L’élection américaine est certes terminée, mais la désinformation existe toujours

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Remarque: Cet article a été publié sur le site français de l’Observatoire Arabe du Journalisme.

Le problème de la désinformation sur Internet est de plus en plus évoqué depuis la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. Cette dernière est certes terminée, mais la désinformation existe toujours.

Après avoir fait le bilan de son premier mois au pouvoir, lors de sa première conférence de presse, le Président américain ne s’arrêtait pas de s’attaquer à la presse et à la désinformation.  Mais il s’est fait remettre à sa place par Peter Alexander, journaliste de la chaine américaine NBC, qui l’a corrigé quand il a prétendu que sa victoire avec 306 voix est « la plus large victoire au collège électoral depuis Ronald Reagan ».

Cette affirmation qu’il répète à chacun de ses discours n’a pas échappé au journaliste de NBC qui l’a démenti en direct : « Vous avez dit que c’était la plus large victoire, mais le Président Barack Obama a obtenu 365 voix ». Trump a essayé de se justifier: « Je voulais dire des républicains ». Mais le journaliste tenace l’a encore rectifié: « Et George Bush a obtenu 426 voix ». Surpris, Trump bafouilla : « On m’a donné cette information, je ne sais pas, on me l’a donnée, on a gagné avec une grosse marge ». Le journaliste ne rata pas l’occasion de le ridiculiser par une question assassine : « Comment les Américains peuvent-ils vous faire confiance alors que vous donnez vous-même de fausses informations ? ».

Les rectifications du Journaliste de NBC ont fait le buzz sur les médias sociaux. Mais ceci n’est pas la seule désinformation enregistrée auprès de Trump, dont la conseillère Kellyanne Conway, est allée jusqu’à inventer un massacre au Kentucky pour justifier l’interdiction faite aux ressortissants de sept pays musulmans d’entrer aux Etats-Unis.

Par ailleurs, lors des élections présidentielles américaines tenues en novembre 2017, de nombreux sites Internet ont participé à la propagation des informations diffamatoires sur Hillary Clinton, la candidate démocrate. Le New York Times a mis l’accent sur l’histoire de Cameron Harris, un jeune diplôme américain en sciences politiques, qui a fait une fortune grâce à son site d’informations ChristianTimesNewspaper.com (CTN) qui avait comme objectif, la propagation des fausses informations. Si Harris a payé 5 dollars pour acheter une adresse email abandonnée sur le site EpiredDomains.net, un article dont la rédaction n’a pas dépassé une quinzaine de minutes, lui a fait gagner 5 000 dollars. Une fois le site a été classé parmi les 20 000 sites les plus consultés sur le web, un évaluateur lui a proposé de le vendre pour un montant compris entre 115 000 et 125 000 dollars.

En même temps, Donald Trump s’est servi des fausses informations pour attaquer ses adversaires à savoir Barack Obama et Hillary Clinton.

La désinformation dans le monde arabe

Victimes des attaques terroristes ou de la présence de « l’Etat islamique », les pays arabes comme la Tunisie, Égypte, la Libye ou la Syrie, ont beaucoup souffert depuis le déclenchement du « Printemps Arabe » de la propagation de plusieurs rumeurs.

En mars 2012, Pierre Piccini Da Prata, rédacteur en chef du journal en ligne Le Courrier du Maghreb et de l’Orient, a signalé sur son blog la désinformation massive en Syrie en se posant la question suivante : « Comment expliquer une telle différence entre la réalité du terrain et les propos tenus dans nos journaux et sur nos petits écrans, qui donnent de la Syrie l’image d’un pays à feu et à sang, où la répression aurait fait plus de six mille morts (un nombre de plus en plus souvent avancé sans emploi du mode conditionnel) ? ».

La propagation des rumeurs a toujours aussi accompagné la vie des hommes politiques notamment pendant les périodes critiques à savoir les élections législatives ou présidentielles.

En même temps, certains médias arabes ont adhéré à ce processus sans se rendre compte vu que les journalistes ne sont pas dotés des pratiques journalistiques correctes, après avoir été depuis toujours soumis à la censure. Bien que des instances de régulation médiatiques soient mises en place, certains médias participent toujours à la propagation des fausses informations, dans le cadre d’un règlement de compte. Exemple du journal en ligne « Thawra News » en Tunisie.

Lutte contre la désinformation à l’heure des médias sociaux

En fait, Internet s’est trouvé au-devant de la scène au moment où la vitalité des institutions démocratiques traditionnelles semblait disparaitre. Ainsi les citoyens ont trouvé refuge dans les nouvelles plateformes en ligne pour s’exprimer librement. Il est devenu difficile de contrôler les informations mais aussi la désinformation.

Aux Etats-Unis, un journaliste du New York Magazine avait lancé une extension de vérification des informations suite l’annonce de la victoire de Donald Trump.

En Allemagne, en novembre 2015, le selfie du refugié Anas Modamani pris en août 2015, avec la chancelière allemande Angela Merkel a été utilisé dans un contexte de désinformation, en faisant un lien avec le terrorisme étant donné que l’Allemagne soutient les demandes d’asile des refugiés syriens.

