Comment pratiquer le journalisme de données à l’ère du Coronavirus ?

Crédit photo « Libération »

Aujourd’hui, à l’ère des métadonnées, il semble difficile de traiter l’actualité du Coronavirus car les données sont un peu partout, notamment sur les médias sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, Instagram et autres). Nul ne peut d’ailleurs échapper l’état de panique que sème ces plateformes électroniques. Chaque minutes, nous recevons des nouvelles sur le coronavirus. Ainsi, le nombre de publications sur ces plateformes évoluent autant que l’évolution du nombre des victimes de ce virus.

Vérification des données

Un journaliste est appelé à vérifier les informations reçues avant de les publier sur son média ou de les partager avec un public. On était d’ailleurs surpris hier (09/03/2020) en Tunisie, quand de nombreux médias ont présenté des chiffres contradictoires sur le nombre de victimes alors que le Ministère de la Santé n’a annoncé officiellement que deux cas. Ceci a remis en question la fiabilité de nombreux médias en Tunisie. C’est bel et bien le cas de nombre médias dans le monde.

Ce contexte rappelle l’importance du fact-checking (vérification des données) avant de les partager. Certes, les médias sociaux sont devenus des sources d’informations fiables mais leur vérification est une étape primordiale pour un journaliste professionnel. De même, dans une telle situation, seules les ministères de santé de chaque pays ainsi que quelques organisations internationales, pourraient être une source d’information fiable vu qu’ils disposent d’une stratégie de lutte contre la propagation de virus, de suivi permanent et de veille stratégique. N’oublions pas aussi la coordination internationale pour mettre fin à ce virus qui a touché plus qu’une cinquantaine de pays.

Des sites de données fiables

De nombreux sites d’informations sont mis à la disposition aussi bien du grand public que des journalistes notamment le site de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le contenu de ce site existe en plusieurs langues notamment l’arabe et le français. Une rubrique intitulée « Questions fréquentes » répond déjà à vos interpellations.

Le site du Centre de Controle et de Prévention des maladies (CDC) fournit également une panoplie d’information sur la propagation du Corona Virus ainsi que les étapes nécessaires pour se protéger.

De même, le ministère de santé de chaque pays a tendance de publier des informations quotidiennes sur le nombre de victimes dans le pays. Généralement, il existe aussi un institut de santé, qui travaille en collaboration avec le ministère.

Les associations de la société civile qui excellent dans le domaine de santé, s’impliquent beaucoup plus dans une situation pareille, et collaborent avec le ministère du pays où ces associations exercent leurs activités. Déjà, l’organisation internationale  » Médecins Sans Frontières » s’est impliquée avec certains ministères.

Collaborer avec les informaticiens et les statisticiens

Dans ce contexte actuel, beaucoup de chercheurs se sont lancés dans des travaux de recherche dont les objectifs sont différents. Si les chercheurs du domaine de la santé ont investi leurs efforts pour trouver un remède, les chercheurs en technologie et en sciences informatiques (programmation, big data et autres), ont essayé de mettre en place des sites Internet qui rassemblent toutes les données en chiffres.

  • L’un des premiers sites qui a vu le jour, est celui du « Center for systems science and engineering (csse) at Johns Hopkins University« . Ce site nous a présenté depuis les premiers jours de la propagation du virus dans le monde, en mentionnant le nombre des victimes, des guéris et des mourus. Ce site s’est basée sur l’information fournie par le Ministère de santé de chaque pays. Il s’agissait d’une cartographie détaillée.
Cartographie de la propagation du Coronavirus dans le monde (Photo prise le 10/03/2020) [source: site web du CSSE)
  • L’OMC a mis à la disposition des internautes, deux cartographies de la propagation du coronavirus dans le monde entier et en Europe. Donc si le nombre total de victimes dans le monde selon l’OMS est de 113 672, à cette date, le nombre en Europe est 15 114 victimes, et en Chine, 80 924, soit donc 13 % en Europe et 71 % en Chine. Donc il s’agit de 15 % seulement en Afrique, en Asie et à l’Amérique.
  • World Meter est un également un site de données à propos du Coronavirus. Ce site web dépasse même les données simples pour faire des analyses ou des comparaisons détaillées en mettant à la disposition des internautes des informations minutieuses, à savoir : le nombre des cas critiques, les symptômes, les tranches d’âges, etc.
Une vue de la page web du site « World Meter »
  • Vu que l’utilisation du support mobile a évolué, des applications mobile sont devenues également une source d’information fiable à propos du Coronavirus, à savoir : CDC, First Aid, Doctor On Demand et News 360. Notons déjà que des mesures ont prises par Apple Store et Google Play, pour lutter contre les fausses nouvelles. Apple refuse toutes les nouvelles applications provenant d’un développeur indépendant et faisant mention du coronavirus. Ainsi, seuls les organismes officiels sont habilités à éditer de nouvelles applications. Quant à Google Play Store, si vous cherchiez les termes “coronavirus”, “corona” ou “covid-19, vous n’aurez aucun résultat.

Raconter une histoire journalistique à travers les données récoltées

Il est facile de semer la panique auprès du peuple quand on arrive à manipuler les chiffres car voir seulement l’évolution du nombre des victimes du Coronavirus dans le monde nous fait peur même si nous sommes à l’abri. Jusqu’à présent, nous faisons parti en Tunisie des 15 % victimes de ce virus dans le monde.

Pour traiter également la situation mondiale, nous avons observé l’évolution du nombre des victimes, des guéris et des mourus dans les pays attaqués par ce virus, et ce, durant une semaine (à partir dimanche 01 mars 2020, jusqu’au dimanche 08 mars 2020), en se basant sur le site du CSSE . Deux graphes expliquent déjà que le virus est en train de se stabiliser au point que le nombre des guéris est en train de dépasser la moitié du nombre des victimes.

Dans ce contexte, le journaliste est appelé :

  • Consulter les sites de données fiables
  • Comparer les données fournies par les sites
  • Chercher à calmer les tensions auprès des publics de son média
  • Chercher à partager la vérité au lieu de participer à la propagation des rumeurs
  • Garder un contact permanent avec le responsable communication du ministère de santé de son pays
  • Partager l’information fournie par une source officielle dans son pays
  • Coordonner avec ses collègues journalistes autour de ce sujet

Et entre temps, le journaliste de données devra préparer sa boite d’outils pour présenter les données collectées sous-forme de graphiques ou d’infographies. Comme vous le savez aujourd’hui, à l’ère de l’information instantanée, on cherche à avoir l’information rapidement. Consultez ainsi : Canva, Inforgram et Chartbloks. C’est facile à faire ! Gagnez de l’audience grâce à un travail de qualité.

Je vous invite à lire mon manuel de Data journalisme via ce lien : http://datajournalismhandbook.egovsociety.tn/

Nouha Belaid

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