A l’occasion du nouvel an 2015 : Un discours frappant de Hollande et un discours décevant de BCE

N.B: Cet article a été publié dans le journal Huffington Post le 02/01/2014

Lors de leurs traditionnels discours, le Président français François Hollande et le Président tunisien Béji Caïd Essebsi ont tenu des discours pleins de promesses, notamment pour le premier, à l’occasion du nouvel an 2015. Mais la différence entre les deux présidents était remarquable, indépendamment des âges mais sur le plan de la motivation et de la communication.

Pour François Hollande, il s’agit de son meilleur discours depuis qu’il a été nommé président de la République Française. Bien que tous les ans, le Président adresse ses vœux de fin d’année aux Français, François Hollande s’est adressé ce mercredi soir aux citoyens dans un discours de 9 minutes, un discours qui est sorti de l’ordinaire.

Hollande

François Hollande était sûr de lui et son message était riche d’audace et de confiance face aux conservateurs et aux populistes. Il a choisi que 2015 soit l’année « d’audace, d’action et de solidarité ». Il a cherché à travers ce discours, à gagner la confiance des Français et il la leur a demandé directement, à la fin de son discours, après avoir rappelé aux Français ses exploits en 2014 -qui a été en réalité une année de souffrance pour les Français- et de ses prochains projets en 2015.

Il n’a pas nié les difficultés dont souffre la France, à savoir le chômage et l’exclusion auxquelles il accorde de l’intérêt. Mais il a rappelé aux français la position de la France, en énumérant les choses qu’ils aiment entendre: « cinquième puissance économique », responsabilité de la France face aux sujets de la paix, la France est une « diplomatie active », la « France est reconnue pour sa culture, ses innovations et le talent de ses entrepreneurs, de ses chercheurs ». Il a même confirmé que « la France fait avancer l’Europe » et a rappelé aux Français les deux prix Nobel remportés en 2014.

Alors, si Hollande s’exprime de cette manière, est-ce parce que ses citoyens ne seraient pas satisfaits de son rendement durant l’année 2014? Mais il leur a rappelé que c’est lui qui a fait ce choix en disant « j’ai fait le choix de l’avenir », et en énumérant les problèmes des Français, il a même dit « c’est déjà arrivé dans l’histoire, nous n’oublierons jamais ». C’est comme si la France n’aurait pas pu être telle quelle actuellement si lui n’était pas président de la République.

La pugnacité et l’optimisme de Hollande

Entre-temps, le président de la République française était reconnaissant à ceux qui ont participé à faire positionner la France de cette manière, notamment les entrepreneurs et les chercheurs, tout en appelant les Français à avancer et à refuser le statuquo.

Le discours avait comme contexte les souhaits des français, en rompant avec la nostalgie et en espérant un futur meilleur. Il a rappelé aux Français qu’il croit dans le travail au long terme, entre autres – il voulait dire « si vos rêves ne sont pas réalisés aujourd’hui, il se réaliseront demain ».

Il a maintes fois répété que les choses allaient changer à partir du 1er janvier 2015, en confirmant son engagement personnel pour suivre de près certains projets. Il a résumé l’ensemble de ses promesses en une phrase frappante: « Mes chers compatriotes, la France avancera l’année prochaine, dans tous les domaines et ce pour tous ».

C’est comme si, durant l’année 2015, tous les problèmes prendront fin et la France sera cette terre de rêve ou s’installe la justesse, l’égalité, la paix, la sécurité et la dignité de la femme. Mais il a également souligné que tout avancement dépend des Français, en ajoutant « je sais que vous y êtes prêt ». Il rappelle donc aux Français qu’ils sont responsables de l’avancement de la France.

François Hollande a souligné que la jeunesse représente une priorité pour lui, et ce en luttant contre les inégalités scolaires avec des jeunes enseignants bien formés et en faisant de la France le champion du numérique et des TIC. Il a également ajouté qu’il prendrait en considération les préoccupations des adultes et des personnes âgées, notamment en matière de soins. Il n’a donc ignoré aucun acteur de la société civile, en essayant de plaire à tout le monde avec les décisions prises.

De même, son discours a pris une dimension internationale, en assimilant la France au sauveur de cette planète, étant donné qu’elle accorde une grande importance aux changements climatiques et aux droits de l’homme. Bien qu’il ait affirmé au début de son allocution que la France devrait être un exemple, il s’est rectifié par la suite pour dire qu’elle l’est déjà, en énumérant les performances de 2014.