Ce selfie a commencé à se propager suite à l’attaque terroriste de Bruxelles qui a eu lieu en 2015, ce qui a poussé Modamani à porter plainte contre Facebook pour empêcher la circulation de cette photo sauf que ce média social a répondu qu’il est extrêmement difficile de contrôler les publications des internautes. L’avocat de Facebook a répliqué que la société n’a pas la capacité technique de bloquer les messages abusifs en déclarant : « Il y a des milliards de messages publiés chaque jour sur Facebook. Il n’est pas possible d’inventer cette machine magique qui pourra mettre fin à chaque problème », a déclaré Martin Munz, avocat de Facebook.

De son côté, l’avocat de la victime âgée de 19 ans, a contesté cet argument et a répondu à l’avocat de Facebook « Volkswagen peut-elle simplement dire ? : Nous sommes désolés, nous construisons beaucoup de voitures. Donc, nous ne pouvons pas vraiment assurer votre sécurité ». En soulignant aussi l’histoire controversée de Facebook en ce qui concerne la nudité et la pornographie, il a ajouté : « Quand il s’agissait de nudité ou de pornographie enfantine, Facebook était capable de détecter toutes les images ».

Notons ainsi que Facebook, Google et Twitter ont été capables en 2015 d’examiner et de supprimer le discours haineux en Allemagne dans les 24 heures. Puis Facebook a récemment lancé aussi un système de filtrage de fausses nouvelles en Allemagne et en France avant la tenue des élections législatives dans ces deux pays.

En fait, Facebook et Google ont lancé le 06 février 2017, un partenariat pour mettre à jour les règles de leurs moteurs afin de vérifier l’exactitude des informations relayées sur leurs plateformes. Ils avaient promis de sanctionner les revenus publicitaires des sites propageant intox et désinformation. Il s’agit de Crosscheck, une initiative soutenue par First Draft, une start-up financée par le Google News Lab. Alors si un internaute signale une information erronée sur les médias sociaux et si cela a été confirmé par au moins deux médias partenaires (Connectiv, Le Monde, AFP, BFM-TV, Libération, 20 Minutes, ABC news, Associated Press; etc.) après vérification, un pictogramme sera affiché, mentionnant que l’information est fausse. Mais le post ne sera ni censuré ni supprimé. Il suffit que l’utilisateur clique sur le lien pour avoir plus de précisions.

« Les gens ne sont pas rationnels lorsqu’ils sont en colère », déclare Jenni Sargent, directrice opérationnelle de First Draft et porteuse du projet CrossCheck. Elle ajoute : « Or les médias sociaux permettent aux gens de se comporter en tribus. Des mécanismes cognitifs comme le biais de confirmation renforcent encore ce comportement : les gens ne lisent ou partagent que ce qui va dans le sens de leur propre opinion, et la désinformation circule beaucoup plus vite que le fact-checking ».

Suite à cette annonce Tim Cook, PDG de Apple a ainsi lancé un appel via le journal britannique Daily Telegraph, aux entreprises du secteur technologique afin d’inventer des outils luttant contre la diffusion de fausses informations. Il a appelé néanmoins à mettre en place une « campagne de grande envergure », notamment dans les écoles des ingénieurs en informatique. Il disait :  » Nous traversons une période dans laquelle, malheureusement, ceux qui réussissent sont ceux qui s’emploient à faire le plus de clics possible, pas ceux qui essaient de transmettre la vérité. Cela détruit le cerveau des gens ».

En France, le journal Le Monde a aussi récemment lancé son outil Decodex, avec une extension pour Chrome et Firefox qui avertit l’internaute lorsqu’il est sur des sites jugés peu ou pas fiables. « Ce site diffuse régulièrement de fausses informations ou des articles trompeurs. Restez vigilant et cherchez d’autres sources plus fiables. Si possible, remontez à l’origine de l’information », avertit l’extension. Outre cette extension pour navigateurs, Le Monde a lancé également un moteur de recherche et un bot sur Messenger auxquels l’internaute pourra demander des renseignements concernant un site web.

Par ailleurs, Professeur Mellissa Zimdars, chercheure en médias et communication à l’Université Merrimack à Massachusetts, met à la disposition des internautes un document intéressant via lequel elle présente certaines recommandations ainsi que les étapes à suivre pour analyser les nouvelles informations. Elle propose aussi une liste de sites via lesquels les internautes pourront vérifier cette information ainsi qu’un tableau qui classe les sites américains les plus répandus selon leur fonction : satirique, complot, haine, rumeur ; etc.

D’autres chercheurs travaillent aussi sur des algorithmes destinés à détecter les fausses infos. Le projet Pheme, financé par la Commission européenne et regroupant des experts en informatique, des universités et des journalistes de swissinfo.ch, cherchent à développer des technologies qui puissent aider les journalistes à vérifier la véracité des informations publiées en ligne.

La désinformation est un phénomène mondial classique mais le web 2.0 lui a donné une amplification inconnue auparavant. Journalistes, communicateurs, informaticiens, éducateurs, etc. s’impliquent dans la lutte contre la cyber-désinformation.

Crédit Photo 1 @Haber365 

 

 

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