodes les plus exigeantes de leur carrière. Mais cette période difficile était un signe qui a démontré la passion qu’éprouvaient ces journalistes pour leur métier. Mais cette situation que traversaient les médias tunisiens et ce recul du droit à l’information, se produisant simultanément à la pandémie, a mis en enjeu le rôle joué par les professionnels de l’information en cette période de crise sanitaire mondiale. 

Depuis longtemps, la scène médiatique tunisienne a lancé la sonnette d’alerte afin de trouver des solutions pour sauver les journaux papiers et certains médias audiovisuels ; et proposer bien évidemment un modèle d’affaires rentable et durable. Puis avec la crise de la COVID-19 a confirmé que les es revenus publicitaires ne doivent plus être un élément indispensable pour un média, mais il faut trouver une autre solution. N’oublions pas également de protéger le droit à l’information comme élément primordial d’une société démocratique.

Remarque : Cet article a été publié sur Espace Manager

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