Au cours de ce discours, la spontanéité de François Hollande était de qualité, même au niveau de sa gestuelle, quand ses mains sont restées ouvertes à un avenir prestigieux pour la France. Ses gestes ont réagi en parallèle avec ses paroles, qui décrivent sa volonté de changer et de faire évoluer la France. Des gestes qui expriment aussi son énorme motivation qui va en équivalence avec son statut de président.

La seule faute commise, c’est d’avoir laissé son bureau vide au moment de la prononciation du discours. Ce grand bureau a suscité de nombreuses moqueries sur Internet, notamment à cause de sa taille mais surtout parce qu’il était complètement vide.

Béji Caïd Essebsi, un chaos communicationnel

Le même jour, le Président tunisien Béji Caïd Essebsi (BCE) s’est adressé aux citoyens dans un discours de 3 minutes, un discours qui sort de l’ordinaire par rapport à ses anciens discours.

En effet, les Tunisiens ont toujours senti en BCE l’image de l’ancien Président de la Tunisie, Habib Bourguiba. Ce bel orateur qui arrivait toujours à capter les attentions avec ses idées, son ton, ses arguments et ses gestes spontanés. Mais ce dernier discours de BCE était un peu décevant.

BCE s’est comporté comme une personne âgée qui se tenait difficilement devant la caméra et qui prononçait son discours du nouvel an à un rythme ralenti, qui ressemble à celui de la tortue, au moment où les tunisiens ont besoin d’une bouffée d’optimisme.

Ils avaient besoin d’entendre des promesses confirmées et des réalités qui se seraient concrétisées, tout en étant sûr de soi-même.

BCE a souligné que cette année serait l’année de la sécurité et du travail. Choses que veulent entendre les tunisiens après une période de souffrance, et ce sur tous les plans. Il leur a peut-être parlé des détails dans un ancien discours prononcé il y a quelques jours, à l’assemblée des représentants du peuple. Mais les Tunisiens avaient encore besoin de l’entendre pour être soulagés, car chaque discours a son contexte propre à lui-même.

Il a exprimé son soutien aux régions démunies de la Tunisie qui souffrent du froid. Il a déclaré ainsi qu’il a parlé au chef du gouvernement; et celui-ci lui a affirmé que le gouvernement a un programme pour sauver les habitants de ces régions. BCE aurait peut-être dû énumérer quelques solutions, après en avoir discuté avec le chef du gouvernement.

Le récepteur de ce discours a surement dû se demander: quand est ce que le programme du gouvernement sera appliqué? Et comme toujours, le gouvernement fait des promesses sans les concrétiser, alors que le gouvernement de Mehdi Jomaa est peut-être sur le terrain déjà, en train de régler l’affaire.

Pour finir son discours, il a utilisé la chute classique des expressions écrites de nos enfants de l’école primaire « en espérant que les tunisiens vivent en joie et paix ». Mais heureusement, il leur a rappelé que l’Etat est au courant de tous leurs problèmes.

Le cinquième président de la République tunisienne s’est montré crispé, faible et pessimiste. Et il a commis la même faute que François Hollande, en laissant son bureau vide au moment de prononciation du discours.

Si BCE, avait prononcé un discours louche et vide comme celui-là dans une rencontre politique à l’étranger, les Tunisiens l’auraient-il critiquer ou auraient-il dépasser cette faiblisse politique en raison de son âge? Un politicien s’affirme par sa présence, sa confiance en soi et sa posture.

Dans ce discours, BCE a montré une mauvaise image de lui face à l’image souhaitée d’un président de la République. Peut-être que la motivation de Hollande que détenait également Mohamed Moncef Marzouki, ex-président de la Tunisie, a eu son effet sur le déroulement des conventions et des partenariats internationaux. Sur le plan communicationnel, un Président sans cravate est plus convainquant qu’un président qui la porte bien mais qui est vieux, il me semble, et qui se tient difficilement debout.

Vous pouvez dire que BCE était un choix utile pour les tunisiens afin de sauver le statut de la république, mais chose est confirmée, BCE a besoin d’un conseiller politique pour se montrer encre jeune. C’est vrai que le fait de réaliser son rêve à l’âge de 88 ans est un facteur d’optimisme, mais le pays aussi a besoin d’un Président qu’il le motive avec ses paroles, qui le pousse à rêver d’un avenir prestigieux.

Peut-être que le chef du gouvernement prendra ses responsabilités, en espérant que ce discours sera le dernier de ce genre prononcé par BCE, ce bel orateur qui a toujours su captiver l’attention des Tunisiens au cours de sa campagne électorale 2014.

Nouha Belaid

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