La presse écrite tunisienne en crise- Quel modèle économique faut-il adopter pour la sauver ?

presse.Tunisie

 La presse écrite en Tunisie,  a tiré ces dernières années la sonnette d’alarme après avoir été confrontée à plusieurs obstacles d’ordre financier. Ce qui explique la décision prise récemment par les journaux tunisiens qui ont choisi d’ajouter 100 millimes au pris habituel de leurs journaux, sachant que les prix des journaux en Tunisie, varient entre 700 et 900 millimes. Prix qui est déjà, exorbitant par rapport au pouvoir d’achat. Cette décision était prise suite à une réunion du bureau de la Fédération Tunisienne des directeurs de journaux, tenue en mois de novembre 2014, et à laquelle ont participé les directeurs de journaux tunisiens.

En réalité, selon le journal électronique « ESPACE MANAGER » , « La Presse », « Le Temps », « Essahafa », « Essabah », « Attounissia », « Al Fajr » et « Al Moussawar » ont voté lors de cette  réunion, pour une augmentation de 200 millimes, alors que les patrons de « Tunis Hebdo », « El Akhbar », « Echourouk », « Le Quotidien », « Akhbar El Joumhouria » et quelques autres hebdomadaires étaient pour une augmentation de 100 millimes. Mais ils se sont mis d’accord sur l’idée de laisser la liberté à chaque éditeur de décider le montant de l’augmentation selon son business plan, sachant qu’il ne s’agit pas de la première augmentation du prix du journal vu que la dernière était en 2011.

Annonce du journal hebdomadaire " Tunis Hebdo"

Annonce du journal hebdomadaire  » Tunis Hebdo »

Les propriétaires des journaux expliquent cette augmentation (considérée selon eux minime par rapport au besoin)  par  l’augmentation d’une part, des coûts de production à savoir la hausse du prix de la matière première (papier, encre.etc.), la hausse des salaires des journalistes et d’autre part l’augmentation des coûts de distribution.  Certains d’autres pensent que la baisse des ventes, la disparition des abonnements publics  et la réduction du marché publicitaire, les obligent à augmenter le prix pour recouvrir les dépenses de production et de distribution. Bien que la  majorité des raisons soient logiques mais tout les professionnels du domaine confirment les salaires modestes des jeunes journalistes par rapport aux règles du marché. Les patrons cherchent à gagner de l’argent sur le dos de leurs employés. Ils ont tendance à penser à leurs intérêts personnels et écarter les besoins du personnel du journal.  Cette situation est d’ailleurs, constatée après les événements du 14 janvier 2011 qui ont fait émerger plusieurs médias notamment des journaux papiers.

La réalité de la presse écrite après le 14 janvier 2011

Un sentiment d’urgence va tout autant de la survie d’un secteur économique en péril, que d’un certain paysage de la démocratie que nous avons connu jusqu’à aujourd’hui et qui apparaît clairement menacé de lente décomposition.

La bouffée de liberté qu’a vécue la Tunisie  après les événements du 14 janvier 2011, a fait paraitre de nouveaux titres, à savoir : « Al Oula », « Assafir », « Dhed Solta », « Attounisia », « Ourabia », « Al Yawm », « Thawra news », « Al hakika », « Adhamir », « Al Masaa », « AkherKhabar ».etc. De même, nous avons assisté le retour de certains anciens titres tels que : Al Moharer, Al Maghreb, Assada.etc. Des titres qui ont abandonné auparavant le marché après avoir été soumis à la pression du régime politique mis en place.

Le moins cher journal crée après le 14 janvier 2011, était « Dar Bey », un journal satirique mensuel lancé le 14 janvier 2012, par un jeune tunisien originaire de Sousse, qui s’appelait Moez Dabbech et dont le prix était 99 millimes. Mais cette expérience n’a pas duré longtemps.

Actuellement, certains parmi ces titres existent encore, et ce depuis la date de leur création et d’autres ont abandonné le marché de la presse écrite pour des raisons purement financières. Le 09 Aout 2012, Nabil Jridett (Directeur et Fondateur du journal « Al Oula ») s’est lancé dans une grève de faim,  afin de réclamer le droit des journaux privées des recettes publicitaires publiques à l’instar des journaux publics. Il disait que l’Etat suivait la même politique de Ben Ali (Président tunisien déchu) et ce en partageant les recettes publicitaires publiques avec ses alliés. Mais est ce que cette grève de faim,  a été vraiment la bonne solution pour résoudre le problème d’un marché qui souffre d’une forte concurrence ?

Confrontés à un contexte économique difficile pour l’ensemble de la presse,  les nouveaux et les anciens journaux étaient appelés à répondre aux enjeux d’une société en profonde mutation. Cela en continuant leurs missions d’informer tout en installant un nouveau plan de production et de distribution.

Quelques recommandations

Il s’avère impossible de minimiser les coûts de production ou de distribution car diminuer le nombre de pages par exemple n’est pas une solution efficace. Et si la première source de financement d’un journal est les recettes publicitaires, il faut penser à chercher des solutions qui serrent à  élargir le lectorat et augmenter le nombre des abonnés.

En réalité, tous les aspects de la société évoluent au fil des années. Ce qui a systématiquement un impact sur le domaine de la presse écrite. Le premier aspect qui a fait pousser certains journaux à s’effondre est l’aspect technologique, après avoir vu émerger des journaux électroniques qui servent l’information gratuitement. Alors si le lecteur trouve une information en ligne gratuite, à quoi sert-il d’acheter un journal papier et papier 700 millimes voire plus ? Et ce, mis à part les autres caractéristiques de la presse en ligne, à savoir l’instantanéité de l’information.

Face à cette nouvelle vague de presse, certains journaux papiers  parmi ceux qui ont résisté sur le marché, ont lancé en parallèle, leurs versions électroniques afin de gagner la confiance du lecteur et le fidéliser. Citons l’exemple du journal « Al Maghreb » (Le Maghreb). D’autres journaux ont déployé des outils technologiques, des supports numériques performants, en multipliant les initiatives de diversification.

Il y a des journaux papiers qui ont joué sur le contenu afin de fidéliser leurs lecteurs et ce, en proposant des articles de fond  qui analysent les faits et l’actualité ou des interviews avec des personnalités. Certains aussi ont eu recours à l’exclusivité pour attirer le lectorat (exemple : l’affaire de Sejnane (une ville qui se trouve au nord de la Tunisie et qui a été occupée par les terroristes pendant une certaine période, en 2012) traitée par le journal Le Maghreb) et d’autres ont cherché de temps en temps à créer le buzz avec une photo choquante ou un titre contradictoire.

Il est à noter ainsi que certains achètent le journal LA PRESSE pour suivre les offres d’emploi ou de la vente d’immobilier. Donc chaque contenu a son propre lectorat. De plus la segmentation du public n’est pas une solution efficace pour s’imposé sur un marché en pleine mutation, il faut chercher à toucher tout le public.

De même, ces journaux ont essayé aussi de déployer les réseaux sociaux notamment Facebook pour créer une interactivité avec leurs lecteurs et leurs offrir un espace public en ligne pour s’exprimer librement, sans qu’il y ait de la censure. Certains journaux ont réussi à attirer l’attention de leur public sur ces espaces de partages d’opinion. Mais ajoutons aussi que les modes de communication personnalisés introduits par l’informatique détournent aussi la publicité des médias traditionnels vers l’abondante trousse à outils du hors-média (promotion, mailings, relations publiques, salons et congrès, publicité sur le lieu de vente, etc.). C’est bien de rappeler les lecteurs de l’apparition du nouveau numéro dans les kiosques.

D’autre part, à l’étranger, certains journaux se lancent à la fin de chaque année dans l’aventure d’édition et ce en publiant un numéro au début du nouvel an, un numéro qui traite l’actualité de l’année précédente. Il y a  d’autres journaux qui lancent de suppléments et de hors-série pour attirer le public.

A un certain moment en Tunisie, le journal hebdomadaire « Al Hadath » offrait avec chaque numéro, un poster et un supplément gratuits à ses lecteurs. Quelques journaux aujourd’hui, offrent aussi à leurs lecteurs des suppléments gratuits qui traitent par exemple l’actualité sportive ou culturelle.

Enfin, confronté à la concurrence, la fusion ou la concentration demeurent des solutions au service du journal afin d’éviter le risque d’emmener des employés vers le chômage. Être sous la tutelle de la même maison d’édition ou lancer un support commun pourra diminuer les coûts de dépenses.

En guise de conclusion, la presse écrite tunisienne n’est pas condamnée. Elle est plutôt,  engagée dans une phase d’adaptation dont les années d’insouciance ont retardé l’avènement. Il essaye ainsi de se reprendre, repartir à la conquête de ses marchés, revoir sans doute l’équilibre de ses ressources. Certes, elle doit démontrer aux annonceurs ses vertus de façon plus convaincante et regagner les budgets qui s’étaient fourvoyés à l’audiovisuel (radio & télé). Ensuite, elle doit diversifier sa clientèle et imaginer des structures d’accueil parfois moins prestigieuses, parfois plus hard selling, mais répondant à des besoins réels.

Entre temps, le lecteur a trop d’informations. Mais dans la presse écrite, il essayera de réfléchir davantage sur le sujet sauf qu’à chaque support écrit ses lecteurs,  étant donné qu’à chacun sa fonction. L’océan est vaste, les tourbillons sont dangereux, mais les bons navigateurs trouveront les îles du Salut.

Il est à signaler que l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI/Tunisie) organise en mois d’avril prochain, un colloque scientifique sur la crise de la presse écrite, auquel participe des chercheurs dans le domaine des SIC.

Nouha Belaid

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